Afghanistan : amélioration des soins de santé dans les prisons

04-07-2014 Éclairage

Dans la prison surpeuplée de Sarposa, à Kandahar, répondre aux besoins des détenus en matière de soins médicaux est un défi quotidien. Pourtant, l’état de santé de la population carcérale s’est stabilisé, grâce aux services fournis dans un petit dispensaire installé dans l’enceinte de la prison.

D’apparence bleue et crème, le dispensaire, qui offre des services aux populations du quartier réservé aux adultes et d’un centre de réinsertion pour mineurs, a été en grande partie rénové par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en mars 2013. Depuis, le CICR approvisionne régulièrement le ministère provincial de la Santé publique en médicaments et en fournitures médicales destinés au dispensaire. Il verse également le salaire des employés. Ces initiatives s’inscrivent dans un programme beaucoup plus vaste lancé par le CICR pour offrir aux détenus un accès à des soins de santé de meilleure qualité en Afghanistan.

« Cela faisait des années que nous nous battions pour financer et gérer le dispensaire », explique le docteur Poukhla, un représentant du ministère à Kandahar, au cours d’un entretien qu’il a donné récemment. « Avant, les détenus déploraient la situation, mais plus aujourd’hui, car les services de santé fonctionnent enfin correctement. »

 


Réunion du personnel dans la salle de consultation. Le docteur Bakht est le 2ème en partant de la gauche et le docteur Stijn Bex, du CICR, le 2ème en partant de la droite /CC BY-NC-ND/ICRC/J. Barry

Un nouveau médecin fixe les priorités

Détenus entrant dans le dispensaire de la prison de Sarposa, à Kandahar. 

Détenus entrant dans le dispensaire de la prison de Sarposa, à Kandahar.
/ CC BY-NC-ND/ICRC/J. Barry

En octobre 2013, le docteur Bakht Mohammad Ziaee, âgé de 30 ans, a été nommé responsable du dispensaire à la place d’un détenu médecin.

Cette fonction exige du tact et de l’humanité, des qualités que possèdent largement le docteur Bakht et son équipe.

« Ce n’est pas un métier facile », concède-t-il. « Les détenus pensent que nous sommes du côté des autorités, et à l’extérieur, le gens croient que nous défendons les détenus. La vérité est que nous ne prenons parti pour personne : nous ne faisons qu’accomplir notre devoir de soignants. »

« Quand j’ai accepté cet emploi, je me suis fixé deux priorités », poursuit le docteur Bakht. « Tout d’abord, je devais organiser le fonctionnement du dispensaire, car il est impossible de prendre en charge des patients dans une structure dont le fonctionnement est défaillant. Ensuite, je devais mettre en place la collecte de données. » Le médecin a pu mener ces deux activités avec le soutien du CICR, qui a donné des orientations et des cours de formation.

Outre le docteur Bakht, quatre infirmiers, dont un qui assure un service de nuit, et un pharmacien travaillent au dispensaire, qui est ouvert de 8 heures à 14 heures. Un service d’urgence est assuré jour et nuit.

 

Une bonne hygiène contribue à un bon état de santé

Le docteur Bakht reçoit en moyenne 1 500 patients par mois au dispensaire de la prison. 

Le docteur Bakht reçoit en moyenne 1 500 patients par mois au dispensaire de la prison.
/ CC BY-NC-ND/ICRC/J. Barry

Prendre soin de la santé des détenus dans les prisons surpeuplées ne consiste pas seulement à ausculter des patients et à distribuer des médicaments. À Sarposa, des efforts importants sont aussi déployés pour sensibiliser toute la population carcérale à l’hygiène et à l’administration de vaccins aux prisonnières et à leurs enfants qui se trouvent sur place avec elles. Un dentiste, un dermatologue et un oto-rhino-laryngologiste donnent régulièrement des consultations. Une sage-femme visite les femmes détenues.

Les prisonniers ne sont pas les seuls à bénéficier des services du dispensaire : les gardiens y ont également accès.

« L’une des plus grosses difficultés a été de débarrasser les patients de l’idée que tout se soigne par les piqûres », explique le docteur Bakht, tout en faisant visiter le dispensaire – impeccable – à quatre visiteurs matinaux. « Les personnes qui viennent se faire soigner ici comprennent progressivement qu’un traitement ne doit pas nécessairement comprendre des piqûres pour être efficace. »

Il est près de 9 heures du matin. Des patients commencent à arriver, et bien que le dispensaire soit ouvert depuis une heure, ce sont les premiers de la journée. Aujourd’hui, les détenus tardent à quitter leur cellule en raison d’une distribution de pain.

Les deux premiers patients entrent dans la salle de consultation exiguë, où une infirmière les attend pour collecter des informations. « Je souffre de terribles démangeaisons », susurre un des détenus en s’asseyant. « Mais ça va beaucoup mieux qu’avant », ajoute-t-il tandis que le docteur Bakht mesure sa pression sanguine.

Les séances de promotion de l’hygiène tenues au dispensaire et encadrées par un collaborateur local du CICR, Bashir, sont pour beaucoup dans cette amélioration. Depuis qu’elles ont lieu, le nombre de détenus souffrant de la gale a considérablement diminué.

Le docteur Bakht reçoit en moyenne 1 500 patients par mois. Rhumes, diarrhée et infections des voies respiratoires peuvent être traités sur place, mais les détenus qui tombent gravement malades doivent être transférés à l’hôpital régional Mirwais à Kandahar.

Parvenir aux mêmes résultats dans d’autres lieux de détention

Le CICR mène des activités similaires dans plusieurs lieux de détention en Afghanistan. En coopération avec les autorités pénitentiaires et le ministère de la Santé, le personnel médical du CICR effectue régulièrement des visites dans des prisons à travers le pays pour surveiller l’état de santé des détenus et vérifier la disponibilité des services. Des ingénieurs du CICR contribuent à améliorer les infrastructures des prisons par la rénovation des cuisines, le renforcement des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau, et, comme à Sarposa, d’importants travaux de rénovation des structures sanitaires. Des activités de promotion de l’hygiène sont conduites dans les prisons régionales et provinciales, et le personnel médical reçoit un soutien financier. À la prison de Herat – la deuxième du pays par la taille –, la remise en état du dispensaire est presque achevée. Des services de santé pareils à ceux qui sont offerts à Sarposa pourront bientôt être assurés.

« Ces efforts donnent plus de visibilité au CICR », indique Richard Saddier, responsable du programme sur les soins de santé en détention à Kandahar. « Il en résulte que les discussions et les interactions que nous avons avec les détenus et les autorités pénitentiaires sont bien plus riches. »