Irak : récit en images des conséquences désastreuses du changement climatique

Irak : récit en images des conséquences désastreuses du changement climatique

En 2022, le Croissant Rouge d’Irak et la délégation du Comité international de la Croix Rouge en Irak ont organisé un concours de photographie sur le thème du changement climatique. Les résultats sont époustouflants. Si vous êtes déjà allé en Irak, préparez-vous à plonger dans une réalité qui va bousculer les souvenirs que vous pouviez avoir de ce pays.
Article 07 juin 2023 Irak

Le changement climatique en Irak

Si vous n'êtes jamais allé en Irak, ce que vous allez voir sur ces photos va au-delà des simples statistiques classant le pays au cinquième rang mondial en matière de vulnérabilité climatique.

Dans l'ouvrage Lisan Al Arab, un des dictionnaires les plus complets de la langue arabe, l'historien et universitaire Ibn Mansour explique que le peuple de Hijaz avait pour habitude d'appeler les terres proches de la mer « Irak » et que le pays avait donc pris ce nom « car il se trouve sur les bords du Tigre, si proche de la mer ». On dit également qu'il illustre « la façon dont les racines des palmiers et celles d'autres arbres s'entremêlent ». D'autres encore avancent que le mot « Irak » serait une arabisation d'un terme iranien signifiant « beaucoup de palmiers », raison pour laquelle les Arabes l'aurait appliqué à ce pays.

Aujourd'hui pourtant, la réalité est nettement moins poétique.

Une énorme tempête de sable s’est formée à cause de la désertification, elle-même engendrée par la sécheresse qui touche cette région.
Une énorme tempête de sable s’est formée à cause de la désertification, elle-même engendrée par la sécheresse qui touche cette région. Assid Sabbar Sayed/CICR

Les terres irakiennes étaient autrefois vertes, riches et fertiles mais nous découvrons ici une vaste plaine balayée par le sable qui s'insinue partout et remplit l'air de particules. Les Irakiens accueillaient la pluie avec un large sourire ; ils couvrent désormais leur visage car il pleut de la poussière.

Vous avez vu ? Regardez bien. Peut-être vous demandez-vous comment une pile de déchets, un ciel limpide et de vastes prairies peuvent se retrouver dans un seul et même paysage ? Ces montagnes de déchets toucheront elles un jour les nuages ? À Soulaymaniya, la beauté de l'Irak s'étale encore à perte de vue, captivant le regard du spectateur, bien qu'elle soit progressivement engloutie par une montagne de laideur.

 

Si on vous parle des marais d'Al-Chibayish, dans le gouvernorat de Dhi Qar, vous imaginez sans doute une vaste étendue d'eau scintillante sous le soleil. Cette photo montre pourtant une tout autre réalité : le spectateur se demandera peut-être s'il y a vraiment déjà eu de l'eau ici en voyant les bateaux immobiles, échoués sur la terre sèche.

Un drone montre l’étendue de la sécheresse à Jabayesh, dans le gouvernorat de Dhi Qar.
Un drone montre l’étendue de la sécheresse à Jabayesh, dans le gouvernorat de Dhi Qar. Hassan Ali Abdel Rida/CICR

Et les enfants, qu'en pensent-ils ? Ils ne savent sans doute pas à quoi ressemblait cet endroit autrefois, alors qu'ils cheminent sur le sol sec et craquelé. Le seul témoin de l'abondance passée de ces marais est la mémoire de leurs ancêtres. Leurs grands-parents ont vécu au temps des prairies, des terres fertiles et de l'eau. Eux n'ont d'autre horizon que la terre aride et la sécheresse.

Une petite fille va chercher de l’eau à Jabayesh. Elle quitte sa maison en quête d’une source d’eau qui n’aurait pas encore été asséchée.
Une petite fille va chercher de l’eau à Jabayesh. Elle quitte sa maison en quête d’une source d’eau qui n’aurait pas encore été asséchée. Ali Karim Al Sari/CICR

Les anciens vivaient près de l'eau, là où leurs petits-enfants ne voit désormais qu'un sol craquelé. La génération intermédiaire a, quant à elle, fait l'expérience des deux mondes. Elle est nostalgique du passé mais espère pouvoir changer le présent. Sur cette photo, prise à Al Chibayish, un homme marche sur une terre assoiffée et se dirige vers ce qui reste des marais afin de couper des roseaux et du carex pour nourrir son bétail.

 

Un homme marche vers ce qui reste du marais pour ramasser du carex et des roseaux afin de nourrir son bétail après un épisode de sécheresse qui a touché tout le village.
Un homme marche vers ce qui reste du marais pour ramasser du carex et des roseaux afin de nourrir son bétail après un épisode de sécheresse qui a touché tout le village. Wada’ Abdel Karim Falih Al Omari/CICR

Voici tout ce qui reste une fois que l'eau a disparu : quelques traces sur une terre desséchée. Mais qu'en sera-t-il demain ? La réponse reste ambigüe tant que la menace nous semble éloignée. L'Irak est pourtant confrontée à la triste réalité du changement climatique et ses habitants n'ont pas besoin de consulter les chiffres et les statistiques, ni de faire des comparaisons pour le savoir : ils le vivent au quotidien.

Plus de faits et chiffres sur le changement climatique en Irak
  • L'Irak est le cinquième pays le plus vulnérable au changement climatique. Il subit de nombreux phénomènes météorologiques extrêmes comme des températures élevées, des précipitations insuffisantes ou inexistantes, des épisodes de sécheresse et des pénuries d'eau ainsi que des tempêtes de sable et de poussière et des inondations.
  • En 2013, plus de 300 tempêtes de poussière ont balayé le pays alors qu'entre 1950 et 1990, il y en avait moins de 25 par an.
  • 94% des personnes déplacées provenant des gouvernorats du sud du pays citent le manque d'eau comme raison principale de leur départ.
  • En 2001, 90% des marais avaient disparu, entraînant une perte de biodiversité et des déplacements massifs.

Consultez le rapport complet sur l'impact du changement climatique et des conflits armés au Proche et Moyen Orient publié par le CICR et la Croix Rouge norvégienne (en anglais).

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Depuis le pont Al-Shuhada, le reste de la ville de Bagdad, en Irak, est à peine visible, enveloppée dans un nuage de poussière. Au printemps 2022, des tempêtes de poussière ont régulièrement balayé le pays, entraînant la fermeture des écoles et obligeant des milliers de personnes à solliciter une assistance médicale.
Depuis le pont Al-Shuhada, le reste de la ville de Bagdad, en Irak, est à peine visible, enveloppée dans un nuage de poussière. Au printemps 2022, des tempêtes de poussière ont régulièrement balayé le pays, entraînant la fermeture des écoles et obligeant des milliers de personnes à solliciter une assistance médicale. CICR