Communiqué de presse

Soudan du Sud : les civils paient le prix fort de l’intensification du conflit

A group of South Sudan Red Cross volunteers, accompanied by an ICRC health personnel, carrying a weapon-wounded patient on a stretcher towards an evacuation aircraft to be airlifted for further treatment. Photo Credit Greta Mancassola/ICRC.

Juba (CICR) – Les civils sont de plus en plus durement touchés par la reprise des combats au Soudan du Sud, en particulier dans les États du Jonglei, de l’Équatoria oriental et de l’Équatoria central. 

Cette escalade du conflit, qui a débuté fin 2025, est la plus intense depuis près d’un an. Les affrontements violents ont forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir de chez elles à travers des marais inondés, sans nourriture et exposées aux maladies. Leurs priorités sont maintenant de trouver un abri sûr, de se procurer à manger et d’obtenir une aide médicale de base. Parallèlement, des dizaines de personnes blessées dans les combats sont en danger de mort faute d’accès fiable à des soins d’urgence.

Gatkuoth Ruach, qui a fui l’État du Jonglei en janvier 2026 et a trouvé refuge avec ses six enfants dans le comté de Panyikang, dans l’État du Haut-Nil, raconte : « Quand les combats ont éclaté, nous avons couru loin du champ de bataille, traversant des ruisseaux et des marécages jusqu’à atteindre une petite zone de terre sèche. Nous avons survécu en mangeant des nénuphars et des fruits sauvages. Le voyage a été extrêmement pénible et épuisant : nous avons dû franchir des rivières en crue, avons été piqués par les moustiques et avons souffert de la faim, parmi de nombreuses autres épreuves. Beaucoup de gens ont eu de profondes plaies aux pieds et ont été blessés par des herbes coupantes. » 

Pour répondre aux besoins humanitaires croissants, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), entre autres activités vitales, a déployé en urgence une équipe chirurgicale de renfort dans le comté de Panyijar (État de l’Unité) afin de fournir des soins chirurgicaux d’urgence à des patients grièvement blessés qui, sans cela, n’auraient pas pu être soignés. 

Panyijar est une région isolée, aux ressources extrêmement limitées et confrontée à de multiples défis. L’hôpital a par exemple des problèmes d’approvisionnement en eau et en électricité. Nous nous sommes toutefois adaptés aux ressources disponibles, en donnant la priorité aux mesures visant à sauver des vies et à éviter des amputations. Nous travaillons en étroite collaboration avec le personnel de santé local de l’hôpital du comté de Panyijar : nous combinons leurs connaissances locales avec notre soutien technique pour garantir des soins efficaces et de qualité.

Dr. Aktham Elfarnawany Anesthésiste au CICR

Depuis l’intensification du conflit en décembre 2025, le CICR a réalisé plus de 600 opérations chirurgicales sur des patients blessés par arme admis à l’hôpital militaire de Juba ainsi qu’à l’hôpital du comté de Panyijar. Il a aussi facilité le transfert de quelque 110 personnes blessées depuis des régions reculées. L’accès à certaines zones du Soudan du Sud restant limité, le CICR continue d’aider à distance l’hôpital du comté d’Akobo à prodiguer des soins chirurgicaux vitaux aux blessés. Il a ainsi récemment envoyé des fournitures médicales et des médicaments essentiels à cet hôpital, où les blessés arrivent en grand nombre depuis quelques semaines.

Le CICR rappelle à toutes les parties au conflit les obligations qui leur incombent au titre du droit international humanitaire, en particulier celles relatives à la protection de la mission médicale et de l’accès humanitaire. Les hôpitaux, les centres de santé, le personnel médical (y compris les secouristes) et les ambulances ne doivent pas faire l’objet d’attaques ni d’autres interférences. Le passage rapide et sans entrave de l’aide humanitaire doit être autorisé pour les civils qui en ont besoin, et l’accès aux soins vitaux des blessés et des malades doit être accordé et facilité sans aucune distinction de caractère défavorable.

En 2025, le CICR, en étroite collaboration avec la Croix-Rouge du Soudan du Sud, a :

  • réalisé plus de 4500 opérations chirurgicales sur des patients blessés par arme dans les hôpitaux qu’il soutient à Juba, Akobo, Renk et Malakal ;
  • soigné 971 blessés dans les hôpitaux qu’il soutient, et facilité le transfert de 585 autres patients pour leur permettre de recevoir des soins médicaux vitaux ;
  • fourni des services de réadaptation physique à plus de 4400 personnes afin de les aider à retrouver leur mobilité et leur indépendance, en partenariat avec le ministère chargé de l’égalité des sexes, de l’enfance et de la protection sociale ;
  • visité près de 5600 détenus dans 15 lieux de détention, contribuant ainsi à l’amélioration de leur traitement et de leurs conditions de vie conformément aux normes internationales ;
  • facilité environ 38 000 appels téléphoniques pour permettre à des familles séparées par le conflit, la violence ou la détention de rétablir et de maintenir le contact ;
  • organisé des séances de sensibilisation sur la violence sexuelle au bénéfice de plus de 28 400 membres des communautés, qui ont appris comment se protéger contre ces actes, les prévenir et y répondre ;
  • distribué des secours alimentaires à près de 50 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays ayant fui le conflit armé ;
  • fourni un soutien en espèces pour acheter de la nourriture à quelque 58 000 déplacés internes touchés par le conflit armé ;
  • distribué des vivres et des articles ménagers essentiels à 19 800 personnes rapatriées du Soudan qui avaient urgemment besoin d’aide ;
  • distribué de l’argent pour l’achat de nourriture à près de 83 000 rapatriés fuyant le conflit armé au Soudan ;
  • organisé des séances d’information sur le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme à l’intention de 670 militaires et membres de groupes armés non étatiques, ainsi que de 762 membres des forces de police et de sécurité, afin de réduire les souffrances humaines causées par le conflit.

Informations complémentaires :
Germain Mwehu, CICR Juba, tél. : +211 912 360 023, gemwehu@icrc.org
Mateo Jaramillo, CICR Nairobi, tél. : +254 716 897 265, mjaramillo@icrc.org

Le saviez-vous ?

Les hôpitaux sont protégés par le droit international humanitaire

Les hôpitaux, les ambulances et le personnel médical ne peuvent en aucun cas être attaqués ou bloqués lors d’un conflit. Le droit international humanitaire protège les personnes qui soignent les blessés et les malades, et les emblèmes de la croix rouge, du croissant rouge et du cristal rouge signalent cette protection. Lorsque les soins de santé sont perturbés, ce sont des communautés entières qui souffrent. Le CICR rappelle à toutes les parties à un conflit que même pendant la guerre, les soins médicaux doivent être respectés et protégés.