République démocratique du Congo : 50 000 Congolais bloqués à la frontière avec l’Angola

Depuis début octobre, plus de 400 000 ressortissants congolais ont été expulsés d’Angola.
Article 21 novembre 2018 République démocratique du Congo

Depuis début octobre, plus de 400 000 ressortissants congolais ont été expulsés d'Angola. Près de 70 % ont transité par la ville frontière de Kamako (RDC) pour regagner leur foyer dans la province du Kasaï. Aujourd'hui, 50 000 personnes sont bloquées à Kamako, où elles survivent dans le plus grand dénuement.

La plupart ont laissé derrière elles tout ce qu'elles possédaient et se retrouvent aujourd'hui sans les moyens nécessaires pour continuer leur périple et retourner dans leur région d'origine. Les plus chanceuses, qui ont pu sauver quelques biens, transportent des matelas et des articles ménagers sur la tête ou des pièces de mobilier amoncelées pêle-mêle sur des bicyclettes surchargées.

La majorité d'entre elles ont toutefois dû se défaire de ce qu'elles étaient parvenues à emporter, pour payer leur transport et se nourrir.

CC BY-NC-ND / CICR / Jonathan Busasi

Anna Praz, qui dirige les opérations du CICR à Kamako, explique que les personnes déplacées se trouvent dans une situation de précarité et de vulnérabilité extrêmes.

 Des milliers de personnes, contraints à partir dans la hâte, arrivent fatigués et en détresse. Certains ont les mains vides et sont destinés à des jours de marche à pied. D'autres, n'ont pas où aller.

Hommes, femmes et enfants s'entassent au poste frontière de Kamako et dans les environs. Les structures existantes n'ont pas la capacité de répondre ne serait-ce qu'à leurs besoins les plus urgents. Ils n'ont ni où s'abriter ni de quoi manger, et sont privés d'accès aux soins. Dans de telles conditions, le risque d'épidémies est élevé.

Arnaud Kalenda, expulsé d'Angola, vient d'arriver à Kamako.

C'est vraiment très dur, ici : les gens dorment dehors ou dans des églises ; les enfants pataugent dans la boue sous la pluie.

CC BY-NC-ND / CICR / Jonathan Busasi

Matthew, lui, a fait le voyage seul ; sa femme et ses enfants sont restés en Angola. Il vient enfin de pouvoir leur parler, grâce au service d'appels téléphoniques gratuits mis en place par le CICR et la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo. Chaque jour, une centaine de personnes y ont recours pour appeler leur famille.

Aujourd'hui, des milliers de personnes retournent dans leur province d'origine, théâtre ces dernières années de graves troubles. Entre 2016 et 2017, les violences interethniques ont fait des milliers de morts et forcé plus d'un million de personnes à fuir, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

En septembre 2017, le HCR rapportait de son côté que, dans la seule région de Kamako, neuf villages sur dix avaient été réduits en cendres.