Afghanistan : des familles qui ont tout perdu subissent l’épreuve du Covid-19

Afghanistan : des familles qui ont tout perdu subissent l’épreuve du Covid-19

Article 28 juillet 2020 Afghanistan

Amir Khan, Ahmadullah et Mohammad Halim sont rompus aux périodes difficiles. Face à la mort de leurs proches, à la perte de tous leurs biens, aux aléas financiers et au problème du déplacement, ils ont appris à surmonter toutes les vicissitudes.

Dans le cadre du programme de soutien aux moyens de subsistance mis en place par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ils ont reçu, comme d'autres familles touchées par le conflit, 53 000 afghanis (AFN) chacun sous forme de subventions en espèces pour monter de petits commerces et générer des revenus.

Ils commençaient tout juste à goûter à une vie plus douce lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé. Aujourd'hui, comme tant d'autres, Khan, Ahmadullah et Mohammad se retrouvent confrontés à l'incertitude causée par le Covid-19. Armés de leur courage et déterminés à surmonter ces mois difficiles, eux et leurs familles n'en continuent pas moins de croire en des jours meilleurs.

La situation d'Amir Khan n'était pas fameuse (à gauche) Aujourd'hui, les choses ont bien changé (à droite)

Khan raconte que son fils aîné a été tué, sa maison incendiée et leur bétail détruit en un seul jour lorsque le conflit a éclaté dans le village d'Abo Qala, dans la province de Ghazni. Il a eu l'impression que sa vie s'était arrêtée ce jour-là.

En charge de 16 membres de sa famille, dont les enfants de son fils, ils ont dû fuir leur village pour se réfugier dans le sous-district 7 de la ville de Kandahar. Confronté à la vie dans un nouvel endroit, Khan a cherché du travail en tant que journalier pour nourrir sa famille. Certains jours, il parvenait à gagner 200-250 AFN (un peu plus de 3 USD), mais il ne trouvait pas du travail tous les jours.

« Je pensais à nos vies avant le conflit. J'étais content d'être fermier et de pouvoir subvenir aux besoins de ma famille. Alors qu'en ville, je ne pouvais souvent même pas leur acheter de la nourriture. C'était une situation très stressante », déclare-t-il.

... en un jour, son fils aîné a été tué, sa maison a brûlé et leur bétail a été détruit...

Lorsque le CICR a proposé de l'aider, Khan a vu sa vie transformée. En plus de la subvention en espèces, il a emprunté 20 000 AFN à ses proches pour ouvrir un petit magasin d'accessoires pour téléphones portables. Avant, Khan ne savait jamais s'il allait gagner assez d'argent pour la journée. Maintenant, il commençait à gagner 300-400 AFN par jour.

« Nous pouvions acheter ce dont nous avions besoin pour la maison et payer notre loyer de 2000 AFN par mois », raconte-t-il. Juste au moment où leur existence retrouvait une certaine stabilité, la pandémie de Covid-19 leur a infligé une nouvelle épreuve.

« Les affaires ont été touchées et je gagne moitié moins qu'avant. Mais nous nous en sortons tant bien que mal. Le gouvernement nous a mis sur une liste de personnes qui ont besoin d'aide et nous recevons dix morceaux de pain par jour », explique-t-il.

Ahmadullah avant et après avoir reçu le soutien du CICR

Originaire du village de Sperwan situé dans le district de Panjwayi (province de Kandahar), Ahmadullah a une histoire similaire à raconter. « Mon père et mon cousin ont été tués lorsque des combats intenses ont éclaté dans notre village. Je n'étais qu'un jeune garçon, mais je suis devenu le soutien de famille et j'ai commencé à travailler dans une boulangerie locale », dit-il. Ahmadullah recevait généralement cinq morceaux de pain par jour et 2000 AFN par mois.

« Ayant appris à faire du pain, je voulais avoir mon propre magasin mais je n'en avais pas les moyens. C'est là que le CICR est intervenu pour m'aider. En plus de la subvention de 53 000 AFN que j'ai reçue du CICR, j'ai emprunté 47 000 AFN à des parents et j'ai ouvert ma propre boulangerie », explique-t-il. « Cela m'a beaucoup aidé car je me réveille en sachant que j'ai un travail et que je tire un revenu de ma propre entreprise pour nourrir ma famille ».

Jusqu'à il y a quelques mois, il parvenait à gagner environ 7000 AFN par mois et avait même engagé trois jeunes hommes qui travaillaient pour lui. Confiant dans l'avenir, il avait prévu de rembourser son prêt avant de commencer à épargner. Mais ces plans ont été bouleversés, du moins pour le moment.

« Nous ne vendons que 100 AFN de pain environ ces jours-ci. Étant une boulangerie, nous ne sommes pas inscrits sur la liste du gouvernement pour recevoir des denrées comme d'autres familles de la région. Mais je suis en paix car je n'ai pas eu à licencier mes trois employés qui peuvent ainsi continuer de subvenir aux besoins de leurs familles », se réjouit-il.

Halim a également vu ses affaires baisser fortement, lui qui avait utilisé l'aide financière du CICR pour agrandir son atelier de réparation de vélos et de motos et s'était mis à vendre des pièces détachées.

« Nous avons déménagé à Kandahar après que mon père a été tué dans l'explosion d'une mine. Je cultivais la terre dans le village, mais ce n'était plus possible ici à Kandahar. Alors j'ai ouvert un petit atelier de réparation qui me rapportait en moyenne 200 AFN par jour, ce qui était à peine suffisant pour répondre aux besoins des 18 membres de ma famille », raconte Halim.

Après avoir agrandi l'entreprise grâce à la subvention reçue du CICR et à l'argent emprunté à sa famille, le revenu quotidien d'Halim était passé à environ 350 AFN par jour et deux de ses fils l'avaient rejoint pour travailler avec lui.

« L'horizon avait commencé à s'éclaircir et je pensais m'agrandir encore en contractant un prêt pour être sûr que mes plus jeunes enfants reçoivent l'éducation que je n'ai pas eue », déclare-t-il. « Mais tout cela devra attendre ». Maintenant, il n'y a presque plus de clients au magasin. Nous gagnons une centaine d'AFN par jour et recevons dix morceaux de pain du gouvernement. C'est tout ce que nous avons pour survivre. Mais je garde l'espoir que les affaires reprendront une fois que le virus sera maîtrisé ».

 

« J'ai ouvert un atelier de réparation... à peine de quoi subvenir aux besoins des 18 membres de ma famille. »
— Mohammad Halim

Le confinement a été récemment levé et les trois hommes attendent avec impatience le jour où les affaires reprendront et où la vie sera plus facile après cette période de difficultés.

Le soutien qu'apporte le CICR aux communautés touchées en Afghanistan a aidé de nombreuses personnes à subvenir à leurs besoins, malgré les épreuves que traverse le pays.

Alors que la crise du Covid-19 a accru le climat d'incertitude dans lequel ils vivent, ils espèrent que les choses vont s'arranger et qu'ils pourront reprendre leurs activités et soutenir leurs familles au cours des années à venir.