Syrie: "Personne ne veut vivre près d’un hôpital à Alep"

12 juillet 2016
Syrie: "Personne ne veut vivre près d’un hôpital à Alep"
Un hôpital endommagé, è Alep, en Syrie. CC BY-NC-ND / CICR / Ricardo Garcia Vilanova

« Personne ne veut vivre près d'un hôpital à Alep. » Javier Senent, président de la Croix-Rouge espagnole

Voilà comment José Manuel García-Margallo, ministre espagnol des Affaires étrangères, a résumé la tragédie d'une ville dévastée par cinq années de guerre civile dans un article publié le 24 mai dans le journal espagnol El País. Au cours des semaines précédentes, sur les quelques établissements de santé qui fonctionnaient encore à Alep, six ont été détruits et plusieurs patients et professionnels de la santé ont été tués, y compris l'un des derniers pédiatres restés dans la ville.

On a toujours présentes à l'esprit les images terrifiantes d'hôpitaux complètement rasés en Syrie, en Afghanistan et au Yémen, alors que l'on assiste déjà à d'autres attaques des services de santé. L'Organisation mondiale de la Santé a enregistré 594 incidents de ce type à l'origine de 959 morts et de 1561 blessés entre janvier 2014 et décembre 2015 dans 19 pays confrontés à des situations d'urgence. Pouvons-nous nous permettre de nous accoutumer à voir des hôpitaux bombardés et des agents de santé attaqués ? Nous devons rejeter avec force la possibilité que ces incidents suscitent de l'indifférence ou même soient acceptés. Il est temps de réaffirmer que les guerres ont des limites.

C'est pourquoi nous saluons l'adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Adoptée à l'unanimité le 3 mai 2016, cette résolution sur la protection des installations médicales et du personnel médical a été présentée, entre autres, par l'Espagne. Elle appuie sans réserve l'une des priorités du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : protéger l'accès aux soins de santé et la fourniture de ces soins en toute sécurité pour les personnes touchées par un conflit ou une autre situation d'urgence.

Par cette résolution, le Conseil de sécurité condamne fermement les actes de violence, les attaques et les menaces visant les blessés et les malades, le personnel médical et les agents humanitaires dont l'activité est d'ordre exclusivement médical, leurs moyens de transport et leur matériel, ainsi que les hôpitaux et les autres installations médicales.

Mais surtout, il exige de toutes les parties à un conflit armé qu'elles respectent pleinement les obligations que leur impose le droit international de garantir le respect et la protection de l'ensemble des agents et des établissements de santé, et qu'elles le fassent en prenant des mesures concrètes.

Cette résolution s'inspire largement du cadre déjà mis en place par la résolution 4 de la XXXIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en décembre 2015. Les deux résolutions sont porteuses d'un signal fort et important : que les lois réglementant les conflits armés demeurent plus que jamais d'actualité, et les deux textes seront extrêmement utiles pour soutenir le travail qui nous attend. Après tout, le vrai travail de mise en conformité avec ces lois doit être réalisé sur le terrain et ne fait que commencer.

Dans ces résolutions, quelles mesures concrètes les États Membres sont-ils invités à prendre ? Développer leur législation nationale pour se conformer à leurs obligations au regard du droit international humanitaire ; recueillir des données sur les manœuvres d'obstruction, les menaces et les attaques physiques visant le personnel médical, leurs moyens de transport et les installations médicales, et échanger des informations sur les difficultés et les solutions ; enquêter et, le cas échéant, poursuivre en justice les auteurs d'attaques ; former le personnel militaire à ses obligations juridiques ; appuyer et faciliter l'action des organisations sanitaires locales et internationales ; améliorer la protection juridique des patients et des agents de santé, en ce qui concerne les principes éthiques des soins de santé et les emblèmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; et suivre cette question grâce à un mécanisme de communication de l'information confié au Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies.

Le 3 mai, 49 organisations nationales et internationales, y compris le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la Croix-Rouge espagnole, représentant plus de 30 millions de professionnels de la santé et de travailleurs humanitaires dans le monde, ont parlé d'une seule voix, appelant tous les États Membres de l'ONU à donner immédiatement suite aux engagements pris avec l'adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations Unies et de la résolution 4 de la XXXIIe Conférence internationale. En attendant, nous continuerons à mobiliser d'autres organisations et d'autres individus. Nous avons besoin que d'autres voix se joignent aux nôtres jusqu'à ce que nous soyons entendus et que ces mesures soient mises en œuvre, jusqu'à ce que les hôpitaux soient à nouveau sûrs partout dans le monde.

La Croix-Rouge espagnole est membre de « Les soins de santé en danger », une initiative du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge destinée à rendre l'accès aux soins de santé et la fourniture des soins de santé plus sûrs dans les conflits armés et les autres situations d'urgence. L'initiative appelle au respect et à la protection des travailleurs de la santé, des structures médicales et des véhicules sanitaires, ainsi qu'à la mise en œuvre d'une série de recommandations et de mesures pratiques visant à protéger les services de santé et leur mission humanitaire.

Qu'est-ce que je peux faire ?