Bowaye : après la fuite, des familles tentent de reconstruire leur vie
Entre avril et mai 2026, les habitants de Bowaye, situé dans la commune de Nana-Bakassa, à l’ouest de la République centrafricaine, ont fui leur village pour trouver refuge à Kaboro, Kiriwiri, Korakouri et Housseim. Ce déplacement a été provoqué par deux affrontements armés survenus à Bowaye, obligeant les familles à quitter leur foyer pour tenter de survivre dans les villages voisins. Entre l’incertitude d’un retour, le manque de nourriture et les difficultés d’accès difficile à l’eau et aux soins, ces familles espèrent retrouver un jour une vie normale.
La situation humanitaire devient préoccupante. Des centaines de personnes déplacées font face à la faim, au manque d’abris et d’ustensiles de cuisine, ainsi qu’à l’absence d’accès aux soins de santé et à l’eau potable. Ces familles ont laissé derrière elles leurs maisons, leurs champs, leurs biens et leurs moyens de subsistance, et leur mode de vie s’en trouve bouleversé.
À Kiriwiri, Antoine, représentant des déplacées, raconte les circonstances dans lesquelles plusieurs habitants de Bowaye ont dû abandonner leur village : « Nous avons quitté le village il y a six mois, abandonnant tous nos biens. Certains ont fui en pleine nuit. Ils ont parcouru plusieurs kilomètres à pied. D’autres se sont d’abord réfugiés dans les champs et la brousse avant de nous rejoindre à Kiriwiri et dans d’autres localités voisines comme Housseim, Korakouri et Kaboro, car le risque sécuritaire y était trop élevé ».
« En tant que parents, nous sommes aujourd’hui incapables de prendre soin de nos enfants. Comme nous sommes des déplacés, nous représentons une charge pour nos familles d’accueil. Nous n’avons pas accès aux soins de santé, notamment pour les femmes enceintes et les enfants. Bientôt, c’est la rentrée scolaire, mais nos enfants ne pourront pas aller à l’école », témoigne Antoine, la voix chargée d’émotion.
« Le centre de santé a été pillé et saccagé à deux reprises. Des maisons ont été détruites, et les herbes ont envahi les espaces autrefois occupés et habités », poursuit-il, au bord des larmes.
Un village marqué par les affrontements
En mission dans la sous-délégation de Bossangoa, Yazid Debbich, responsable global du Système de gestion de la qualité et du Lean au sein de la Division logistique du CICR, basé à Satigny, à Genève, a rencontré les personnes déplacées à Kiriwiri. Touché par leurs récits, il a décidé de se rendre à Bowaye pour évaluer la situation sur place.
« Voir plusieurs centaines de personnes contraintes de quitter leurs foyers, ne souhaitant qu’une seule chose : rentrer dans leur village natal, est très poignant. Tout indique que les besoins et les attentes sont immenses », confie Yazid.
Sur place, le constat est accablant.
Le village, autrefois animé, notamment les jours de marché hebdomadaire, est désormais désert. Les traces des affrontements restent visibles, rappelant la fragilité de la situation et l’importance du respect des règles du droit international humanitaire, en particulier celles qui protègent les civils et des infrastructures essentielles.
« Bowaye ressemble à un village fantôme vidé de ses habitants. Les portes des maisons sont closes dans un lieu qui, il y a encore peu, respirait la vie », décrit-il.
Revenir malgré tout
Pour certaines familles, rester dans les villages d’accueil est devenu aussi difficile que de rentrer chez elles. Face à la faim et aux conditions de vie précaires, une dizaine de familles a décidé de regagner Bowaye. Mais ce retour ne signifie pas pour autant que la vie a repris son cours normal.
Dans le village, un groupe de jeunes hommes munis de lance-pierres, cherche de quoi se nourrir.
« Depuis notre retour, nous n’avons rien à manger. Nos champs ont été brûlés et nos produits agricoles ont été pillés. Nous sommes donc obligés de chasser des oiseaux pour avoir de quoi à manger le soir », témoigne Yvon, l’un d’eux.
