Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem

10 mai 2016
Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem
BY-NC-ND/ICRC/J. Serrano Redondo

Nous sommes à Jérusalem par une après-midi venteuse de printemps. Il est 17 heures. Malgré la chute brutale de la température, dans le quartier est de la ville, plus de 250 personnes se dirigent vers le Théâtre national palestinien pour assister au spectacle Mish Zabta – en français « Ça ne marche pas » – l'une des principales productions de l'École du cirque palestinienne.

L'École est basée à Bir Zayt, ville palestinienne située au nord de Ramallah, au centre de la Cisjordanie.

En raison de l'escalade de la violence qui a eu lieu ces derniers mois dans la ville, les Palestiniens ont plus de peine à obtenir un permis pour passer de Cisjordanie en Israël. Pourtant, avec l'aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), une équipe de huit personnes de l'École du cirque, composée d'acrobates et de techniciens, a obtenu l'autorisation de se produire dans la ville pendant six mois au moins.

Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem
BY-NC-ND/ICRC/J. Serrano Redondo

Sur la scène, il y a trois chaises et un poteau. Sur le mur est représenté le petit village surpeuplé dont viennent les trois personnages de Mish Zabta, qui baigne dans une lumière chaude.
Dans les coulisses, Ahmad Abu Taleb, Mohammad Abu Taleb et Nour Abu Rob se préparent tandis que peu à peu le théâtre se remplit.

Nour, de Jénine, ville du nord de la Cisjordanie, est entré à l'École du cirque il y a huit ans. Pour lui, le cirque est un moyen d'exprimer ce qu'il ressent à l'intérieur.

« Certaines personnes s'expriment en dansant ou en racontant des histoires. Le cirque est pour moi un moyen de faire prendre conscience de beaucoup de choses qui ne marchent pas en Cisjordanie tout en faisant rire les gens et oublier les difficultés quotidiennes », explique Nour.

Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem
BY-NC-ND/ICRC/J. Serrano Redondo

Les jumeaux Abu Taleb sont entrés à l'École du cirque parce que c'était quelque chose de nouveau en Palestine et qu'ils pensaient que c'était une façon agréable de faire de l'exercice. Au bout de quelque temps, ils ont compris que « le cirque ne se réduit pas aux acrobaties et au spectacle. Cela fait partie de notre vie parce que c'est un moyen de faire passer d'importants messages à la société et que cela permet aux enfants de jouer et d'être heureux ».

Il est 17 h 30 lorsque le rideau se lève pour la première fois sur Mish Zabta à Jérusalem-Est.

Mish Zabta est une nouvelle production de l'École du cirque palestinienne qui combine acrobaties, musique, jongleries et humour. À travers le rire, elle raconte l'histoire de trois jeunes gens ambitieux qui cherchent à réaliser leurs rêves d'un avenir meilleur après avoir obtenu leurs diplômes universitaires à l'étranger. À leur retour, ils se mettent en quête d'un emploi tout en essayant de s'amuser et se heurtent alors à de nombreux obstacles qui bouleversent leurs espoirs et leurs attentes.

Selon Shadi Zmorrod, le directeur général de l'École du cirque palestinienne, l'idée du spectacle est née après la guerre de Gaza en 2014. Une équipe de jeunes de l'École du cirque voulaient mettre en scène les obstacles qui jalonnaient leur vie quotidienne et les émotions qu'ils éprouvaient alors, la peur, l'effervescence, le sentiment d'impuissance notamment, dans une production originale et drôle.

Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem
BY-NC-ND/ICRC/J. Serrano Redondo

« Mish Zabta se propose de mettre en lumière les nombreux problèmes que rencontrent les jeunes palestiniens mais de manière à offrir un exutoire aux spectateurs, après les moments difficiles qu'ils ont vécus », explique Shadi.

Le public, composé surtout de jeunes, répond avec enthousiasme aux acteurs. Vus à travers la performance d'un clown, les problèmes graves se transforment en une réalité supportable.

Les traumatismes subis à cause de la spirale de la violence, surtout chez les plus vulnérables comme les enfants et les jeunes, peuvent perturber le développement affectif et entraîner des complications d'ordre psychiatrique.

Le CICR est présent à Jérusalem depuis plus de 50 ans. Il a organisé cet événement unique avec les familles de Jérusalem dans le but de garder le contact avec les enfants et les jeunes.

Dans une ville comme Jérusalem, les enfants grandissent trop vite. Ils y sont forcés. Leur donner la possibilité de se détendre et de s'amuser, c'est leur offrir le plaisir d'être de nouveau des enfants.
« Je me suis beaucoup amusée et j'ai adoré le numéro du trampoline et les acrobates. Une scène m'a aussi rappelé quand je me bats avec ma sœur pour une chaise. La façon dont ils se battaient était si drôle ! », dit Jana Amr, une fillette de dix ans.

Un cirque palestinien allume des sourires sur les visages des enfants de Jérusalem
BY-NC-ND/ICRC/J. Serrano Redondo

« La créativité, l'apprentissage de la vie, le travail d'équipe, la confiance et la diversité ne sont que quelques-uns des aspects positifs que le cirque peut favoriser », dit Christian Cardon, chef de mission du CICR à Jérusalem, qui a eu le plaisir d'assister au spectacle avec les enfants.

« Aujourd'hui, c'est Zabta (ça a marché) parce que plus de 600 enfants ont ri et se sont amusés », ajoute-t-il.

Il est 18 h 30. Le soleil descend derrière les murs de la Vieille Ville tandis que le public d'enfants et de jeunes sort à la file du Théâtre national palestinien. Au moins, pendant une heure, Mish Zabta les a fait rire et a chassé leurs soucis.

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