Forêt tropicale, Chris Barron

L'environnement naturel : une victime négligée des conflits armés

Si l’on reconnaît souvent l’impact des conflits armés sur l'environnement naturel, on en sous-estime fortement l’importance. De 1946 à 2010, le conflit était par exemple l’indicateur prédictif le plus sûr des baisses de populations de certaines espèces sauvages. Le droit international humanitaire protège l'environnement naturel et vise à limiter les dommages qui lui sont causés, non seulement parce que la vie humaine en dépend mais aussi à cause de sa valeur intrinsèque.
Article 05 juin 2019
 

Utiliser l'environnement naturel comme arme

Conflit et dégradation de l'environnement ont toujours été étroitement liés. Le droit international humanitaire interdit d'utiliser l'environnement naturel comme arme. Autrement dit, il interdit de porter délibérément atteinte à l'environnement naturel – notamment de détruire des ressources naturelles et de recourir à des techniques de modification de l'environnement, d'utiliser des herbicides, par exemple, qui bouleversent l'équilibre écologique d'une région.

Lorsqu'on met le feu à des champs de pétrole, ce sont des millions de tonnes de dioxyde de carbone qui sont libérées dans l'atmosphère, et le bétail et d'autres animaux meurent victimes du pétrole brut qui se répand dans l'environnement. Un tel incendie peut contribuer aussi au dérèglement climatique en rejetant dans l'atmosphère quantité de gaz à effet de serre.

 

Déclin des espèces animales et végétales aux points névralgiques pour la diversité (biodiversity hotspots)

Le fait d'utiliser l'environnement naturel comme arme ou de s'attaquer directement à lui peut causer d'énormes dégâts. Cependant, la plupart des atteintes portées par les conflits à l'environnement sont des dommages collatéraux. Par exemple, les attaques dirigées contre des objectifs militaires entraînent souvent une dégradation de l'environnement, et les activités dont vivent les combattants, comme le braconnage, sont nuisibles elles aussi.

Pendant la guerre civile au Mozambique, qui a duré 15 ans, le parc national de Gorongosa a perdu plus de 90 % de ses animaux. Les buffles africains sont passés d'une population de 14 000 individus à 100, et les hippopotames de 3 500 à 100. De 2 000 individus, la population des éléphants est descendue à 200, car leur chair servait à nourrir les soldats et l'ivoire était vendu pour financer l'achat d'armes, de munitions et de fournitures.

 

L'après-conflit et ses retombées sur la déforestation

N'importe quel facteur – même un conflit armé – qui pousse les gens à quitter une zone peut être cependant bénéfique pour la vie sauvage ou les écosystèmes en préservant pour un temps cette zone des conséquences du développement.

En période de conflit, des groupes armés s'emparent parfois de zones rurales ou boisées où ils sont à couvert et dont ils peuvent faire leur base. La population locale ne peut ni s'y installer ni les exploiter. Mais lorsque cessent les combats, rien ne l'empêche plus d'exploiter des ressources naturelles qui lui étaient auparavant inaccessibles. Aussi est-il vital, lorsqu'une société passe de la guerre à la paix, de prendre des mesures pour limiter le déboisement et prévenir un usage excessif des ressources naturelles.

 

Protéger l'environnement naturel en période de conflit armé

Le droit international humanitaire reconnaît que tout conflit armé entraîne inévitablement une détérioration de l'environnement. Mais il fixe des limites à cette détérioration par des dispositions protégeant l'environnement naturel. Il interdit en particulier de s'attaquer à l'environnement naturel, sauf dans les rares cas où celui-ci est devenu un objectif militaire. Il exige aussi des parties belligérantes qu'elles prennent en compte la possibilité d'atteintes à l'environnement avant de décider de lancer une attaque.

Désireux de faire mieux connaître ces règles et de sensibiliser les parties belligérantes à la nécessité de limiter les dégâts causés à la nature, le CICR est en train de mettre à jour ses Directives de 1994 pour les manuels d'instruction militaire sur la protection de l'environnement en période de conflit armé. Un plus grand respect du droit international humanitaire contribuerait à limiter les dommages causés à l'environnement naturel par la guerre et aiderait aussi les sociétés à se relever d'un conflit. Il va travailler avec les États et d'autres entités pour que les Directives soient incorporées dans les manuels militaires, la législation et les politiques nationales et effectivement appliquée.

Pour prévenir les atteintes à l'environnement, les parties à un conflit pourraient :

  • éviter de placer des troupes ou du matériel militaire dans des écosystèmes fragiles ou des zones protégées telles que des parcs nationaux
  • cartographier les zones particulièrement riches ou fragiles du point de vue écologique et s’abstenir d’y conduire des opérations militaires
  • se mettre d’accord pour faire de ces zones des zones démilitarisées dont est bannie toute action militaire et qui sont interdites d’accès à la fois aux combattants et au matériel militaire.

Vous pouvez sensibiliser les esprits à ce qui est en jeu en :

  • inscrivant la question de la dégradation de l’environnement en période de conflit armé et d’un meilleur respect du droit international humanitaire à l’ordre du jour des organisations civiles, religieuses, sociales et politiques dont vous faites partie
  • partageant cette page sur les plateformes de vos réseaux sociaux
  • attirant l’attention des médias locaux sur ces questions.