Communiqué de presse

Somalie : des millions de personnes menacées par la faim et par des inondations massives sous l’effet d’El Niño

A woman navigates her seat in a boat in Somalia.

Mogadiscio / Nairobi (CICR) – Des millions de personnes en Somalie risquent d’être frappées par une catastrophe climatique alors que les experts prédisent un phénomène El Niño d’une ampleur sans précédent entre octobre et décembre 2026.

Dans le village de Bayahaaw, près de la ville de Jowhar au centre du pays, les agriculteurs sont confrontés à un choix cornélien : semer et risquer de perdre toutes leurs récoltes dans les inondations, ou laisser leurs champs en friche et souffrir de la faim l’an prochain.

Nuh Adan, agriculteur et dirigeant communautaire à Bayahaaw, craint des inondations dont l’impact sur l’agriculture locale se ferait sentir pendant des mois.

« Si la rivière déborde en provoquant des crues, nous en subirons les effets jusqu’à la prochaine saison des pluies, en mars », explique-t-il.

Un phénomène similaire avait semé le chaos dans tout le pays en 2023, faisant près de deux millions de sinistrés et plus de 500 000 personnes déplacées [1]. Le long des fleuves Shabelle et Juba, la rupture des digues menace de détruire les moyens de subsistance des communautés et de submerger des villages entiers. Mais les familles d’agriculteurs ne peuvent pas retarder les semis.

« Lors de précédentes inondations, nous avons vu des épis de maïs qui étaient presque prêts à être récoltés – il ne leur manquait que 15 à 25 jours de maturation – être emportés par les flots », raconte Nuh Adan. « Nous n’avons pas eu d’autre choix que de supporter cette perte. Nous ne pouvons pas abandonner nos terres. »

Selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) [2], il faut s’attendre à ce que des précipitations supérieures à la normale, suivies d’inondations, viennent aggraver la situation d’urgence alimentaire dans toute la Somalie. Les pluies imminentes risquent de détériorer encore davantage les conditions de vie déjà précaires des 3,3 millions de personnes déplacées qui ont trouvé refuge dans des camps de fortune.

Dans bon nombre de ces camps, les familles déplacées par le conflit vivent dans des abris surpeuplés faits de bâtons, de chutes de tissu et de tôle ondulée. L’accès à l’eau potable est généralement limité et les installations sanitaires insuffisantes.

« La prochaine saison des pluies nous inquiète beaucoup », confie Kamillo Muse, 59 ans, résidente du camp de déplacés de Ceeynu Nasri à Jowhar. « Après trois années de faibles précipitations, nous craignons un contrecoup brutal. »

« S’il se met à pleuvoir à torrents, même les personnes installées dans des maisons en dur seront forcées de fuir. Alors que deviendrons-nous, nous qui vivons dans des camps de déplacés ? », interroge-t-elle.

En état d’alerte, les organisations humanitaires mettent en place des mesures de prévention et s’appuient sur les leçons tirées de la catastrophe de 2023 pour tenter de limiter les dommages liés aux crues. Elles ont toutefois dû réduire considérablement leurs opérations humanitaires en raison des coupes budgétaires massives qui ont touché le secteur.

« La bonne nouvelle, c’est que nous sommes mieux préparés et disposons de meilleures données qu’en 2023 », déclare Antoine Grand, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en Somalie. « La mauvaise, c’est que les fonds alloués à l’aide et les capacités humanitaires en général ont fortement diminué. »

En partenariat avec le Croissant-Rouge de Somalie, le CICR fait face au risque d’inondations en distribuant des sacs de sable, en prépositionnant des articles essentiels tels que des bâches, des moustiquaires et des produits d’hygiène dans les zones exposées, ainsi qu’en fournissant du matériel médical et des vivres aux structures de santé qu’il soutient afin qu’elles puissent continuer de fonctionner. Par ailleurs, des volontaires du Croissant-Rouge de Somalie à Kismayo, Bardere, Jowhar et Beletweyne ont bénéficié d’une formation à la navigation pendant laquelle ils ont acquis les compétences nécessaires pour intervenir en cas d’urgence causée par les inondations.

Qu’est-ce qu’El Niño ?

El Niño est un phénomène climatique périodique qui prend sa source dans le Pacifique équatorial et peut influencer les conditions météorologiques dans une grande partie du monde, entraînant des sécheresses dans certaines régions et un accroissement des précipitations dans d’autres. En Somalie, El Niño pourrait amplifier en 2026 la saison des pluies du deyr (d’octobre à décembre) et provoquer de graves inondations, notamment le long des fleuves Shabelle et Juba.

 


Informations complémentaires :

Abdikarim Mohamed, CICR Somalie, tél. : +254 770 171 756, mabdikarim@icrc.org

Mateo Jaramillo, CICR Nairobi, tél. : +254 716 897 265, mjaramillo@icrc.org

À propos du CICR

Depuis 1863, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’efforce de soulager les souffrances et préserver la dignité humaine dans les situations de guerre et de violence armée. Avec nos partenaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous apportons une aide vitale, œuvrons pour réunir les familles séparées et recherchons les personnes disparues.

Dans le cadre du dialogue que nous menons avec les autorités et les acteurs armés de tous bords, souvent de manière confidentielle, nous plaidons pour un traitement humain des détenus et insistons sur le respect du droit international humanitaire afin de protéger les civils, y compris en ligne.