Déclaration du président du CICR, Peter Maurer, sur le Yémen

27 juillet 2017
Déclaration du président du CICR, Peter Maurer, sur le Yémen
Un enfant yéménite est traité contre le choléra dans un hôpital de Sanaa, au Yémen. EPA / Yahya Arhab

Je quitte le Yémen très préoccupé par la tragédie que vit le peuple yéménite. L'épidémie de choléra reste alarmante. La saison des pluies approche et nous nous attendons à ce qu'il y ait plus de 600 000 cas de choléra d'ici la fin de l'année, une situation sans précédent.

Cette épidémie d'origine humaine est une conséquence directe de plus de deux années d'hostilités. Le système de soins de santé s'est effondré et des personnes meurent de maladies chroniques faciles à traiter. Des services clés, comme le ramassage des ordures, ne fonctionnent plus, comme j'ai pu le constater partout à Taïz.

À moins que les belligérants ne respectent mieux les lois de la guerre, je crains que l'épidémie s'aggrave encore à l'avenir.

Les Yéménites sont résilients, mais combien de temps leur faut-il continuer à résister ? Nous avons vu, en Syrie et ailleurs, comment un conflit de deux ans devient un conflit qui dure six voire dix ans. Il en sera peut-être autrement au Yémen, mais je vois peu de signes d'espoir. Les souffrances de la population ne cessent de s'intensifier. J'ai rencontré des familles contraintes de faire des choix impossibles pour savoir quoi acheter à leurs enfants : du pain, de l'eau ou des médicaments.

Des milliers de personnes sont détenues par les parties au conflit, languissant en prison, incapables de contacter leurs proches. Hier, des familles de ces détenus ont protesté à l'extérieur de nos bureaux à Sanaa et demandé des réponses. Leur bien-être est notre priorité, mais pour pouvoir les aider, nous devons avoir l'autorisation de visiter les détenus.

Cette semaine, j'ai vu de mes propres yeux comment la guerre détruit les villes, les communautés et les familles.

Je lance un appel urgent pour que les comportements changent. Il est impératif que les parties au conflit cessent leurs attaques contre les hôpitaux, les centrales électriques et les stations de traitement des eaux. Sinon, cette tragédie ne fera que s'aggraver.

Il est urgent que les parties belligérantes, y compris les États de la coalition, prennent sans plus tarder des mesures concrètes pour alléger le sort de la population, et notamment :

  • Arrêtent de prendre l'action humanitaire en otage à des fins politiques. Au lieu de cela, ils doivent faciliter l'entrée au Yémen de l'aide et des secours essentiels comme les médicaments, et leur distribution à l'intérieur du pays.
  • Garantissent l'accès des organismes humanitaires aux populations les plus vulnérables.
  • Donnent au CICR un accès régulier à toutes les personnes détenues en relation avec le conflit. Nous avons reçu cette semaine des engagements encourageants de la part des deux parties et espérons que ces engagements se concrétiseront dans les semaines à venir.
  • Assouplissent les restrictions à l'importation afin que l'activité économique puisse reprendre.


Par ailleurs, ceux qui soutiennent les parties belligérantes au Yémen ont la responsabilité de veiller à ce que les lois de la guerre sont respectées.

Un financement humanitaire est aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Mais la communauté internationale doit aller plus loin. Elle doit rechercher activement des solutions à cette énorme crise et exercer de toute urgence une influence sur le comportement des belligérants.

Le CICR a doublé cette année le budget qu'il consacre au Yémen et qui passe ainsi à plus de 100 millions de dollars. Nous continuerons à lutter contre le choléra et à faire tout notre possible pour aider les personnes les plus vulnérables au Yémen. J'appelle ceux qui ne sont pas parties au conflit à intensifier leurs efforts et à agir dans le même sens. Les personnes que j'ai rencontrées cette semaine au Yémen comptent sur nous pour leur venir en aide. Prouvons-leur que nous nous soucions de leur sort.

Note aux rédacteurs :


Informations clés sur le Yémen

La population du Yémen compte 27 millions de personnes.

 - Près de 14 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire.
 - Près de 7 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire aiguë.
 - Près de 3,3 millions de personnes sont en situation de malnutrition aiguë.
 - Près de 14 millions de personnes ne disposent ni de suffisamment d'eau potable ni de conditions d'hygiène satisfaisantes.
 - Près de 14 millions de personnes sont privées de soins de santé adéquats et seulement 45 % des établissements de santé fonctionnent. Plus de 160 structures de santé ont été attaquées depuis 2015, et il s'agit seulement des attaques signalées au CICR. Les citoyens ordinaires n'ont pas les moyens de se procurer des médicaments.

Informations complémentaires :
Soumaya Beltifa, CICR Sanaa, tél. : +967 736 071 967 (anglais, français, arabe)
Marie-Claire Feghali, CICR Genève, tél. : +41 79 536 92 31 (anglais, arabe, français, portugais)
Ralph El Hage, CICR Genève, tél. : +41 79 217 32 03 (anglais, arabe)
Ewan Watson, accompagne le président au Yémen, tél. : +41 79 244 64 70 (anglais, français, espagnol)

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