Bénin : soutien à des coopératives maraîchères pour faire face aux aléas climatiques et à l’insécurité
Derrière une maison de village, une femme inspecte les cultures dans sa pépinière, satisfaite d’observer ses boutures prendre vie. « Même si tu es vieille, tu es à la maison, tu manges, » se réjouit-elle, en montrant son carré de terre déjà bien garni.
Kotedji Rekia est vice-présidente d’une coopérative de maraîchage depuis 18 ans, à Guéné dans le nord du Bénin, à 40 kilomètres de la frontière avec le Niger. Composée de 30 femmes et trois hommes, la coopérative Souru Badu, qui veut dire « la patience paye » dans le dialecte dendi, a vu le jour en 2005. C’est grâce à ce jardin maraîcher qui se trouve à quelques kilomètres de chez elle, que Kotedji Rekia a pu repiquer certains semis dans son jardin privé. Sur la parcelle de la coopérative Souru Badu, on trouve des fruits et des légumes tels que des tomates, du gombo, des choux, des carottes ou des oignons.
un gombo sur la parcelle de la coopérative de “Souru Badu”
Pendant longtemps, Kotedji Rekia et les autres membres de la coopérative vendaient allègrement leurs produits sur les marchés animés de part et d’autre de la frontière nigérienne. Mais, depuis sa fermeture à cause de l’insécurité grandissante, les clients en provenance du Niger ne viennent plus chez eux. Les marchés au Niger n’étant plus atteignables en taxi, il faut maintenant traverser un fleuve, ce qui rend leur accès très limité. « Aujourd’hui pour aller à Gaya, c’est difficile. On doit traverser l’eau. C’est risqué », se lamente Kotedji Rekia. Pour la même raison, les prix ont grimpé considérablement. Alors que les semences au marché de Gaya coutaient 10 000 CFA (17 dollars US), elles coutent aujourd’hui 16 000 CFA (27 dollars US).
Noelie Iboulou est une des plus jeunes recrues de la coopérative Souru Badu. Grâce à sa connaissance du métier et à ses études à l’école technique agricole, elle est devenue secrétaire-générale au sein de la coopérative. C’est aussi la nièce de Kotedji Rekia.
Noelie Iboulou avec sa tante, Kotedji Rekia, font toutes les deux parties de la coopérative « Souru Badu ». Kotedji Rekia avant demandé à Noelie de rejoindre la coopérative pour y insuffler un peu de jeunesse.
« La crise sécuritaire a vraiment impacté la coopérative. Avant, les femmes quittaient Gaya au Niger pour venir acheter nos produits. Maintenant, à cause des crises, elles ne peuvent pas venir. De notre côté, nous ne vendons pas nos produits dans Guéné Centre. Nous allons souvent dans les petits villages pour vendre peut-être les gombos, les carottes et autres légumes. Maintenant, à cause de ces crises, on ne peut pas aller là-bas parce qu'il y a trop d'insécurité sur la voie », a dit Noélie.
Composée de 30 femmes et 3 hommes, la coopérative « Souru Badu » qui veut dire « la patience paye » dans le dialecte dendi, a vu le jour en 2005.
Pourtant, le travail de la coopérative est précieux pour la communauté : ses récoltes permettent de nourrir ses membres et leurs familles, et le surplus fait office de dons pour les repas d’écoliers, d’amis ou de voisins, ou bien il est vendu. La recette de la vente permet à Kotedji Rekia et ses collègues d’acheter des sacs de céréales de maïs, de sorgho ou de petit mil pour la revente. L’excédent d’argent est mis sur un compte en banque au nom de la coopérative.
Kotedji Rekia pose devant chez elle, dans le village de Guéné.
Par exemple, en 2025, Kotedji Rekia est tombée malade. Grace aux économies faites par la coopérative, elle a pu accéder aux soins médicaux nécessaires pour son rétablissement. La coopérative Souru Badu est plus qu’un gagne-pain, c’est un filet de protection social, dont le bon fonctionnement est devenu d’autant plus essentiel depuis que l’insécurité a atteint la frontière béninoise.
