Rwanda : Cyprien aide Évariste à retrouver sa famille après sept ans de séparation

09-07-2007 Éclairage

Volontaire de la Croix-Rouge rwandaise depuis 1992, Cyprien Ndemeye s'occupe de rétablir les liens familiaux entre personnes séparées par les événements tragiques qui rythment la vie du Rwanda et celle de la région depuis 1994. Avec le temps, les souvenirs s'estompent et les informations obtenues sont parfois trop parcellaires pour procéder à une réunion familiale. Pourtant, un jeune homme de 16 ans suivi par Cyprien vient de retrouver sa famille.

 
© CICR / Emmanuel kaginbura 
   
Cyprien Ndemeye essaye d'obtenir auprès d'un enfant séparé de ses parents des informations qui lui permettront de rétablir le lien familial.   
               
Rétablir les liens familiaux 
   
En période de conflit, les services postaux et les télécommunications sont souvent interrompus et les contacts directs impossibles. Les personnes qui le souhaitent ont alors la possibilité de correspondre avec leurs proches par le biais des messages Croix-Rouge (MCR). Ainsi, des nouvelles de caractère strictement privé et familial peuvent être échangées en attendant le rétablissement des moyens de communication normaux. 
   
    Le CICR travaille en étroite collaboration avec la Croix-Rouge rwandaise dans le domaine du rétablissement des liens familiaux. En raison du grand professionnalisme de ses volontaires, la Société nationale assume désormais la collecte et la distribution des messages Croix-Rouge et une grande partie des demandes de recherche.
   
    De 1994 à nos jours, environ 70,000 réunions familiales ont eu lieu. Ce nombre diminue d'année en année, passant de plusieurs milliers dans les années 1990 à seulement 45 en 2006.
     
   
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© CICR / Paul Grabhorn / zr-d-00018-20 
   
Le CICR et la Croix-Rouge rwandaise ont procédé à environ 70,000 réunions familiales depuis 1994. 
           

Cyprien est devenu volontaire de la Croix-Rouge rwandaise (CRR) en juin 1992. Deux ans plus tard, il distribuait des vivres aux milliers de déplacés qui avaient trouvé refuge dans les hautes montagnes entourant la petite ville de Byumba, au sud de la capitale Kigali. 

Dès avril 1994, ironie du sort, il doit lui-même fuir pour se réfugier en Ouganda. " Je ne rêvais que d'un retour au bercail et de pouvoir me remettre au service de mes compatriotes victimes du conflit, explique-t-il. Deux semaines plus tard j'étais rentré au pays, en ayant transité par le camp de déplacés de Rutare. Au mois d'août 1994, je me trouvais enfin au siège de la Croix-Rouge rwandaise à Kigali. "

Les bâtiments sont endommagés, pillés et abandonnés. Malgré le découragement et la fatigue, Cyprien et ses collègues tentent de s'organiser. " Nous ne savions pas quoi faire et par où commencer, lâche-t-il. Mais petit à petit, nous avons pu reprendre nos activités avec le soutien de nos partenaires du mouvement Croix- Rouge. "

" Nous devions faire face à la détresse de milliers de familles que le conflit avaient séparées. Parents inquiets d'un côté, enfants désorientés et livrés à eux-mêmes de l'autre. Cette incertitude quant au sort de ceux que l'on aime ne peut jamais être calmée. "

  Un départ précipité  

Le CICR et la CRR ont déployé des efforts et des moyens considérables pour réunir des parents séparés sans nouvelles des uns et des autres, parfois dispersés aux quatre coins du monde. En 2004, Cyprien devient le relais provincial du programme de distribution des messages Croix-Rouge dans la province de Ruhengeri.

Dès ses premiers jours à ce poste, le volontaire suit le cas du jeune Évariste. " Les circonstances de la séparation, le parcours vécu avant les retrouvailles, le travail minutieux accompli pour aboutir à un dénouement heureux, je n'ai que des souvenirs émouvants quand je repense aujourd'hui à cette histoire. "  

En 1999, après cinq années passées en République démocratique du Congo où il avait trouvé refuge, Évariste, alors âgé de huit ans, rentre au Rwanda avec ses parents, Lucie et Xavier, et sa sœur Alice. Ils s'installent à Gisenyi, dans une simple tente, au bord de la rivière Sebaya. Là, ils attendant leur transfert vers le camp de transit de Nkamira dans la province de l'Ouest. 

Un matin, comme à leur habitude, Évariste et Alice se lèvent tôt pour collecter du bois de chauffe servant à la cuisson des repas. Après cette corvée, Alice rejoint la tente et laisse son jeune frère jouer au football avec ses amis.

À son arrivée, un vent de panique règne dans le petit camp et tout le monde s'agite en tout sens : les habitants ont été sommés de se préparer à leur transfert vers le camp de transit de Nkamira près de la ville de Gisenyi. Et quelques instants plus tard, c'est le départ ! Quand Évariste revient à son tour au campement, tout est désert, sans aucune trace de sa famille ou d'un quelconque ami.

Séparé de sa famille, l'enfant commence une vie errante et ne doit sa survie qu'à la mendicité. Six mois plus tard, Évariste croise dans le marché de Gisenyi un jeune maçon du nom de Justin qui se prend d'amitié pour l'enfant. Justin se refuse à l'abandonner à son sort et le ramène dans sa famille. Dans ce nouveau foyer, Évariste retrouve la chaleur humaine et l'affection perdues. Mais il ne peut s'empêch er de penser à ses parents et à sa sœur Alice et de se demander ce qu'ils deviennent. Mais que faire ?

  Une affaire mal engagée  

Six ans plus tard, en entendant le communiqué radio annonçant le démarrage des activités de recherche de la Croix-Rouge rwandaise dans la province du Nord, Justin décide de soumettre le cas de son protégé à la CRR.

Comme l'explique Cyprien, l'affaire est mal engagée : " Justin nous contacte fin 2005. Nous rendons visite à Évariste afin d'obtenir le plus d'informations possible, mais cinq ans de séparation c'est long pour un enfant, d'autant plus qu'Évariste était alors âgé de seulement trois ans ! "  

Il lui est difficile de se souvenir des lieux, des noms ou de tout autre information de nature à permettre la localisation de ses parents. Son souvenir le plus précis est celui d'une maison située non loin de plantations de cannes à sucre et de voisins européens. Malgré tous ses efforts pour se souvenir, ces informations ne permettent pas aux volontaires d'avancer dans leurs recherches. 

Le cas est soumis au CICR début 2006 et des délégués sur le terrain, début 2006, se rendent compte qu'une demande de recherche a déjà été ouverte pour Évariste. Depuis leur départ précipité du campement, les parents du jeune garçon n'ont eu de cesse de retrouver leur enfant et avaient donc fourni au CICR les informations le concernant. Réinstallés à Kigali, ils avaient vécu toutes ces années dans l'attente d'un miracle.

Le CICR organise en août 2006 une visite de Lucie dans la famille d'accueil de son fils. Ce jour-là, une mère reconnaissante et soulagée retrouve son enfant, devenu un jeune homme de 16 ans. Elle y trouve aussi une nouvelle famille sans laquelle Évariste aurait continué à errer dans l es rues de Gisenyi. 

" Quelques minutes ont suffi à séparer Évariste de sa famille, mais ce sont également quelques minutes d'un message radiophonique qui ont ouvert la voie aux retrouvailles avec sa famille. Et c'est un honneur pour mes collègues et moi-même d'avoir joué un rôle dans ces retrouvailles " conclut Cyprien.