7 choses à savoir sur le changement climatique et les conflits

09 juillet 2020
7 choses à savoir sur le changement climatique et les conflits
Les pays touchés par des conflits sont moins à même de faire face au changement climatique, précisément en raison de l'affaiblissement de leur capacité d'adaptation dû aux conflits. Samuel TURPIN / Humans & Climate Change Stories

Le nouveau rapport du CICR, intitulé When rain turns to dust, examine comment les pays qui se trouvent dans des situations de conflit sont confrontés de façon disproportionnée au changement et à la variabilité du climat.* Ce rapport sera disponible en français à l'automne 2020.

Voici sept faits que vous devez connaître.

1. Sur les 20 pays considérés comme les plus vulnérables au changement climatique, 12 se trouvent en situation de conflit

L'indice Notre Dame Global Adaptation Initiative (ND-Gain) évalue la vulnérabilité d'un pays au changement climatique et aux autres défis mondiaux en fonction de sa capacité à renforcer sa résilience.

Le Yémen, le Mali, l'Afghanistan, la République démocratique du Congo et la Somalie, tous confrontés à des conflits, figurent parmi les pays les moins bien classés.

Cela ne signifie pas qu'il existe une corrélation directe entre le changement climatique et les conflits. En fait, il en ressort que les pays touchés par des conflits sont moins à même de faire face au changement climatique, précisément en raison de l'affaiblissement de leur capacité d'adaptation dû aux conflits.

Les personnes vivant dans des zones de conflit sont donc parmi les plus vulnérables à la crise climatique et les plus délaissées par l'action climatique.

2. Le changement climatique ne provoque pas directement des conflits, mais...

Les scientifiques s'accordent généralement à dire que le changement climatique ne provoque pas directement de conflits, mais qu'il peut indirectement accroître le risque de conflit en exacerbant les facteurs sociaux, économiques et environnementaux existants.

Par exemple, lorsque les éleveurs de bétail et les agriculteurs se retrouvent contraints de partager des ressources qui s'appauvrissent en raison du changement climatique, cela peut engendrer des tensions dans des lieux dépourvus de gouvernance solide et d'institutions inclusives.

 

3. L'insécurité limite la capacité des personnes à faire face aux chocs climatiques

L'étude de cas suivante, provenant du Mali, qui a connu plusieurs années de conflits, illustre ce point.

L'Afrique de l'Ouest a été frappée par une longue période de sécheresse dans les années 1970, entraînant une famine. Isa, un leader communautaire du nord du Mali, explique : « À cette époque, nous n'avions qu'à chercher de la nourriture. Nous pouvions nous déplacer librement avec nos animaux. Maintenant, nous ne pouvons même plus chercher de nourriture. Nous sommes obligés de rester sur place ou de partir vers les villes à cause de l'insécurité. »

Début 2019, les inondations ont provoqué une réduction de la disponibilité des pâturages au sud de Gao. Les éleveurs préféraient ne pas voyager avec leur bétail par crainte d'être attaqués par des groupes armés ou des bandits.

Ils se rassemblaient alors souvent dans des zones à proximité de points d'eau, créant des tensions avec les agriculteurs et les pêcheurs. Comme leurs animaux s'affaiblissaient de plus en plus, les éleveurs étaient obligés de les vendre à des prix réduits.

L'insécurité les empêchait de se rendre sur les marchés de bétail plus éloignés, où ils auraient pu obtenir de meilleurs prix. Les agents de l'État, et le potentiel soutien public, étaient absents en raison de la violence. La violence a également considérablement limité l'accès humanitaire.

En résumé, les éleveurs appauvris ont vu leurs seuls biens disparaître et ont peiné à nourrir leur famille.

 

Les personnes vivant dans des zones de conflit sont donc parmi les plus vulnérables à la crise climatique et les plus délaissées par l'action climatique. Samuel TURPIN / Humans & Climate Change Stories

4. L'adaptation au changement climatique peut paraître relativement aisée, mais elle tend à être complexe

Dans certaines situations, une modification des types de cultures peut suffire. Mais l'adaptation au changement climatique peut également nécessiter des bouleversements sociaux, culturels ou économiques majeurs. Tout un système agricole peut devoir être modifié ou des maladies jusque-là inconnues dans une zone géographique peuvent nécessiter des traitements.

