Ni cadeaux, ni jouets : grandir dans l'ombre de la guerre au Soudan du Sud

Au Soudan du Sud, les enfants endurent les pires aspects du conflit : cauchemars, anxiété, solitude, chagrin, perte, colère et désespoir.
Article 14 décembre 2018 Soudan du Sud

Qu'est-ce qu'un enfant sait de la guerre ?


Au Soudan du Sud, ils en subissent les pires aspects : cauchemars, anxiété, solitude, chagrin, perte, colère et désespoir. Depuis le début du conflit il y a cinq ans, les enfants ne parlent pas d'école et d'amitié, mais de guerre et de mort. Ils n'ont ni jouets, ni cadeaux, et leur quotidien est peuplé d'armes à feu et de violence.

Goi

CC BY-NC-ND / ICRC / Erika Tovar

Goi a dix ans. Il ne se rappelle pas exactement ce qui est arrivé à son village, mais cela fait deux ans que ses nuits sont hantées par des cauchemars où il voit ses amis périr brûlés vifs à l'intérieur de leurs maisons.

Il est orphelin. Partager un repas et jouer avec ses parents et ses frères et sœurs lui manquent. Il accuse la guerre d'avoir « détruit son pays » et il veut la paix : les tueries doivent cesser, dit-il.

Tant d'enfants victimes de violence font des cauchemars, se sentant désespérés, en colère, effrayés ou tristes. Tel est l'avenir du Soudan du Sud : un pays où les enfants souffrent trop souvent en silence.

Thagaya

CC BY-NC-ND / ICRC / Erika Tovar

Âgée de 12 ans, Thagaya est rongée par le chagrin. Elle aussi a vu ses amis mourir. Elle dit que recevoir de l'aide ne sert à rien car « cela ne changera pas la situation ». Elle fait ce qu'elle peut : elle étudie. Un jour, elle rendra sa mère fière, elle pourra la soutenir quand elle deviendra pilote.

Bitoang

CC BY-NC-ND / ICRC / Erika Tovar

Bitoang a 14 ans. Son père a été tué il y a un an lors d'une attaque. Cette année, ça a été le tour de son cousin, son meilleur ami. Ils fuyaient ensemble quand on lui a tiré dessus. Il se sent responsable de ne pas être assez grand pour éviter que cela n'arrive. Il fait des cauchemars, et il n'arrête pas de penser à ce qui s'est passé. Il porte toujours les mêmes vêtements depuis l'attaque, il y a des mois.

Nyaduala

CC BY-NC-ND / ICRC / Erika Tovar

Nyaduala a 13 ans. Elle a survécu à une attaque brutale de son village. Elle pense que la vie lui donne une seconde chance. Elle va à l'école mais craint de ne pas pouvoir terminer ses études parce qu'elle pourrait être forcée de se marier avant d'obtenir son diplôme.

James

CC BY-NC-ND / ICRC / Erika Tovar

James a 14 ans. Il pensait qu'il n'allait pas survivre à la dernière attaque. Il est resté caché dans la brousse deux jours durant, sans rien à manger, sous une pluie battante et harcelé par des milliers de moustiques. Il craint sans cesse une nouvelle attaque, se demandant où il pourrait bien fuir pour se cacher et quand revenir. La douleur est toujours présente dans son quotidien mais il aimerait pardonner et être un homme bon.

Malgré les énormes difficultés traversées, cette génération garde espoir. Les enfants ont besoin de temps et d'espace pour se remettre. Ils ne demandent rien d'extraordinaire. Ils voudraient juste pouvoir échanger leurs expériences de violence et de peur contre une vie normale, avec un foyer, de la nourriture, un accès aux soins de santé et à l'éducation, être avec leur famille et leurs amis, et connaître enfin la joie de recevoir un cadeau ou un jouet.