Sommet de l'OSCE au Kazakhstan : le CICR fait part de ses préoccupations humanitaires

02-12-2010 Interview

Le CICR a été invité à un sommet organisé par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Astana (Kazakhstan) les 1er et 2 décembre 2010. Pascale Meige Wagner, chef des opérations du CICR pour l'Europe orientale et l'Asie centrale, fait le point sur les défis humanitaires dans la région.

     

     
   
     
          Quels sont les principaux problèmes sur le plan humanitaire dans le Caucase et en Asie centrale ?

Les problèmes sont de deux ordres. Nous devons faire face, d'une part, à l'héritage des conflits passés et, d'autre part, aux nouvelles situations de conflit armé et autres formes de violence.
 
La population est encore lourdement touchée par des problèmes humanitaires persistants liés aux conflits passés. Des centaines de milliers de personnes sont dépl acées à l'intérieur de leur pays, des dizaines de milliers d'autres ont disparu, laissant derrière elles leurs familles qui attendent désespérément de leurs nouvelles, et de nombreux villages sont confrontés au fléau des mines et autres restes explosifs de guerre. En collaboration avec nos Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge partenaires, nous nous efforçons de faire face à ces situations en fournissant des services dans différents domaines – sécurité économique, soutien psychosocial, reconstruction d'abris et d'infrastructures, approvisionnement en eau et assainissement, et formation de spécialistes en médecine légale, entre autres.
 
Les conflits passés, en sus de toutes les souffrances qu'ils causent, ne sont pour la plupart pas réglés et continuent d'attiser les tensions entre les parties. C'est la raison pour laquelle notre rôle en tant qu'intermédiaire neutre est si capital. Nous organisons par exemple des visites familiales pour les personnes originaires de Géorgie et d'Ossétie du Sud détenues de part et d'autre de la frontière administrative en raison du conflit qui a éclaté en 2008. En ce qui concerne le conflit du Haut-Karabakh, nous visitons les prisonniers de guerre et les civils internés. Et récemment, nous avons à nouveau facilité le transfert de détenus et de restes humains entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
 
La disparition de personnes est un autre problème important pour lequel le CICR agit en tant qu'intermédiaire neutre. Nous réunissons les parties au conflit en vue de déterminer, pour le compte des familles des personnes portées disparues, ce qu'il est advenu de leurs proches. Nous organisons actuellement les réunions d'une commission tripartite chargée de faire la lumière sur le sort des Géorgiens, des Ossètes et des Russes qui ont disparu à la suite du conflit de 2008.
 
Nos visites humanitaires aux personnes détenues pour des raisons de séc urité ou dans le cadre de conflits ont essentiellement pour but d'améliorer leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé, mais contribuent aussi à atténuer les tensions.
 
  Quels défis le CICR doit-il relever pour faire face aux conséquences des conflits actuels ?

Ces deux dernières années, nous avons été confrontés à un nouveau type de situations, qui sont de nature instable, difficilement prévisibles et caractérisées par des explosions de violence. Le conflit en Géorgie en 2008 et les récentes violences au Kirghizistan en sont des exemples notoires, montrant qu'il est important de pouvoir répondre rapidement aux énormes besoins des personnes touchées. Pour cela, il est nécessaire de renforcer les capacités des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de la région dans le domaine de la préparation aux situations d'urgence. Les besoins médicaux sont souvent les plus pressants. Notre action consiste à fournir du matériel médical et à dispenser des formations aux premiers secours et à la chirurgie de guerre.
 
À la suite des affrontements qui ont eu lieu l'été dernier au Tadjikistan, nous avons renforcé notre présence dans le pays. Nous sommes sur le point de rouvrir notre bureau dans la vallée de Racht, où nous menions des activités d'assistance durant la guerre civile qui a fait rage au cours de la seconde moitié des années 90.
 
  Quels sont pour vous les défis futurs ?

Depuis le début des années 90, nous nous employons à promouvoir le respect du droit international humanitaire en vue de réduire au minimum les conséquences des conflits armés sur le plan humanitaire. Ces dernières années, nous contribuons également à promouvoir d'autres branches du droit applicables dans d'autres situations de viole nce qui sont plus fréquentes aujourd'hui que les conflits armés traditionnels et dont les conséquences sont plus graves encore.
 
Nous mettons l'accent sur la mise en œuvre des règles internationales à l'échelon national, car la façon dont les systèmes juridiques et les forces armées et de sécurité font face aux différentes situations de crise est déterminante. Nous soutenons les autorités dans les efforts qu'elles déploient pour appliquer les règles en vigueur et nous les encourageons à faire part de leur expérience dans le cadre de réunions régionales de représentants des États, des forces armées et de sécurité, et des milieux universitaires. L'an dernier, nous avons organisé un séminaire sur les défis actuels posés au droit humanitaire à Astana (Kazakhstan) et, plus récemment, un séminaire sur la mise en œuvre du droit international humanitaire à Minsk (Bélarus).
 
  Dans quel but participez-vous au sommet de l'OSCE ?

Nous souhaitons faire part de nos préoccupations humanitaires aux États de la région. Nous avons été très présents dans cette partie du monde depuis le début des années 90 et nous avons une connaissance solide et approfondie des divers enjeux. Je tiens toutefois à souligner qu'il incombe au premier chef aux États de prévenir les situations d'urgence humanitaire et d'y faire face si toutefois elles se produisent. Trouver des solutions aux problèmes urgents sur le plan humanitaire serait aussi un moyen de promouvoir la stabilité politique et la réconciliation.
 
 
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