Liban : améliorer les conditions de détention, en collaboration avec les autorités

06 juillet 2015
Liban : améliorer les conditions de détention, en collaboration avec les autorités
Un convoi du CICR transporte de l'assistance à la prison de Roumieh, après les émeutes d'avril 2015.

Le 25 juin 2015, le chef de la délégation du CICR au Liban, Fabrizzio Carboni, s'est entretenu avec le ministre libanais de l'Intérieur, Nouhad Machnouk. Par coïncidence, cette rencontre a eu lieu la veille de la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture. À l'issue de l'entretien, Fabrizzio Carboni a accepté de répondre à quelques questions sur les activités que mène le CICR dans le domaine de la détention au Liban.

 

Fabrizzio Carboni,
chef de la délégation du CICR au Liban

Votre entretien avec le ministre a eu lieu quelques jours seulement après la parution d'une vidéo montrant les mauvais traitements infligés aux détenus de la prison de Roumieh, qui a provoqué de vives réactions de la part du public. Avez-vous évoqué ensemble cet épisode ?

Nous avons discuté de plusieurs sujets, parmi lesquels les mauvais traitements dans les lieux de détention libanais. J'ai rappelé la préoccupation du CICR, en soulignant que nous soutenions pleinement le projet des autorités libanaises de mener des enquêtes sur les mauvais traitements à la prison de Roumieh. Mais nous ne nous inquiétons pas de la situation d'un seul lieu de détention. Tous les détenus doivent être traités avec humanité partout et en toutes circonstances, surtout dans les moments qui suivent leur arrestation et au cours des interrogatoires. C'est pourquoi nous encourageons les autorités à prendre des mesures similaires dans d'autres lieux de détention du pays si nécessaire.

Aujourd'hui a lieu la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture. Malheureusement, aucun pays n'est entièrement à l'abri de ce phénomène, qui contrevient totalement au droit international. La torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants ont des répercussions non seulement sur les victimes elles-mêmes mais également sur leur famille, leur communauté et la société dans son ensemble. Dans tous les pays du monde, y compris au Liban, nous avons notamment pour mission d'empêcher la torture et les autres formes de mauvais traitements. À cette fin, nous nous rendons dans les lieux de détention et nous faisons part de nos préoccupations aux autorités compétentes, qu'il s'agisse du ministère de l'Intérieur, des services de sécurité ou de l'armée.

Quel est l'état des conditions de détention au Liban ?

Nous avons pour principe de ne communiquer nos observations qu'aux autorités concernées. Toutefois, comme celles-ci ont reconnu publiquement les faits, nous pouvons confirmer que les conditions laissent en général beaucoup à désirer. Je veux surtout parler de la surpopulation dans certains établissements, notamment à la prison de Roumieh, et du mauvais état des infrastructures. Tout cela pèse durement sur les détenus mais aussi sur le personnel pénitentiaire.

Que fait le CICR pour améliorer la situation ?

Nous remettons en état certains établissements, en concertation avec les autorités pénitentiaires. Nous avons réparé le système de ventilation de la prison militaire de Rihaniyeh et installé un nouveau système à la prison de Tripoli, qui relève de l'autorité des forces de sécurité intérieure. Nous aidons également les autorités détentrices à fournir des services de santé de meilleure qualité. Nous avons pour cela commencé la construction d'un nouveau centre médical à la prison de Zahlé, qui s'achèvera en 2015, nous avons fait don d'un appareil de radiographie au centre médical de la prison de Roumieh et participé à la désinfection des cellules de la prison centrale de Tripoli en 2014 pour empêcher la propagation de la gale et d'autres maladies contagieuses. Il arrive que nous distribuions des articles de première nécessité aux détenus, tels que des vêtements, des articles d'hygiène, des matelas et des couvertures, comme nous l'avons fait après les récentes émeutes à la prison de Roumieh.

Mais il reste encore à faire, et cette année, nous avons inscrit un million de dollars au budget pour l'amélioration des conditions de vie des détenus. Une partie de cette somme sera affectée à la remise en état des prisons de district. Nous sommes en train de conclure un accord sur le projet avec les autorités, qui doit encore être approuvé par le conseil des ministres. Nous espérons que cela se fera de façon imminente, sinon nous ne serons probablement pas en mesure de mettre en oeuvre nos projets cette année, ni de recevoir des fonds supplémentaires l'année prochaine.

Si nous apportons volontiers notre aide, la responsabilité de garantir des conditions de détention dignes incombe en revanche aux autorités compétentes. À nos yeux, il faut remplacer les anciennes prisons par des nouvelles, qui disposent de structures et de services adaptés, surtout en matière de santé – un autre sujet de préoccupation sur lequel nous nous penchons à l'heure actuelle. Notre rôle consiste à apporter notre aide en répondant aux besoins les plus pressants.

Quelles relations entretenez-vous avec les autorités libanaises en matière de détention ?

En général, nous maintenons un bon niveau de dialogue avec les autorités libanaises à tous les niveaux, et nous pouvons soulever avec elles différents sujets de préoccupation. Les autorités sont désireuses d'améliorer l'état du système pénitentiaire, ce qui rend notre dialogue d'autant plus constructif. L'entretien que j'ai eu hier avec M. Machnouk en est une bonne illustration.

 

Au Liban, le CICR visite régulièrement des lieux de détention depuis 2007, où il a signé un accord avec le gouvernement. Il a conduit plus de 200 visites depuis 2014.