Pakistan : tournés vers l'avenir, les habitants de Momin Gari sauvent ce qu’ils peuvent

16-09-2010 Éclairage

Alors que les inondations sévissent toujours dans le sud du pays et que l’eau a commencé à se retirer dans le nord-ouest du Pakistan, l’ampleur des dégâts en termes de pertes de vies humaines et de moyens de subsistance se précise chaque jour davantage. La déléguée du CICR Jessica Barry s’est rendue dans un village de la région de Nowshera. Elle raconte comment les habitants font face.

     
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Hayat pose devant les ruines d’une maison en terre battue détruite par les flots.      
       

       
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Imane, une petite fille de neuf ans (à gauche) qui avait fui les inondations avec sa famille pour se réfugier à Akbar Pura, est revenue à Momin Gari quatre jours plus tard.      
       

       
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Tahira, 35 ans, prétend qu'il faut sauver les livres à tout prix.      
         

       
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    Yasmine Bibi et sa famille dorment dans un abri attenant à la maison d'un proche parent. Il y a quatre lits pour 22 personnes.      
       

   

Lorsque les flots déchaînés ont envahi Momin Gari, fin juillet, presque tous les habitants se sont enfuis vers Akbar Pura, une localité située plus en hauteur, à une heure de marche. Quatre jours plus tard, lorsque les eaux ont commencé à refluer et que les familles sont retournées chez elles, certains secteurs de leur village avaient été dévastés.

Il y a quelques jours, je me suis rendue avec des collègues à Momin Gari, un village situé en retrait de la route principale menant à Nowshera. Nous étions venus trouver l’équipe d’une unité mobile de santé du Croissant-Rouge du Pakistan qui y dispensait des soins ce jour-là.

Tandis que les auxiliaires médicaux mettent en place les équipements et le matériel, le docteur Farmanullah commence ses consultations. En quatre heures, il a examiné des dizaines d'hommes, de femmes et d’enfants.

« La plupart de ces personnes souffrent d’infections des voies respiratoires supérieures et inférieures, explique-t-il, mais également de démangeaisons cutanées et d'irritation des yeux. Certains des enfants sont atteints de diarrhée. »

Hayat Mir a 18 ans. Il est venu consulter pour un problème aux yeux. Il reste impassible lorsque le docteur Famanullah dirige un faisceau lumineux dans ses deux yeux tour à tour, avant de lui prescrire des gouttes et des comprimés antiallergiques.

La consultation terminée, Hayat nous emmène dans le campement que sa famille a installé à proximité d'un grand cimetière en bordure du village.

  Les gens ont ouvert leurs maisons pour héberger les réfugiés  

Les signes des destructions causées par les inondations sont visibles un peu partout. Les maisons construites en briques sont toujours debout, mais beaucoup de leurs murs sont fissurés et les villageois disent que les fondations sont devenues instables. À la place où se dressaient les maisons en terre battue de Momin Gari, par contre, il n'y a aujourd'hui plus que des monticules de terre et de paille, et des perches de toit enchevêtrées.

Hayat me présente à sa mère, Yasmine Bibi, une femme robuste de 45 ans, vêtue d'un shalwar kamise jaune imprimé. Elle se tient debout devant la tente que Hayat a dressée sur l'emplacement de leur maison en ruine, et nous raconte son histoire avec une grande spontanéité.

« Lorsque les flots ont déferlé sur le village, les hommes ont sauvé les femmes et les enfants, avant de se mettre eux-mêmes en sécurité, commente Yasmine. L’eau m’arrivait à la ceinture.

La famille tout entière, enfants, cousins, oncles et tentes y compris, a fui vers Akbar Pura avec les autres habitants du village. Là-bas, les gens ont ouvert les portes de leurs maisons, et même de leurs boutiques, pour héberger les réfugiés. « Les gens nous ont accueillis très cordialement », se souvient Yasmine.

Au bout de quatre jours, alors que les flots commençaient à se retirer, la famille est retournée à Momin Gari.

« À notre retour, nous n’avons pu que constater que notre maison s’était écroulée. »

Tandis que sa mère achève son récit, Hayat Mir embrasse du regard les décombres qui émergent de la boue. « Regardez, dit-il, voici notre avenir. »

Dans son malheur, la famille de Hayat a eu de la chance. Ils ont des proches qui vivent non loin de là et qui les accueillent dans un abri attenant à leur maison. Sa mère, ses huit frères et sœurs et lui-même peuvent y dormir , car il fait trop chaud pour rester sous la tente. Il y a quatre lits pour 22 personnes.

Les habitants de Momin Gari sont, pour la plupart, de petits agriculteurs maraîchers. Ils cultivent des okras, des tomates et d’autres légumes, ainsi que du maïs et de la canne à sucre.

  Envers et contre tout, les enfants de Momin Gari s’amusent et rigolent  

Alors que nous nous en retournons vers la route principale, nous tombons sur Imane, une petite fille de neuf ans accompagnée de camarades d'école. À son tour, elle nous raconte ce qu'elle a vécu lorsque l'eau a commencé à monter subitement. « Nous nous sommes enfuis à pied au milieu des inondations, explique-t-elle d’une voix fluette. Nous sommes tous allés à Akbar Pura. Nous avons marché plusieurs heures ; j’avais très peur. »

« Mais maintenant, je suis de retour à la maison et je vais de nouveau à l’école. Tous les enfants parlent de ce qu’il leur est arrivé. »

Dans un autre campement où trois familles ont trouvé refuge, des articles ménagers et de la literie ont été mis ça et là à sécher sous l'implacable soleil de midi.

Deux chèvres et un jeune buffle sont attachés à des arbres.

     

Plus loin, en face d’une tente blanche, se dressent deux lits de sangles sur lesquels sont étalés des livres d’école, des blocs-notes et des journaux, leurs pages crépitant dans la chaleur intense. De petits cartables se balancent des perches qui soutiennent les tentes. « Ce sont les affaires de nos enfants », indique Tahira, 35 ans, en attrapant un cahier d’exercices dont elle tourne les pages tachées par l’eau.

Ses neuf enfants vont presque tous à l’école à Momin Gari.

« Lo rsque nous sommes revenus d’Akbar Pura où nous nous étions réfugiés, les cartables des enfants étaient enfouis sous la boue, précise Tahira. Ils ont récupéré les livres, en ont lavé les pages, et là, ils essaient de les faire sécher. »

Quand on lui demande pourquoi les livres sont une priorité, alors qu’ils ont à peu près tout perdu et qu’ils manquent de nourriture, d’eau potable et de vêtements, Tahira répond sans hésiter : « Notre avenir c’est nos enfants. Nous sommes trop pauvres pour leur racheter d’autres livres. C’est pourquoi nous devons faire avec ce qu’il nous reste. »

En quittant Momin Gari, j’étais émerveillée par la capacité à faire face à l'adversité de ces gens dont le pays, le Pakistan, a connu tant de tragédie, décennie après décennie : partition, combats armés, tremblements de terre, guerres civiles, et maintenant, ces inondations d’une ampleur sans précédent. En effet, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les enfants du village s’amusent et rigolent, tandis que les femmes balaient et nettoient, mettant toute leur énergie à remettre de l’ordre dans leur vie. Quant aux hommes, ils assurent qu’ils replanteront dès que possible des légumes dans leurs champs gorgés d’eau, et qu’ils auront à nouveau de quoi manger et gagner un peu d’argent. Mais, avertissent-ils, cela prendra bien du temps.