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Cameroun : à Makary, des femmes cultivent l'espoir

Photo des femmes dynamiques de Makary en pleine récolte. Franck Djigui/CICR
Franck Djigui/CICR

Malgré les déplacements forcés, la perte de moyens de subsistance et les multiples vulnérabilités engendrées par le conflit armé, à Makary, les femmes continuent de faire preuve d’une résilience remarquable. Pour la plupart cheffes de ménage, elles se mobilisent chaque jour pour subvenir aux besoins de leurs familles, soutenir leurs communautés et reconstruire l’espoir. Un engagement d’autant plus admirable que les effets des changements climatiques viennent aggraver les défis auxquels elles sont confrontées.

Dans la localité de Makary, nichée région de l’Extrême-Nord du Cameroun, des milliers de personnes déplacées tentent de reconstruire leur vie dans un contexte marqué par le conflit armé et les effets du changement climatique. Forcées de fuir leurs maisons par le conflit armé qui secoue le bassin du lac Tchad depuis plusieurs années, elles font face, en plus de l'insécurité, aux effets dévastateurs du dérèglement climatique : sécheresses à répétition, inondations et raréfaction des ressources naturelles. Une double crise qui fragilise chaque jour un peu plus les conditions de vie. Pourtant, des femmes refusent de se résigner. Piliers silencieux de leurs foyers et de leurs communautés, elles s'organisent, innovent et se mobilisent pour nourrir leurs familles et soutenir leur communauté.

Photo d'une femme qui récolte des tomates. Franck Djigui/CICR
Une femme de l'association récoltant des tomates. Franck Djigui/CICR
Une femme de l'association récoltant des tomates. Franck Djigui/CICR

Makary, entre accueil des déplacés et pression climatique

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, les conséquences du conflit armé continuent de peser lourdement sur les populations. Contraintes de fuir leurs villages sous la menace des violences, des milliers de personnes abandonnent derrière elles leurs terres, leurs moyens de subsistance et leurs repères. À Makary, ils sont des milliers à y avoir trouvé refuge. 

Parmi eux, les femmes figurent en première ligne des victimes. Souvent cheffes de ménage, elles doivent subvenir seules aux besoins de leurs enfants dans un environnement déjà fragilisé. À cette vulnérabilité structurelle s'ajoute la pression croissante du changement climatique. Sécheresses prolongées et inondations imprévisibles se succèdent, perturbant les cycles agricoles, réduisant les rendements et aggravant l’insécurité alimentaire. La situation nutritionnelle dans la zone est alarmante. 

« Les données que nous avons collectées montrent que la prévalence de la malnutrition dans cette zone est très élevée », alerte Hassane Kachalla, généraliste en sécurité économique au CICR à Kousseri. 

Un constat qui illustre l'ampleur des besoins et l'urgence d'une réponse adaptée.

Des femmes qui refusent la fatalité

Face à ces difficultés, certaines femmes ont choisi d’agir. Déplacées internes et membres de la communauté hôte, elles se sont regroupées au sein d’une association : les « Femmes dynamiques de Makary ». Une association née de la nécessité, mais portée par une volonté farouche de s'en sortir. 

Ensemble, elles cultivent la terre pour nourrir leurs familles et générer des revenus. Les cultures ne manquent pas de diversité : 

« Comme cultures, nous produisons du riz, de l’ail, de la tomate, des aubergines et des oignons », énumère Kamsou Abba Madam, présidente de l’association, avec un brin de fierté dans la voix.

Au fil des saisons, leur organisation s’est structurée. 

« Quand nous récoltons, nous partageons une part entre membres de l’association. Nous commercialisons l’autre part au marché de Makary, et nous conservons le reste comme semences pour la prochaine saison des semailles », précise-t-elle. 

Les retombées de cette dynamique collective se font déjà sentir bien au-delà du cercle de l'association. 

« Grâce à ce qu’elles font, les ménages de Makary ont de la nourriture sur leur table », souligne Adam Abaicho, chef de poste agricole de Makary. 

Une phrase simple, mais qui résume à elle seule l'impact concret de leur engagement sur toute une communauté.

Des femmes autour de leurs récoltes. Franck Djigui/CICR
Le partage de la récolte. Franck Djigui/CICR
Le partage de la récolte. Franck Djigui/CICR

Un appui pour renforcer les moyens de subsistance

Pour soutenir cette initiative, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en collaboration avec les services déconcentrés du ministère de l’Agriculture, a apporté un appui ciblé à ces femmes. Après une évaluation de leurs besoins, elles ont reçu des semences, du matériel agricole ainsi que des motopompes pour faciliter l’irrigation, notamment en période de faible pluviométrie. 

Cet accompagnement vise à renforcer durablement leurs moyens de subsistance, en leur permettant d’augmenter leur production et de mieux faire face aux aléas climatiques. Mais l'impact de cet appui dépasse la seule sphère économique. Il revêt également une dimension protectrice, souvent moins visible mais tout aussi essentielle. 

« En permettant à ces femmes de produire sur place à travers notre soutien, cela réduit leur exposition aux risques car elles n’ont plus besoin de parcourir de longues distances vers des lieux à risque pour subvenir à leurs besoins », explique Seydinaly Ould Alhousseini, chef de bureau du CICR à Kousseri.

Une réalité souvent méconnue : dans les zones de conflit, les déplacements quotidiens exposent les femmes à des violences, des enlèvements ou des extorsions. Produire localement, c'est aussi se protéger.

Un staff du CICR avec des femmes. Franck Djigui/CICR
Un staff du CICR avec des femmes de l'association. Franck Djigui/CICR
Un staff du CICR avec des femmes de l'association. Franck Djigui/CICR

Semer aujourd’hui pour nourrir demain

À Makary, l’engagement des « Femmes dynamiques » illustre la capacité des communautés à faire face à des crises multiples, malgré des conditions difficiles. En cultivant leurs champs, elles ne produisent pas seulement des denrées alimentaires : elles reconstruisent des moyens de subsistance, renforcent la solidarité locale et redonnent espoir à leurs familles.

Soutenues dans leurs efforts par le CICR, elles contribuent ainsi, jour après jour, à lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans leur communauté. 

Dans une région où les crises s'accumulent et où l'avenir reste incertain, ces femmes rappellent une vérité simple : reconstruire, cela commence par une graine semée en terre. Et parfois, cela suffit à changer le cours des choses.

Femme de l'association. Franck Djigui/CICR
Femme de l'association. Franck Djigui/CICR
Femme de l'association. Franck Djigui/CICR