Liban : les armes à sous-munitions hanteront longtemps encore les civils

30-07-2010 Éclairage

Le Liban est l’un des 107 États à avoir signé la Convention sur les armes à sous-munitions qui est entrée en vigueur le 1er août. Quatre ans après la cessation des hostilités, qui ont duré cinq ans au Liban entre Israël et le Hezbollah, les armes à sous-munitions non explosées continuent de tuer et de mutiler des civils. Israël a utilisé ces armes qui contenaient jusqu’à quatre millions de sous-munitions dont des centaines de milliers n’ont pas explosé à l’impact. Ces dispositifs ont contaminé une surface de 43 mètres carrés aoutour des villages du Sud-Liban.

 
    ©LMAC      
   
    Sud-Liban. Un membre du Centre libanais de lutte antimines (LMAC) passe au crible un champ contaminé par des armes à sous-munitions.      
       
    ©CICR      
   
    Hilta, Liban. Ali Chibli assis chez lui, sous une photo de son fils tué par l’explosion d’une arme à sous-munitions et une photo de son second fils qui a survécu à cette explosion.      
       
    ©CICR      
   
    Hilta, Liban. Proche de la maison, la paisible pinède où jouaient les enfants s’est avérée être un terrain de massacres pour les fils d’Ali.        

Le berger Ali Hussein Chibli et sa famille ont été parmi les premières victimes des armes à sous-munitions au Liban. Ali a perdu une jambe, un de ses fils a été tué et l’autre souffre de lésions abdominales, tous deux à cause de ces bombes à sous-munitions larguées sur leur village de Hilta, proche de la frontière avec Israël.

« Les armes à sous-munitions ont radicalement changé nos vies, elles les ont détruites », dit Ali. Les enfants d’Ali avaient tout juste 12 et 13 ans lorsqu’une de ces armes a explosé en octobre 2006, quelques mois après la fin du conflit. Les enfants jouaient sous les pinèdes près de la maison et ils ont marché sur une sous-munition. « Leur terrain de jeu était en fait un terrain de massacres, or cette zone aurait dû être dépolluée. »

La malédiction des bombes à sous-munitions frappa de nouveau la famille Chibli un an et demi plus tard. Alors qu’Ali gardait ses moutons près du village, il perdit une jambe dans une explosion. Depuis, Ali a dû vendre son bétail et un morceau de son terrain pour pouvoir nourrir sa famille et payer les frais des opérations chirurgicales et les frais de réadaptation pour lui-même et pour son fils. Sa femme cuit et vend aujourd’hui du pain afin de gagner un peu d’argent pour la famille et Ali accepte tous les petits boulots qui se présentent.

La perte d’un de leurs fils a été pour la famille Chibli le drame le plus tragique de ces armes à sous-munitions. « J’aurais préféré perdre une jambe et mes biens et que mon fils reste en vie », précise Ali. « Et le plus terrible est que Dieu seul sait combien ces armes feront encore de victimes. »

Les armes à sous-munitions ont tué 46 personnes et blessé 340 autres au Liban depuis août 2006, selon les calculs officiels du Centre libanais de lutte antimines (LMAC) de l’armée libanaise. Les activités de déminage ont commencé immédiatement après la fin des combats, le 14 août 2006, avec la participation d’agences des Nations Unies et d’ONG internationales en plus du LMAC. Selon les estimations du général Mohammed Fehmi, responsable du LMAC, 43 kilomètres carrés auraient été contaminés par les armes à sous-munitions.

« Les armes à sous-munitions sont vraiment les plus difficiles à repérer et à dépolluer », explique Fehmi. « Le travail est plus facile avec les mines terrestres et autres munitions, si vous disposez de cartes. « La raison pour laquelle les armes à sous-munitions sont si dangereuses est que quatre sur dix d’entre elles n’explosent pas à l’impact. Et plus elles sont vieilles et plus leur taux de ratage est élevé. »

À ce jour, presque 200 000 armes à sous-munitions non explosées ont été détruites. Personne ne sait combien sont encore enfouies et risquent à tout moment d’exploser si un enfant ou un agriculteur marche par inadvertance dessus. Fehmi ne se fait pas d’illusions sur son travail. Il n’est pas réaliste d’espérer que le Liban soit totalement dépollué. C'est impossible. »

Le chef du LMAC estime que les activités de déminage se poursuivront encore quelques années. En plus des armes à sous-munitions, il y a les mines terrestres posées par Israël au Sud-Liban et celles posées par les diverses milices locales dans les différentes parties du pays durant les décennies de combats qui ont durement frappé son pays.