Un pas après l’autre : mise sur pied d’un nouveau centre de réadaptation physique au Mali

12 juin 2019
Un pas après l’autre : mise sur pied d’un nouveau centre de réadaptation physique au Mali
Yaganama a eu la jambe droite arrachée au moment où le véhicule qui le transportait a roulé sur une mine.

La première « obligation à impact humanitaire », créée par le CICR, sert à financer la construction de trois nouveaux centres de réadaptation physique en Afrique en vue de fournir des services vitaux aux personnes en situation de handicap. Au Mali, qui accueille l'un des centres, la construction a déjà bien avancé.

Se remettre debout après un accident de mine

« Il ne remarchera jamais », disaient les soldats. Ce sont les premiers mots que Yaganama a entendus lorsqu’il a repris connaissance.

Le véhicule qui le transportait avait roulé sur une mine. Deux de ses compagnons de route sont morts sur le coup.

Yaganama a été conduit à l’hôpital de Maiduguri, dans le nord-est du Nigéria. Sa jambe droite avait été arrachée et il avait une fracture à la jambe gauche, au niveau de la cheville.

Alors que la journée avait commencé le plus normalement du monde, ce commerçant de 48 ans se retrouvait plongé en plein cauchemar. Bien qu’on lui ait assuré le contraire, il était persuadé qu’il ne remarcherait jamais.

« D’un côté, j’étais content d’être en vie, mais je me disais aussi que ma famille s’en sortirait mieux sans moi car j’étais devenu un fardeau », se souvient Yaganama, qui est resté deux mois à l’hôpital avant qu’on le renvoie chez lui en fauteuil roulant.

C’est à l’occasion d’une visite de suivi que Yaganama rencontre un physiothérapeute du CICR. Ce dernier tente à son tour de le convaincre qu’il pourra remarcher s’il accepte d’être appareillé et d’entreprendre des séances de réadaptation physique. « J’ai accepté à contrecœur, tout en restant convaincu que je passerai le reste de ma vie dans un fauteuil roulant », raconte-t-il.

Lorsque Yaganama arrive au centre de réadaptation physique du CICR, à Kano, on le fait mettre debout pour la première fois depuis l’accident. L’idée qu’il a peut-être une chance de remarcher fait alors son chemin dans son esprit et lui redonne courage.

Au fur et à mesure qu’il progresse, il retrouve sa confiance en lui et son enthousiasme. Deux semaines plus tard, il quitte le centre, équipé d’une jambe artificielle, d’un déambulateur – qu’il rapportera très vite – et d’une paire de béquilles.

Aujourd’hui, il tient de nouveau son étal de légumes au marché local – chose qu’il n’aurait jamais crue possible.

Comme Yaganama, de nombreux civils voient leur vie basculer en une fraction de seconde, mais son histoire montre aussi qu’il est possible de se reconstruire grâce à la réadaptation physique.

Un centre conforme aux principes du développement durable

À des milliers de kilomètres de là, à Mopti, au Mali, le CICR construit un nouveau centre de réadaptation physique, qui sera la structure de référence pour la prise en charge des personnes handicapées au niveau régional.

Le centre du Mali a récemment été le théâtre de violents affrontements, tandis que la situation dans le nord du pays demeure elle aussi très instable.

La forte augmentation du nombre de blessures par armes vient s’ajouter aux nombreux cas de handicap déjà recensés dans le pays. L’objectif de ce nouveau centre est d’améliorer l’accès des personnes handicapées aux services d’orthopédie et de physiothérapie dont elles ont besoin.

The new facility is due for completion in November

Le nouveau centre de réadaptation physique du CICR devrait être achevé en novembre prochain.

Avec l’aide de ses deux ingénieurs, la responsable du projet de construction, Miriam Waweru, supervise une équipe d’environ 100 ouvriers qui travaillent quotidiennement sur le site.

« L’entreprise chargée des travaux est de Mopti, tout comme les ouvriers, et nous nous efforçons aussi, dans la mesure du possible, d’utiliser des matériaux locaux », explique Miriam.

« Nous avons rencontré quelques difficultés, ce qui est normal sur ce type de projet, mais les travaux avancent bien, poursuit-elle. La communauté et les autorités locales, avec lesquelles nous collaborons étroitement, sont fières de ce centre ; elles ont hâte de le voir terminé. »

Plus de 190 000 briques de terre stabilisée sont utilisées pour les murs ainsi que pour les plafonds de certains bâtiments.

Ces briques sont reconnues pour leurs propriétés thermiques. Elles sont idéales pour les pays chauds tels que le Mali, où les températures peuvent dépasser les 40 °C.

Leur mode de fabrication présente également l’avantage d’être beaucoup plus respectueux de l’environnement que celui des briques traditionnelles, qui sont cuites au four.

« C’est une technique très simple mais remarquablement efficace, explique Miriam. Les briques sont faites de terre comprimée. Du fait qu’elles n’ont pas été cuites, elles absorbent la chaleur quand il fait chaud, ce qui permet de conserver une certaine fraîcheur à l’intérieur, et elles la libèrent quand il fait froid. Elles servent essentiellement à réguler la température. »

« Il est donc inutile d’équiper le centre en climatiseurs, ce qui réduira les frais de fonctionnement. En outre, les briques sont plus solides que les blocs de ciment et résistent à l’eau. »

Une fois terminé, le centre comptera neuf bâtiments, qui abriteront entre autres 24 places d’hébergement, des ateliers de fabrication de prothèses et d’orthèses, un service de physiothérapie, une zone de soins et un espace de 600 mètres carrés réservé à la rééducation.

Outre le centre de réadaptation physique en cours de construction au Mali, deux autres centres doivent être construits en Afrique : l’un à Maiduguri, au Nigéria, l’autre à Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Chaque centre est financé grâce à une initiative innovante de collecte de fonds : l’obligation à impact humanitaire. Ce nouveau mécanisme a pour objectif d’assurer le financement à long terme de projets humanitaires en faisant appel à des « investisseurs sociaux » du secteur privé.

Les fonds déjà levés couvriront les coûts de construction du centre de Mopti, qui doit être achevé en novembre, les coûts de formation du personnel et les frais de fonctionnement du centre pour les deux prochaines années.