Les efforts concertés d'adaptation ont tendance à être limités en temps de guerre. Dans une situation de conflit, les autorités et les institutions sont non seulement affaiblies, mais aussi préoccupées par les priorités en matière de sécurité.

 

5. L'environnement naturel est souvent victime des conflits

Trop souvent, l'environnement naturel est directement agressé ou dégradé par la guerre. Les attaques peuvent provoquer une contamination de l'eau, des sols et des terres, ou libérer des polluants dans l'air. Les restes explosifs de guerre peuvent contaminer les sols et les points d'eau, ainsi que nuire à la faune. Cette dégradation de l'environnement** affaiblit la résilience des personnes et leur capacité à s'adapter au changement climatique.

Les conséquences indirectes des conflits peuvent également provoquer une plus grande dégradation de l'environnement, par exemple : les autorités sont moins à même de gérer et de protéger l'environnement ; les déplacements à grande échelle appauvrissent davantage les ressources ; les ressources naturelles sont parfois exploitées pour soutenir les économies de guerre. À Fao, au sud de Bassorah en Irak, les habitants attribuent leurs difficultés liées à l'eau et aux cultures à l'abattage des dattiers à des fins militaires pendant la guerre Iran-Irak.

Les conflits peuvent également contribuer au changement climatique. Par exemple, la destruction de vastes zones forestières ou la détérioration d'infrastructures telles que les installations pétrolières ou les grands sites industriels peuvent avoir des conséquences néfastes sur le climat, notamment le rejet de grands volumes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

 

6. Le droit international humanitaire (DIH) protège l'environnement naturel

Dès 1977, les États ont protégé l'environnement naturel contre des dommages étendus, durables et graves par le biais du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève.

Un plus grand respect envers les règles de la guerre peut réduire les dommages et les risques auxquels sont exposées les communautés touchées par les conflits en raison du changement climatique.

Par exemple, le changement climatique peut entraîner une pénurie d'eau et réduire la disponibilité des terres arables. En interdisant les attaques contre des éléments indispensables à la survie de la population civile, tels que les zones agricoles et l'eau potable, le DIH protège ces ressources contre toute violence supplémentaire liée au conflit.

 

7. L'action humanitaire doit s'adapter

La crise climatique modifie la nature et la gravité des crises humanitaires. Les organisations humanitaires peinent déjà à faire face à la situation et ne pourront pas répondre à des besoins augmentant de manière exponentielle résultant de l'inaction en matière de changement climatique.

Des efforts majeurs sont nécessaires pour lutter contre le changement climatique, au travers de changements systémiques et structurels importants, d'une volonté politique, d'une bonne gouvernance, d'investissements, de connaissances techniques et d'un changement d'état d'esprit.

Les organisations humanitaires doivent collaborer pour renforcer l'action en faveur du climat. Alors que les populations dans les zones de conflit sont parmi les plus vulnérables au changement climatique, il existe un écart entre les pays stables et fragiles concernant le financement de l'action en faveur du climat. Une plus grande part du financement climatique doit être allouée aux zones touchées par les conflits afin d'aider les communautés à s'adapter au changement climatique.

 

*Le changement climatique désigne toute modification du climat persistant pendant une période prolongée, généralement des décennies ou plus. La variabilité climatique désigne les fluctuations des conditions climatiques dans un intervalle de temps plus court, comme un mois, une saison ou une année. Les variations, telles que la fréquence ou l'intensité des précipitations, des cyclones tropicaux, des températures, etc., peuvent être exceptionnelles et faire partie de la variabilité naturelle du climat. Des variations persistantes peuvent suggérer un changement potentiel du climat.

** La dégradation de l'environnement est un processus par lequel l'environnement naturel est compromis. Il peut s'agir d'un processus totalement naturel ou il peut être accéléré ou causé par les activités humaines.