Yémen : le système de santé est mis à rude épreuve à cause de l’intensification des combats
Alors que les affrontements redoublent dans plusieurs parties du Yémen, les hôpitaux peinent à faire face au nombre croissant de blessés de guerre tandis que le système de santé, déjà fragilisé, connaît de graves pénuries de fournitures médicales, de personnel et de soins spécialisés.
On recense une augmentation sans précédent des blessés par arme sur toutes les lignes de front ; Marib, Taïz et la côte de la Mer Rouge comptent parmi les régions qui enregistrent le plus grand nombre de victimes. Les hôpitaux et les structures de santé sont débordés. Certaines structures en première ligne ont enregistré plus de 700 admissions en une seule semaine. Les afflux massifs de victimes sont de plus en plus fréquents.
« Les équipes de traumatologie sont soumises à une pression énorme. Seules quelques structures de santé en état de fonctionner au Yémen sont en mesure de dispenser l’ensemble des soins de traumatologie, tandis que les hôpitaux de première ligne reçoivent un grand nombre de blessés alors qu’ils ne disposent que d’un stock limité de matériel chirurgical, de produits d’anesthésie, d’oxygène et de médicaments. Les personnels de santé doivent traiter ces urgences tout en continuant de prodiguer des soins essentiels aux mères, aux enfants et aux patients souffrant de maladies chroniques », explique le Coordonnateur santé du CICR Feras Abusamra.
Plus de dix années de conflit, de difficultés économiques, de déplacement et d’épidémies ont restreint la capacité des services de santé du Yémen à absorber une nouvelle augmentation des besoins.
Le CICR réceptionne le matériel médical dont il a fait don au Ministère de la Santé publique et de la Population à son arrivée au Département des fournitures médicales de l’Hôpital Al-Gamhouria à Aden. 13 octobre 2026.
Un service de maternité au sein du Centre de soins de santé primaires d’Al-Shugiarah, récemment construit avec le soutien du CICR dans le district d’Ad Durayhimi, à Hodeïdah, est équipé en fournitures essentielles et en panneaux solaires afin d’améliorer les soins de santé maternelle. 6 mai 2026.
Soutien aux hôpitaux où les besoins sont les plus grands
Le CICR soutient des structures de santé dans tout le Yémen, de part et d’autre des lignes de front, répondant aux besoins les plus urgents.
- Médicaments et matériel médical : depuis que l’escalade a commencé, le CICR a affrété des avions et des camions pour apporter plus de 500 tonnes de fournitures médicales vitales à Sanaa et Aden, afin de reconstituer les stocks qui s’amenuisent et de soutenir les hôpitaux qui prennent en charge un nombre croissant de blessés de guerre. Les fournitures sont distribuées aux hôpitaux et aux structures de santé prioritaires dans tout le pays.
- Soutien médical d’urgence aux structures de santé sur les lignes de front : le CICR soutient actuellement plus de 40 structures de santé. À Aden, Taïz, Al-Dhale et Lahj, cela concerne les principaux hôpitaux, huit centres de santé publique et plus de 20 points de rassemblement des victimes, un appui complémentaire étant fourni par les ambulances du Croissant-Rouge du Yémen. Dans le cadre de l’aide récemment apportée aux hôpitaux, le CICR a notamment fourni du matériel pour le traitement des blessés par arme et la stabilisation de l’état des victimes, ainsi qu’un soutien technique aux personnels de santé de trois hôpitaux à Marib, de l’hôpital rural Zabid à Hodeïda, de l’hôpital général Al Hazm à Al Jawf, de l’hôpital militaire d’Aboud et de l’hôpital Al-Jumhuriya à Aden, parmi d’autres. À Taïz, le CICR a soutenu plus de 10 structures de santé dans plusieurs districts touchés de part et d’autre des lignes de front. Ce réseau permet au CICR de continuer d’intervenir à proximité des zones où il peut être nécessaire de stabiliser les blessés par arme avant leur transfert vers les structures de santé.
