Excellences, chères et chers collègues, chères et chers amis,
Je tiens tout d’abord à remercier Sa Majesté, ainsi que l’Union européenne, l’Union africaine, le Brésil, le Canada, l’Irlande et la Jordanie de nous rassembler aujourd’hui autour d’un thème qui est si proche de nous et de mon travail quotidien.
Vous avez toutes et tous été pendant des décennies des partenaires solides et fidèles du CICR. Je vous suis profondément reconnaissante pour votre engagement à nos côtés et pour le soutien que vous nous apportez.
Les quatre Conventions de Genève de 1949 montrent ce qu’il est possible d’accomplir lorsque des États s’unissent autour de la conviction qu’une vie humaine est une vie humaine, de quelque côté de la ligne de front qu’elle soit.
Le droit international humanitaire est la preuve de ce que peut accomplir la diplomatie. C’est encore à la diplomatie que l’on doit le Statut de Rome – vous êtes nombreux à parler de la responsabilité. Quant aux nombreuses vies innocentes qui peuvent être sauvées et aux souffrances qui peuvent être évitées, je peux seulement dire que cela ne se produira que si les États font preuve d’un engagement collectif et sont résolus non seulement à faire respecter le droit, mais aussi à dialoguer entre eux sur le plan politique.
Il n’existe aucune solution militaire à aucun des problèmes du monde d’aujourd’hui. À cet égard, j’en reviens souvent à Clausewitz – vous savez, sa célèbre phrase : « La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens ».
C'est une phrase très juste si elle est comprise correctement, car ce que dit en substance Clausewitz, c'est que l’on entre en guerre dans le but de retrouver le voie de la diplomatie, de retrouver la voie de la politique, de revenir à un système qui fonctionne et à des relations entre États.
Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est un monde qui fait mauvais usage de la politique à des fins de guerre, un monde où la guerre est considérée comme un état permanent qu’il faut maintenir si l’on veut réaliser des objectifs politiques individuels.
Nous devons inverser cette tendance – et ce ne sera possible que si les États se rallient autour d’un élément qui les unit. Cet élément, sur lequel vous avez tous insisté, c’est l’humanité. C’est notre héritage commun en tant qu’êtres humains.
Je voudrais attirer votre attention sur un autre point – et c'est pourquoi la diplomatie est si importante : les guerres actuelles ne se limitent pas à un territoire, ni à des lignes de front. Elles sont tout aussi horribles que l'étaient la Première et la Seconde Guerres mondiales.
Nous parlons de « kill zones », ou zones de mort. Personne ne veut se trouver là. Vos chances de survie se situent quelque part entre trois heures et trois jours. Et c’est la réalité, parce que chaque mois on compte 10 000 soldats tués de plus entre la Russie et l’Ukraine. On en est maintenant à 275 000.
Ainsi, la réalité de la guerre reste comparable à celle de la Seconde Guerre mondiale, mais pas entièrement, parce qu’en déclenchant une guerre quelque part on déclenche un système.
Aujourd’hui, les guerres de la Corne de l'Afrique et du Moyen-Orient sont de plus en plus imbriquées. Nous suivons les mouvements des groupes armés. Ces groupes opèrent comme des organisations mondiales.
On ne met plus fin à tel endroit à une guerre que l’on a déclenchée à tel autre endroit. Il nous faut une action collective, et au fur et à mesure que cette escalade se poursuit, de plus en plus d’États devront s’unir.
En réalité, le monde entier devra bientôt s’unir pour trouver une solution diplomatique, car on ne pourra pas limiter le problème à une seule étape du processus.
La responsabilité de protéger les populations civiles incombe aux détenteurs du pouvoir politique.
Nous avons entendu chacune et chacun de vous nous dire que le droit en soi n’a de poids que si les dirigeants sont disposés à l’appliquer. Mais si vous n’êtes pas disposés à appliquer un texte aussi fondamental et universel que les Conventions de Genève, vous faites peu de cas de vos propres constitutions, car tout ce qui figure dans les Conventions de Genève figure aussi dans vos constitutions.
Une vie humaine est une vie humaine. C’est le point de départ.
Les Conventions de Genève sont plus récentes, encore aujourd’hui, que la plupart de vos constitutions. Ne faites pas fi de la sécurité de votre propre population en ne respectant pas ces traités universels fondamentaux.
Pour conclure, j’appelle tous les États à se joindre à l’Initiative mondiale sur le droit international humanitaire. À cet égard, je tiens à saluer l’énorme courage dont a fait preuve Sa Majesté le roi Abdallah II de Jordanie en invitant 118 États dans son pays le 7 décembre afin que l’on revienne sur une voie dans laquelle l’humanité devra l’emporter.
Nous devons retrouver une vision positive, loin de la guerre et de la destruction. Nous pouvons reconstruire, entre nous, cette vision de la paix qui est si nécessaire aujourd’hui.
Je vous remercie.