Pakistan : rétablir le contact grâce aux téléphones satellitaires

26-08-2010 Éclairage

Les inondations restent une menace pour la vie de milliers de personnes au Pakistan. À ce jour, le CICR et le Croissant-Rouge du Pakistan ont fourni une aide d'urgence – vivres, eau potable et soins médicaux, notamment – à plus de 200 000 personnes. Les membres des familles dispersées comptent parmi les victimes toujours plus nombreuses de la catastrophe. Jessica Barry fait le point sur la situation.

     
    ©Pakistan Red Crescent Society      
   
Dera Ismail Khan : Muhammad Hazrat, chargé de liaison du CICR, s'entretient avec des victimes des inondations pour recueillir des informations sur les personnes disparues.      
       


       
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Un sinistré utilise un téléphone satellitaire du CICR pour parler avec son frère au Punjab.        
       


       
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Dera Ismail Khan : le CICR collecte des données sur les personnes portées disparues auprès de villageois déplacés.        
           

Lorsque les eaux se sont engouffrées dans les maisons et les villages du nord-ouest du Pakistan, elles ont tout emporté sur leur passage, même les téléphones portables des habitants, empêchant les familles de joindre leurs proches vivant dans d'autres régions sinistrées ou de les prévenir qu'elles-mêmes avaient survécu. Les familles qui ont eu la chance d'avoir pu sauver leurs téléphones ne pouvaient pas les recharger dans les villages qui s'étaient retrouvés privés d'électricité. D'autres personnes qui avaient perdu tout leur argent ne pouvaient pas téléphoner depuis les centres d'appels payants encore opérationnels.

Trois semaines plus tard, la situation dans le nord-ouest s'est quelque peu améliorée et les pluies ont faibli, mais les services de rétablissement des liens familiaux (RLF) du CICR restent très sollicités dans les zones reculées.

Aider les membres des familles dispersées à rester en contact grâce aux téléphones satellitaires et aux salamats (courts messages pour informer que la personne est en vie) fait partie intégrante des activités de RLF que le CICR met en œuvre dans les zones de conflit à travers le monde. Mais ces moyens de communication peuvent être tout aussi précieux pour les familles en quête de nouvelles de leurs proches suite à des catastrophes telles que les inondations dévastatrices qui ont frappé le Pakistan.

« Notre priorité est de rétablir les contacts aussi vite que possible », explique Miriam Zampatti, responsable du programme de RLF du CICR à Islamabad.

L'équipe de RLF à Peshawar a beau être réduite (elle ne compte que trois chargés de liaison du CICR et dix volontaires du Croissant-Rouge du Pakistan), elle a obtenu des résultats remarquables. À eux tous, ses membres se sont rendus dans des dizaines de villages dans les districts de Dera Ismail Khan, du Kohistan, de Swat et de Shangla (province du Khyber Pakhtunkhwa) depuis le 4 août, jour où l'équipe a pu pour la première fois atteindre les régions touchées. Les collaborateurs, qui travaillent en binômes, ont à ce jour permis à plus de 230 personnes d’appeler leurs proches vivant dans d'autres parties du Pakistan ou à l'étranger.

  De l'utilité des téléphones satellitaires  

Lorsque les familles apprennent que le CICR propose à ceux qui n'ont pas d'autres moyens de joindre leurs proches de passer gratuitement des appels téléphoniques, elles viennent en nombre.

« À certains endroits, les gens marchent jusqu'à trois heures pour atteindre le lieu où nous avons installé les téléphones », déclare Akhtar Jehan, chargée de liaison du CICR dans le domaine de la protection, qui a aidé de nombreuses femmes à contacter leurs proches.

« J'ai perdu tout mon argent dans les inondations. Puis quelqu'un m'a dit que le CICR proposait des appels gratuits », raconte un habitant de Mingora qui a bénéficié des services de RLF. « J'y suis allé car je voulais demander à ma famille de m'envoyer de l'argent. Pour l’instant, quelqu'un m'héberge chez lui. »

Établir un contact avec les proches des victimes n'est pas toujours facile, même avec un téléphone satellitaire. « La frustration d’une personne qui a vu sa liste de contacts emportée avec tous ses biens peut être immense si elle ne connaît pas par cœur le numéro qu’elle cherche à joindre », précise Akhtar. « Si elle se souvient du numéro d'un ami qui pourrait nous renseigner, nous commençons par l’appeler pour tenter d'obtenir cette information. Nous n'abandonnons pas tant que nous n'avons pas épuisé toutes les possibilités. »

Les dégâts constatés par les équipes de RLF dans les villages sont considérables, tout comme les difficultés logistiques pour simplement se rendre d'un point à un autre. Les volontaires du Croissant-Rouge du Pakistan et les collaborateurs du CICR marchent parfois entre trois et huit heures par jour pour atteindre des régions isolées.

« Un volontaire qui se trouve actuellement au Kohistan nous a dit que son collègue et lui ont dû traverser une rivière en crue sur une tyrolienne improvisée », raconte Atif Shabaz, chargé de liaison du CICR. « C'était le seul moyen d'atteindre l'autre rive, même si c'était très dangereux. »

Faciliter le contact entre les membres de familles dispersées au moyen de téléphones satellitaires n'est que l'un des nombreux services de RLF. Les équipes enregistrent aussi les enfants non accompagnés et collectent des informations sur les personnes portées disparues. De plus, lorsque des corps non identifiés sont enterrés, elles veillent à ce que les vêtements, les documents d'identité et les bijoux soient mis de côté et conservés afin de faciliter leur identification ultérieure. À mesure que les eaux se retireront et que l’ampleur des dommages se précisera, le CICR sera amené à axer de plus en plus ses efforts sur la recherche des personnes disparues et l'identification des restes humains.

Dans les situations d'urgence, l'un des meilleurs moyens pour les familles dispersées de donner de leurs nouvelles est d'envoyer un salamat du CICR. Ces messages peuvent être transmis par l’intermé diaire des délégations de l'institution. Depuis le début des inondations, dix salamats ont été envoyés par des familles sinistrées à leurs proches détenus à l'étranger pour leur annoncer qu'elles sont saines et sauves. Des délégués du CICR ont remis les messages aux détenus lors de leurs visites de routine.