Fonds spécial du CICR en faveur des handicapés : un Éthiopien victime des mines terrestres veut devenir médecin

28-11-2008 Éclairage

L’Éthiopien Tesfahun Hailu a perdu une jambe et une partie d’un bras il y a six ans à la suite d’un accident provoqué par une mine terrestre. Grâce à une jambe artificielle fournie par le Fonds spécial du CICR en faveur des handicapés, Tesfahun a pu retourner à l’école. Il a maintenant 19 ans et il est déterminé à devenir médecin.

     

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    Tesfahun Hailu avec sa jambe artificielle.      
         

  Quel âge avais-tu quand tu as perdu ta jambe?  

J’ai perdu ma jambe lorsque j’avais treize ans, il y a six ans. Je jouais avec une mine terrestre que mes amis et moi avions tr ouvée. J’étais intrigué. J’ai entendu un cliquetis et j’ai voulu voir ce qu’il y avait à l’intérieur. La mine a explosé quand j’ai essayé de l’ouvrir. 

Je m’en souviens très bien. Curieusement, je n’ai pas eu mal, probablement parce que les nerfs de ma jambe étaient brûlés. J’étais surtout choqué car tout cela est arrivé très vite et je ne m’y attendais pas. 

J’habite dans un petit village et j’ai dû attendre longtemps avant d’être soigné. Il a d’abord fallu aller déclarer l’accident à la police. Lorsque je suis arrivé à l’hôpital, à 25 minutes du village, on m’a dit que je ne pouvais pas être soigné là et j’ai dû me rendre dans un autre hôpital. 

Ma mère est morte quand j’avais 5 ans, alors j’ai toujours travaillé ; j’ai fait des petits boulots, comme cireur de chaussures. Après l’accident, je me suis demandé comment j’allais pouvoir continuer à travailler.

  Est-ce que c’est difficile de marcher avec une jambe artificielle?  

J’avais tellement envie de marcher. Quand le centre d’appareillage m’a donné ma première jambe artificielle, j’ai commencé à courir et elle s’est cassée ! Mais ce n’était pas difficile d’apprendre à marcher avec une jambe artificielle. J’y suis arrivé tout de suite, même si la première était lourde et pas très confortable. Par la suite, j’ai entendu parler du Fonds spécial en faveur des handicapés et du Centre de réadaptation physique qui en fabrique de plus légères, qui permettent de marcher plus facilement.

Il a fallu me faire une nouvelle jambe tous les six mois. J’en ai eu sept jusqu’à présent, parce que j’ai grandi très vite. Maintenant, je mesure 1,9 m et je pense que je devrai aller moins souvent au Centre, parce que j’ai terminé ma croissance.

  Le Centre s’est-il bien occupé de toi?  

Tous les employés du Centre se sont occupés de moi, c’est comme si c’était ma famille maintenant. Ils ne font pas qu’ajuster des membres artificiels, ils veillent sur moi. Ils me donnent les conseils dont j’ai besoin et m’encouragent beaucoup, tout particulièrement pour mes études. Ils ont vraiment changé ma vie.

     
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    Addis Ababa, Ethiopie. Centre de réadaptation physique.      
         

  Quels conseils peux-tu donner à ceux qui sont dans la même situation?  

D’abord, les gens doivent prendre conscience du danger que représentent les mines. Les parents et les enfants doivent savoir ce qui peut se passer s’ils tiennent une mine ou jouent avec. S’ils sont blessés comme moi, ils doivent accepter le fait d’être handicapé et ne pas se laisser a battre..

Beaucoup de handicapés restent chez eux et se sentent inutiles parce que la société ne leur laisse pas leur chance. Mais si on leur donne une chance, ils peuvent avoir une vie active et épanouie. Ils doivent s’entraîner à utiliser leur membre artificiel afin d’être indépendants.

On peut presque tout faire avec un handicap, mais cela demande beaucoup d’efforts. Pour ma part, je prévois d’aller à l’université pour devenir médecin. Dans le village où j’habite, il n’y a qu’un médecin pour 6 000 habitants. Nous avons besoin de plus de médecins.