Pagode bouddhiste utilisée comme dispensaire dans les environs du camp de réfugiés Long-Thao de Hue, au Vietnam, en 1973.

Le bouddhisme et la guerre : un nouvel ouvrage met en lumière les liens entre le bouddhisme et le droit international humanitaire

Genève/Bangkok (CICR) – Le premier ouvrage de référence sur les points communs entre les enseignements du bouddhisme et le droit international humanitaire (DIH) a paru hier dans le cadre d’une initiative conjointe du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et d’éminents érudits et pratiquants bouddhistes.
Article 20 septembre 2023

Alors que la littérature bouddhiste traite abondamment de la non-violence, peu d’écrits s’intéressent à la pratique des valeurs bouddhistes et aux règles de conduite dans les conflits armés. Une lacune que vient combler cette nouvelle publication, Buddhism and International Humanitarian Law (« Le bouddhisme et le droit international humanitaire »).

Les auteurs y dévoilent une approche pragmatique et limpide du bouddhisme qui, en parfait accord avec le DIH, permet de limiter les souffrances engendrées par la guerre. Ils s’attaquent en outre à certaines idées reçues sur cette religion, par exemple son antimilitarisme supposé. Selon eux, la tradition bouddhiste admet qu’il est parfois nécessaire de prendre les armes pour protéger ou se défendre.

Cet ouvrage constate que les combattants bouddhistes doivent concilier les idéaux spirituels et humanitaires avec les objectifs militaires.

« En tant que religion de paix, on peut se demander si le bouddhisme transmet également un message sur la conduite de la guerre. Le riche éventail d’articles de cet ouvrage démontre que c’est le cas. Les notions de compassion, de bonté et de tolérance, profondément ancrées dans le bouddhisme, viennent toutes appuyer les principes fondamentaux du DIH que sont la distinction, la nécessité militaire, la proportionnalité et la précaution. Elles contribuent donc à protéger les personnes qui ne participent pas directement aux hostilités », explique dans une critique du livre M. Vitit Muntarbhorn, professeur émérite de l’Université de Chulalongkorn et actuel Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Alors que des bouddhistes sont présents dans les forces armées de nombreuses nations, la capacité de cette religion à éclairer la conduite de la guerre contemporaine n'avait jusqu’à présent guère retenu l'attention. Le CICR a donc lancé un projet sur les liens entre le bouddhisme et le DIH en 2017.

En 2 500 ans d’histoire, les bouddhistes ont livré bien des combats. Pourtant, le bouddhisme et la guerre sont largement considérés comme étant incompatibles et les textes incitant à faire preuve de retenue dans les conflits armés sont le plus souvent restés dans l’ombre. Un chapitre de ce nouvel ouvrage examine en quoi le bouddhisme peut aider le DIH à humaniser la conduite de la guerre. Il explique que, selon les préceptes fondamentaux de l’éthique bouddhiste, il est dans l’intérêt des belligérants de limiter au maximum le tort infligé à autrui, ainsi que les conséquences karmiques qui en découlent pour eux-mêmes, ce qui rejoint grandement les principes du DIH.

 Bien que le bouddhisme et le droit international humanitaire poursuivent exactement le même but, à savoir réduire la souffrance humaine, ces travaux soutenus par le CICR constituent le premier effort concerté pour les faire converger .

Vénérable Khammai Dhammasami, de l'Université bouddhiste de l'État de Shan.

L’ouvrage analyse en détail les principes éthiques du bouddhisme et ce que les enseignements bouddhistes apportent aux soldats, notamment lorsqu’ils sont appliqués à la formation militaire. Le maintien de forces armées disciplinées, vertueuses et compétentes, au service d’une cause juste, est conforme à l’éthique bouddhiste, affirment les auteurs.

Selon Daniel Ratheiser, du Département des affaires globales du CICR et co-rédacteur du livre, « le bouddhisme, à l’instar du DIH, accepte la réalité de la guerre et s’efforce de trouver un moyen de réduire les souffrances. Son éthique s’accorde admirablement avec les règles du droit international humanitaire. En outre, il offre des ressources psychologiques qui peuvent favoriser un meilleur respect des normes humanitaires les plus courantes préconisées par le DIH. Les techniques de pleine conscience, par exemple, peuvent servir aux combattants, même non bouddhistes, en développant leur résilience psychologique ainsi que leur capacité à faire preuve d’habileté et de retenue dans les affrontements. »

Le livre a été publié en accès libre et peut être téléchargé gratuitement . Sa version imprimée peut être  commandée auprès de Routledge.

Pour en savoir plus sur cette publication et les travaux du CICR en lien avec le bouddhisme et le DIH, veuillez consulter le site du CICR consacré à la religion et aux principes humanitaires

 

À propos du CICR

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation neutre, impartiale et indépendante dont le mandat strictement humanitaire découle des Conventions de Genève de 1949. Il porte assistance aux personnes touchées par un conflit armé ou d’autres situations de violence partout dans le monde, mettant tout en œuvre pour améliorer leur sort et protéger leur vie et leur dignité, souvent en collaboration avec ses partenaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Informations complémentaires :

Jason Straziuso, CICR Genève, tél. : +41 79 949 35 12 ou jstraziuso@icrc.org