Les animaux domestiques ont également disparu. Pour ceux qui sont revenus, il faut désormais tenter de survivre dans un village profondément marqué par les violences.
De la nourriture pour les familles déplacées
À Kiriwiri et dans les autres villages d’accueil, les besoins restent nombreux. En juin 2026, le CICR a apporté une assistance alimentaire aux personnes déplacées. Du riz, des haricots, du sel et de l’huile ont été distribués aux familles.
Pour Suzanne, veuve et mère de quatre enfants, cette aide a été un soulagement : « J’ai reçu du riz, des haricots, du sel et de l’huile. Cela nous a aidés pendant quelques jours », témoigne-t-elle.
Cependant, l’accès à la nourriture reste un défi pour les familles qui ont perdu leurs moyens de subsistance.
À Kaboro, l’eau potable change le quotidien
L’assistance du CICR ne s’est pas limitée à la nourriture. À Kaboro, deux forages ont été réalisés pour faciliter l’accès à l’eau potable aux personnes déplacées et aux communautés d’accueil. Avant leur construction, les habitants parcouraient plusieurs kilomètres pour s’approvisionner en eau.
« Avant, nous allions chercher de l’eau à une source située à plus de cinq kilomètres du village. En chemin, nous risquions de nous exposer à des violences. Nous souffrions aussi souvent de diarrhées et de maux de ventre après avoir consommé cette eau », explique Suzanne.
Aujourd’hui, ces forages réduisent la distance à parcourir pour accéder à l’eau et améliorent les conditions de vie des habitants.
Réhabiliter les routes pour rapprocher les populations
Dans cette région de la Nana-Bakassa, l’accès aux communautés constitue également un défi humanitaire. À Housseim, situé à environ 60 kilomètres de Bossangoa, un pont fortement dégradé compliquait les déplacements des personnes et des biens, tout en entravant l’acheminement des convois humanitaires.
Le CICR a réhabilité ce pont, facilitant l’accès au village et contribuant au désenclavement de la communauté.
« Ce pont était dégradé depuis 2010. Nous avions du mal à nous rendre au centre de Bossangoa pour acheter des produits de première nécessité et écouler nos récoltes. Sa réhabilitation est un soulagement pour toute la communauté », souligne Innocent Feindagai, conseiller communal du groupement Housseim et Korakouri.
À Kadera, dans la commune de Benzambé, à environ 70 kilomètres de Bossangoa, les habitants faisaient face à une situation similaire. Là aussi, le CICR a réhabilité un pont pour faciliter les déplacements.
Entre 2024 et 2026, quatre ponts ont été réhabilités dans la commune de Benzambé et deux dans la Nana-Bakassa.
À Bowaye, l’espoir demeure
À Bowaye, les stigmates du conflit sont encore visibles. Les maisons abandonnées, le centre de santé dégradé et les champs détruits témoignent des conséquences des violences sur les communautés. Mais au-delà des destructions, des familles tentent de reprendre en main leur quotidien.
Pour Yazid, cette situation illustre l’importance d’une présence humanitaire dans les zones où les besoins restent élevés et où l’accès demeure difficile.
« La situation en Centrafrique, malgré une amélioration du contexte sécuritaire, reste extrêmement précaire. La présence du CICR demeure cruciale pour continuer à soutenir les populations vivant dans des zones où peu d’acteurs humanitaires, voire aucun, peuvent encore se rendre. »
Ouverte fin 2025 après la fermeture de la sous-délégation de Bouar, la sous-délégation de Bossangoa est située dans l’ouest de la République centrafricaine, à 305 kilomètres de Bangui.
À Bowaye, le retour à une vie normale prendra du temps. Mais pour les familles qui ont fui, comme pour celles qui ont choisi de revenir, l’espoir est le même : pouvoir vivre à nouveau en sécurité, cultiver leurs champs, envoyer leurs enfants à l’école et reconstruire leur avenir.