Cette protection sociale a pour vocation de bénéficier à tous. Sur les 33 membres, cinq femmes sont des personnes déplacées venues de part et d’autre de la frontière avec le Niger ou le Burkina Faso. « On a essayé de les intégrer dans la coopérative pour qu'on ait une cohésion sociale et pour qu'elles ne se sentent pas écartées ou marginalisées », explique Noélie. « Ce sont des femmes qui travaillaient déjà, qui faisaient le maraîchage dans leur ville d'origine. C'est important de les intégrer dans la coopérative. Ça va leur permettre de gagner de quoi manger et de travailler pour avoir de l'argent et d’éviter que les enfants aillent faire des activités ou bien faire des choses qui ne sont pas bonnes ».
Noelie dans un champ de la parcelle de sa coopérative, « Souru Badu »
Non loin de Guené, dans le village de Dèguè-Dèguè, les champs de maïs d’Oumarou Sido sont déjà presque à maturité. Bientôt, lui et sa famille pourront procéder à la récolte et assurer leur alimentation. Arrivés il y a 3 ans, Oumarou Sido, sa femme et leurs sept enfants, ont pu compter sur l’hospitalité des résidents de Dèguè-Dèguè pour trouver une maison ainsi qu’une parcelle de terre pour des cultures de maïs, d’haricots et de petit mil. Avant que la sécurité ne se dégrade aux alentours du parc national W-Bénin, Oumarou Sido avaient des terres fertiles où il pratiquait l’agriculture et l’élevage. Mais ici, il n’y a pas la place pour tout faire.
Oumarou Sido, agriculteur, pose dans son champ de maïs.
L’insécurité de part et d’autre de la frontière Benin-Niger réduit l’accès aux terres fertiles pour les communautés. Les jardins maraîchers comme celui de la coopérative Souru Badu permettent aux populations affectées de cultiver des semences proches de leur village, leur évitant de parcourir de longues distances et de traverser des zones peu sécurisées. De même, Oumarou Sido a son champ qui borde sa maison. Les superficies exploitées restent cependant réduites et donc l’utilisation des semences améliorées qui garantissent un plus grand rendement est d’autant plus nécessaire.
Le champ de maïs de Oumarou Sido borde sa maison
Grace à l’appui du Comité international de la Croix Rouge (CICR), depuis début 2026, 2000 familles ont pu bénéficier de semences améliorées à cycles plus courts, avec un rendement supérieur, et une résistance aux aléas climatiques plus élevée, afin de répondre à leurs besoins. Dans le cas d’Oumarou Sido, la variété de maïs qui lui a été distribuée est reconnue pour ses qualités nutritionnelles supérieures, pratiquement équivalentes aux protéines d’un œuf. En termes de consommation, il sera donc d'un intérêt plus grand pour les producteurs qui le cultivent pour l'alimentation.
les agriculteurs du village de de Dèguè-Dèguè accompagnés de Abdoul-Tawab Moutarou, chargé de programmes de la sécurité économique du CICR au Bénin, se rendent sur les plantations de maïs pour évaluer leur maturité.
« Les semences améliorées sont aussi résistantes aux réalités climatiques de la région. Dans le nord du Bénin, il n'y a qu'une seule saison des pluies. Il est donc essentiel que ce maïs puisse prospérer pendant cette saison des pluies. Par conséquent, ce sont des semences à cycle court. Ainsi, à condition que le semis soit effectué selon le calendrier recommandé, la récolte peut prospérer pendant la seule période des pluies dont nous disposons », explique Abdoul-Tawab Moutarou, chargé de programmes de la sécurité économique du CICR au Bénin.
En 2027, le CICR appuiera cinq groupements de maraîchers en plus, qui représentent 125 familles Ils recevront des semences de tomates, oignons, courges, choux, carottes et gombo ainsi qu’une pompe solaire chacune pour entretenir leurs parcelles. En outre, une centaine de familles ayant un accès limité aux terres arables recevront des kits maraîchers composées de semences, d’outils agricoles et de fertilisants, ainsi qu’un fonds de roulement pour la mise en place des jardins familiaux. Cela leur permettra de renforcer durablement leurs capacités productives, de diversifier leur alimentation et d’améliorer leurs revenus.