- Soins chirurgicaux d’urgence : une équipe chirurgicale mobile du CICR travaille aux côtés du personnel yéménite à l’Hôpital général de Marib depuis le 23 août, renforçant ainsi les capacités chirurgicales de l’établissement. Une autre équipe apporte son soutien à l’Hôpital Al Talh à Saada.
- Préparation aux urgences traumatologiques : la formation dans les zones touchées par le conflit comprend la prise en charge des traumatismes, les soins d’urgence de base, la préparation aux situations impliquant de nombreuses victimes et la chirurgie d’urgence, poursuivant le travail entamé des années avant cette escalade.
- Réadaptation physique : les services orthopédiques et de réadaptation viennent en aide aux personnes qui ont perdu un membre. Cela comprend des activités de sensibilisation dans les zones touchées par le conflit.
- Services d’ambulances et de transfert : acheminer les blessés des lignes de front jusqu’à un hôpital peut s’avérer tout aussi crucial que les soins reçus à leur arrivée. En collaboration avec le Croissant-Rouge du Yémen, le CICR soutient des services d’ambulances intervenant en urgence dans tout le pays. Plus de 60 ambulances exploitées avec le soutien du CICR aident au transport des blessés et des malades des zones touchées par le conflit vers les hôpitaux de référence ainsi qu’au transport dans la dignité des personnes décédées.
Un spécialiste des programmes de réadaptation physique du CICR aide un bénéficiaire à ajuster sa prothèse au Centre de réadaptation physique de Sanaa. 1er mars 2025.
Un système de santé qui atteint ses limites
L’augmentation du nombre de déplacés exerce une pression supplémentaire sur les communautés qui ont un accès limité aux soins de santé. Les personnes qui ont fui leur foyer peuvent avoir du mal à accéder aux médicaments, aux vaccins et aux services de santé maternelle et reproductive, ainsi qu’aux traitements de maladies chroniques.
« La pression accrue sur les hôpitaux peut signifier moins de lits, moins de matériel et une moindre capacité à soigner les patients admis pour des raisons sans rapport avec le conflit », affirme Eduardo Toro, chirurgien du CICR à l’Hôpital général de Marib.
Le CICR continue de répondre aux urgences sanitaires et autres maladies chroniques en fournissant des médicaments et du matériel médical, en soutenant les centres de traitement et en collaborant avec les autorités sanitaires et les partenaires pour assurer la surveillance des maladies et les combattre. Cependant, l’ampleur de l’urgence pourrait rapidement dépasser les capacités de réponse existantes. Nous devons disposer de l’accès, des ressources et d’un appui humanitaires suffisants pour maintenir les services essentiels et atteindre les personnes touchées par le conflit. Des passages sûrs doivent permettre au personnel humanitaire et médical de se rendre auprès des personnes qui ont besoin d’aide et les ambulances doivent pouvoir intervenir sans entraves.
« Nous craignons que le système ne soit plus guère en mesure d’absorber une hausse importante du nombre de victimes. Notre aide d’urgence vise à permettre aux hôpitaux en première ligne de continuer à prodiguer, en toute impartialité, des soins vitaux à tous les blessés par arme », déclare Christine Cipolla, cheffe de la délégation du CICR au Yémen.
À propos du CICR
Depuis 1863, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’efforce de soulager les souffrances et de préserver la dignité humaine dans les situations de guerre et de violence armée. Avec nos partenaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous apportons une aide vitale, œuvrons pour réunir les familles séparées et recherchons les personnes disparues.
Dans le cadre du dialogue que nous menons avec les autorités et les acteurs armés de tous bords, souvent de manière confidentielle, nous plaidons pour un traitement humain des détenus et insistons sur le respect du droit international humanitaire afin de protéger les civils, y compris en ligne.
Informations complémentaires :
Iscander Saeed, CICR Sanaa : +967 730500719, ialmamari@icrc.org
Hachem Osseiran, CICR Genève, +41227489674, hosseiran@icrc.org