Soudan du Sud : les États de l’Équatoria partagés entre crainte et espoir

07 avril 2017
Soudan du Sud : les États de l’Équatoria partagés entre crainte et espoir
À Bangolo, des familles déplacées ont construit des abris de fortune avec des branchages, sur une parcelle mise à leur disposition par la communauté locale. CC BY-NC-ND / CICR / A. Synenko

Recouvertes de bâches, les huttes semblent avoir été construites tout récemment. Quelques rares articles ménagers sont éparpillés sur le sol : des casseroles, des jerricans et quelques chaises en plastique. Ce camp de fortune apparu il y a quatre mois commence à ressembler à un vrai village : quelque 400 familles déplacées en raison du conflit armé y sont aujourd'hui installées.

Les notables du village de Bangolo ont mis un terrain à la disposition des nouveaux arrivés pour qu'ils y construisent des abris et cultivent de quoi se nourrir. « Nous avons partagé tout ce que nous avons », explique le révérend Monasseh Wajo, l'un des chefs locaux. « Mais c'est dur pour nous aussi. L'année dernière, nous avons fui à cause des combats. Nous avons passé quatre mois cachés dans la forêt tandis que nos récoltes pourrissaient sur pied. »

Connue comme étant le garde-manger du Soudan du Sud, l'Équatoria avait été relativement stable en comparaison avec d'autres régions de ce pays en proie à la guerre. Cependant, après la dernière série d'affrontements dont Juba a été le théâtre en juillet 2016, la guerre civile s'est propagée jusqu'ici. Les routes commerciales se sont retrouvées coupées par les lignes de front et des milliers de personnes ont été déplacées. Un taux d'inflation atteignant 600 % a transformé le quotidien de la population en une lutte perpétuelle pour la survie.

L'année dernière, déplacés par les combats qui faisaient rage dans la région, les habitants de Mundri et de Bangolo ont passé des mois cachés dans la forêt, incapables de récolter leurs cultures, qui ont fini par pourrir sur pied. CC BY-NC-ND / CICR /A. Synenko

« À l'époque, des commerçants de Mundri passaient par ici et nous leur vendions les produits que nous cultivions. Cela nous permettait d'acheter du savon, du sel et de l'huile de cuisine. Aujourd'hui, nous sommes complètement isolés et nous ne pouvons plus nous procurer ces denrées », explique le révérend.

Dans la ville voisine de Mundri, David, agent de santé animale, explique que rares sont ceux qui osent encore s'aventurer hors de la ville. « Avant, nous partions chasser et pêcher en pleine forêt, et beaucoup de personnes exploitaient des fermes aux alentours de la ville. Aujourd'hui, si tu sors, tu n'es pas vraiment sûr de revenir. »

South Sudan people waiting to receive seeds and food assistance.

Ces personnes attendent de recevoir des semences et des vivres. CC BY-NC-ND / CICR /A. Synenko

« L'agriculture est notre principal gagne-pain. Je suis né à la ferme et c'est toujours la terre qui m'a nourri, explique David. Quand tout allait bien, la ferme générait suffisamment de revenus pour couvrir toutes les dépenses et payer les frais de scolarité des quatre enfants de la famille. »

Toutefois, comme leurs voisins de Bangolo, les habitants de Mundri ont laissé perdre leurs dernières récoltes et ont dû partager le peu qu'il leur restait avec des centaines de déplacés affluant d'autres régions, en quête de sécurité. De nombreuses familles qui faisaient auparavant deux repas ne mangent plus qu'une fois par jour. « La seule chose que je trouve encore à cuisiner pour mes enfants, ce sont des feuilles d'amarante », se désespère Otilia, la femme de David.

Mais, plus encore que les importantes difficultés matérielles auxquelles les gens doivent faire face, le plus dur pour eux est sans doute la crainte constante dans laquelle ils vivent. « Nous sommes en permanence sur le qui-vive et nous redoutons toujours le pire », indique le révérend Wajo. Mais les gens ne perdent pas tout espoir et comptent sur la relative stabilité qui règne actuellement dans la région pour récolter ce qu'ils ont planté et ainsi faire face aux périodes difficiles.

« Nous avons tant de terres et elles sont si fertiles, dit Otilia. Tout ce qu'il nous faut, c'est la paix pour pouvoir les cultiver. »

Entre les mois de mars et avril 2017, quelque 200 000 personnes vivant dans différentes régions du Soudan du Sud auront reçu des semences et des outils pour la nouvelle saison agricole. CC BY-NC-ND / CICR /A. Synenko

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Quand la guerre alimente la famine

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