Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, 2016

09 décembre 2016

Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe fournis par les organismes des Nations Unies, y compris l'assistance économique spéciale, point 69. a) de l'ordre du jour, Assemblée générale des Nations Unies, 71e session. Déclaration du CICR.

Cette année a été marquante pour l’élaboration des politiques de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est entré en vigueur ; la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants et le Nouveau Programme pour les villes ont été approuvés par les États.

Chacune de ces avancées comporte d’importants engagements humanitaires. Le CICR s’en félicite et se tient disposé à fournir des conseils sur les aspects humanitaires des pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrants, que les États commenceront à élaborer en 2017.

Le Sommet mondial sur l’action humanitaire a attiré l’attention sur plusieurs domaines essentiels de politique humanitaire, comme les conflits prolongés, les personnes déplacées, les programmes localisés, la corrélation entre secours et développement, les transferts d’espèces, l’éducation pour les personnes handicapées et l’intégration de celles-ci.

Cette année marque également le 25e anniversaire de la résolution 46/182 adoptée par l’Assemblée générale.

Nos observations porteront sur le respect du droit international humanitaire (DIH), les liens entre le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’action humanitaire, l’importance que revêt la résolution 46/182 aujourd’hui, et deux groupes de personnes vulnérables – les personnes déplacées et les personnes portées disparues.

Favoriser le respect du DIH

La nécessité de renforcer le respect du DIH a été – avec raison – une priorité importante des politiques de l’ONU en 2016. Les innombrables attaques dont ont été victimes les établissements et les personnels de santé ont conduit à l’adoption de la résolution 2286 par le Conseil de sécurité, qui réaffirme avec force l’importance et la pertinence des lois protégeant la fourniture des soins de santé dans les conflits armés.

Plus généralement, les violations du DIH par des groupes armés étatiques et non étatiques ont persisté dans de nombreux conflits armés. L’accès humanitaire demeure très problématique dans différents contextes.

Les États doivent intensifier leurs efforts visant à respecter et à faire respecter les règles du DIH.

Le programme de développement durable à l’horizon 2030

L’accord portant sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est une importante avancée des États, qui ne doit pour autant pas faire oublier le rôle de l’action humanitaire.

L’action humanitaire n’a pas pour vocation première d’atteindre les objectifs de développement durable, et le CICR ne s’inscrit pas dans une idéologie particulière de progrès politique, économique ou social. Notre mission est axée uniquement sur les besoins.

Toutefois, une action humanitaire fondée sur des principes peut contribuer de manière significative à répondre aux besoins humains essentiels recensés dans les objectifs de développement durable, en particulier s’agissant des « laissés-pour-compte » dans les conflits armés. Bon nombre de ces besoins – comme la sécurité, la nutrition, la santé, l’eau, l’éducation, les moyens de subsistance et la protection juridique – sont également considérés comme prioritaires en DIH et dans la fourniture de l’aide humanitaire.

Dans les conflits prolongés, l’aide humanitaire peut contribuer à maintenir les infrastructures de développement et les services à leur niveau le plus essentiel ; elle peut même éventuellement faire office de filet de sécurité. Une collaboration bien pensée entre acteurs humanitaires, pouvoirs publics, organismes de développement et entreprises peut permettre de ne pas interrompre la poursuite des objectifs de développement durable pendant et après les conflits armés. Pour autant, l’action humanitaire diffère du développement ou de la consolidation de la paix, qui nourrissent généralement des objectifs politiques.

La résolution 46/182 de l’Assemblée générale de l’ONU

La résolution 46/182 demeure importante aujourd’hui. Elle reconnaît la souveraineté des États et met l’accent sur leur rôle et leurs obligations dans la coordination, la mise en œuvre et la facilitation d’une aide humanitaire neutre et impartiale. Elle insiste également sur l’importance de respecter le DIH ainsi que sur le rôle vital des organisations humanitaires attachées à des principes pour renforcer l’aide humanitaire.

Notre expérience opérationnelle nous l’a clairement enseigné : la meilleure approche pour fournir protection et assistance aux victimes des conflits armés est l’association d’un État responsable, activement engagé, et d’une action humanitaire fondée sur des principes, autorisée et facilitée par l’État en question. Lorsque les États s’acquittent de leurs obligations humanitaires, le CICR est plus à même d’atteindre les populations et de soutenir ou de fournir lui-même les services dont elles ont besoin. Un gouvernement efficace fait souvent toute la différence entre succès et échec humanitaire.

Les personnes déplacées et les personnes portées disparues

Enfin, nos opérations montrent que deux groupes de personnes méritent une attention particulière dans les politiques humanitaires mondiales aujourd’hui : les personnes déplacées en milieu urbain et les personnes portées disparues et leurs familles.

Les personnes déplacées en milieu urbain forment une catégorie croissante de personnes dont les conditions d’existence nécessitent une action mieux coordonnée. La majorité des personnes déplacées vit aujourd’hui en zone urbaine, généralement aux côtés des pauvres des villes. Les personnes déplacées et les communautés qui les accueillent ont souvent des besoins en commun. Les États devraient déployer davantage d’efforts pour leur offrir des services essentiels de meilleure qualité et des moyens de subsistance améliorés. Nous nous félicitons de l’engagement pris par la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) de travailler en partenariat avec les gouvernements, les autorités municipales et les organisations humanitaires en vue de soutenir les capacités des États à répondre aux besoins des personnes déplacées.

La situation des personnes portées disparues et de leurs familles nécessite également une meilleure coordination des services humanitaires. Le CICR fait face à des besoins accrus dans ce domaine, car les migrants portés disparus viennent s’ajouter à la liste des personnes disparues dans le cadre des conflits armés. Les souffrances affectives et l’impact socioéconomique qui en découlent pour les familles sont profonds et ancrés sur le long terme. Les personnes ont besoin que les États déploient des efforts concertés pour coordonner les recherches de personnes disparues. Le CICR se tient prêt à appuyer ces efforts supplémentaires.

L’année prochaine

L’année 2017 sera consacrée à l’important travail de mise en oeuvre des nouvelles politiques mondiales approuvées cette année et à l’élaboration des pactes sur les réfugiés et les migrants.

Le rôle et la responsabilité humanitaires des États doivent continuer de primer et de répondre aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international et de leur propre législation.

Il sera essentiel de définir les liens entre l’action humanitaire et le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Les besoins humains, comme ceux des personnes déplacées et des personnes portées disparues, doivent être au cœur des nouvelles politiques humanitaires.