Burundi : le CICR et la Croix-Rouge burundaise aux côtés des réfugiés congolais
L’intensification de combats dans l’Est de la République démocratique du Congo a entraîné de nombreux déplacements de populations. Lors de la fuite vers le Burundi, de nombreuses personnes ont été séparées de leurs proches.
Espérance Sakina Hatari fait partie de ces réfugiés. Installée au camp de Busuma, à l’Est du Burundi, elle était autrefois enseignante. Elle guidait et format de jeunes esprits. Aujourd’hui, elle fait désormais partie des milliers de personnes ayant fui la violence dans l'est de la RD Congo, tentant de reconstruire sa vie avec courage et dignité.
Les mains noircies par la fabrication et la vente de charbon pour subvenir aux besoins de ses trois enfants, Espérance raconte son histoire : « La situation n’est pas facile car nous sommes partis sans rien. A part nos enfants, nous avons tout abandonné derrière nous. Certains d’entre nous n’ont ni nourriture, ni abri, ni habits, ni couvertures. Nous dormons à même le sol, dans des abris de fortune et nos enfants meurent de froid et de faim. Beaucoup de familles ont été dispersées. La faim, le froid et la fatigue rendent la vie insupportable pour nous les réfugiés ».
Espérance souligne aussi un manque de médicaments et déplore plusieurs cas de décès liés aux mauvaises conditions de vie. Malgré tout, son espoir demeure intact : pouvoir rentrer chez elle et élever ses enfants avec son mari.
De nombreuses personnes fuyant le conflit ont perdu la trace de leurs proches en chemin. C’est le cas de Furahisha Matumaini, mère de trois enfants, qui livre un récit déchirant : « Une attaque à la bombe a décimé ma famille. Mon mari et mes deux enfants sont morts et j’ai vu leurs cadavres. Mais je n’ai pas vu celui de ma fille Kabinti Meri, âgée de trois ans. Je ne sais pas si elle est morte ou si elle est encore en vie. Je suis bouleversée par cette douloureuse séparation. Je ne suis pas tranquille sans les nouvelles de mon enfant ».
Comme Furahisha Matumaini et Espérance Sakina Hatari, de nombreuses familles sont arrivées démunies, ayant tout laissé derrière elles. De plus, beaucoup de réfugiés ne savent toujours pas ce qu’il est advenu de leurs proches restés en RD Congo.
Réponse du CICR et de la Croix-Rouge du Burundi
Les équipes du CICR et de la Croix-Rouge du Burundi en charge du programme de protection de liens familiaux ont mis en place, dès l’arrivée des réfugiés congolais, un dispositif de réponse et d’accompagnement dans les sites transitoires ou dans les camps. Celui-ci permet d’enregistrer les enfants non accompagnés et d’offrir des appels téléphoniques gratuits aux personnes séparées de leurs proches.
Elles mettent également à disposition des moyens de connectivité et rechargement des téléphones. Les équipes aident ainsi les familles dispersées par suite du conflit armé, à rétablir le contact. Elles enregistrent les demandes de recherche et collaborent avec leurs collègues en RD Congo pour faciliter les échanges entre les réfugiés et leurs proches restés au pays.
Noémie Niyongere, responsable du programme de protection des liens familiaux au CICR, souligne la présence de nombreux enfants non accompagnés dans les camps : « Nous avons essayé de les identifier et de les enregistrer. Pour le moment nous faisons le suivi avec nos collègues de la RD Congo afin de localiser les familles de ces enfants ».
Elle décrit également des conditions de vie très éprouvantes : « Les conditions de vie dans les camps sont difficiles. Plusieurs réfugiés n’ont pas de toit, c’est dramatique. Les gens souffrent beaucoup par temps de pluie ou de forte chaleur. L’assistance qu’ils reçoivent est dérisoire au regard de l’ampleur de leurs besoins », explique-t-elle.
De son côté, Kedir Awol Omar, Chef de la Délégation régionale du CICR pour l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi, rappelle que malgré les efforts des acteurs humanitaires, la situation demeure critique : « Au Burundi, les conditions de vie des déplacés restent précaires malgré les efforts déployés par les organisations humanitaires. Il y a toujours un besoin en termes d’abri, de nourriture ainsi que d’accès à l’eau potable et aux mesures d’hygiène ».
En 2025, le CICR au Burundi a facilité plus de 10 300 appels téléphoniques afin d’aider les réfugiés et les demandeurs d'asile à renouer le contact avec leurs proches.
Plus de 123 700 téléphones ont également été rechargés dans les centres de transits et les camps, permettant à de nombreuses personnes de rester en contact. Sur la même période, plus de 27 260 personnes ont bénéficié d’un accès Wifi pour renouer le contact avec leurs familles.
Par ailleurs, plus de 1 300 Messages Croix-Rouge contenant de brèves nouvelles familiales ont été échangés entre des membres de familles séparées, au Burundi et à l’étranger, tandis que 730 nouveaux cas d’enfants non accompagnés ont été enregistrés.