Égypte : la priorité du CICR est d’apporter un soutien aux services de santé et d’accéder aux détenus

01-02-2011 Interview

Une semaine après le début des manifestations qui secouent actuellement l'Égypte, le CICR coopère avec la Société du Croissant-Rouge égyptien afin de se faire une idée plus précise de la situation humanitaire et des besoins qui en découlent. Eric Marclay, chef par intérim de la délégation du CICR en Égypte, fait le point sur la situation.

     
     
   
    Eric Marclay 

 Que pouvez-vous nous dire de la situation actuelle en Égypte ? Quelles sont vos principales préoccupations ?

 Nous suivons de près les événements au Caire et dans d’autres grandes villes égyptiennes, en particulier eu égard à leurs conséquences humanitaires. Nous restons en contact étroit avec notre partenaire, le Croissant-Rouge égyptien, mais échangeons également des informations avec d'autres organisati ons humanitaires afin de bien cerner les besoins sur le terrain et de coordonner toute action éventuelle.

Nous déplorons les pertes en vies humaines et les blessures causées par la violence et qui continuent de se produire. Dans la mesure où des manifestations de plus grande ampleur sont attendues, nous craignons qu'il puisse y avoir encore davantage de victimes. Malgré le couvre-feu qui a été imposé, la contestation n'a pas faibli. Dans les quartiers résidentiels, la population s'organise pour protéger ses biens des pilleurs.

Les autorités et les manifestants sont tenus de respecter en tout temps la vie et la dignité humaines. Il est important de rappeler ce principe fondamental d'humanité.

  Le CICR prévoit-il de visiter les personnes qui ont été arrêtées lors des récents événements ?  

Les informations qui font état de centaines de personnes arrêtées depuis le début des manifestations sont une autre source de préoccupation. Pour l’heure, aucun chiffre n’a cependant été confirmé. Nous avons proposé nos services aux autorités égyptiennes en vue de visiter des détenus, y compris les personnes arrêtées dans le cadre des événements de ces derniers jours, afin d’évaluer leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé. Les visites de détenus sont une activité que le CICR mène déjà dans beaucoup de pays du monde et de cette région, notamment la Tunisie . Nos observations et recommandations sont transmises de manière confidentielle aux autorités concernées.

  Quels sont les besoins les plus pressants qui exigent une action immédiate ?  

Il semble que des personnes blessées n’aient pas pu atteindre un hôpital suffisamment rapidement. Des postes de premiers secours ont donc été improvisés dans certains quartiers.

En vertu du principe fondamental d’humanité, les malades et les blessés – de même que le personnel, les véhicules et les établissements médicaux – doivent être protégés contre les effets des troubles internes. Tout doit être mis en œuvre pour faire en sorte que des soins adéquats soient dispensés en temps utile à toute personne nécessitant une attention médicale.

Conjointement avec le Croissant-Rouge égyptien, nous avons convenu de la manière de répondre au mieux aux besoins, notamment en ce qui concerne les premiers secours et les services médicaux d'urgence. Nous sommes prêts à soutenir la Société nationale. Nous avons également informé le ministère de la Santé égyptien que le CICR se tient à disposition pour fournir des services médicaux et des compétences dans ce domaine.

  Quelles sont les activités que le CICR et le Croissant-Rouge égyptien mettent en œuvre dans le pays ?  

Notre priorité est de nous faire une idée plus précise des besoins en termes de services médicaux et de visites aux détenus. En outre, nous intensifions nos efforts pour aider les personnes qui se trouvent en Égypte, en particulier les réfugiés et les migrants de la Corne de l’Afrique, à garder le contact avec les membres de leur famille à l’étranger.

Une équipe de spécialistes vient d’arriver dans le pays pour soutenir notre personnel déjà présent sur place. Notre effectif en Égypte se compose ainsi de 46 collaborateurs, dont sept expatriés. Ils font face à des difficultés considérables, car les troubles actuels entravent les déplacements au Caire, où la délégation du CICR est basée. Certai ns moyens de communication sont en outre coupés, ce qui ajoute encore aux difficultés.

La délégation du CICR au Caire fait également office de centre régional pour promouvoir la mise en œuvre nationale du droit international humanitaire, ainsi que son intégration dans la formation des militaires et dans les programmes universitaires en Égypte et ailleurs dans le monde arabe.

Enfin, le CICR, en coopération avec la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, fournit un soutien au Croissant-Rouge égyptien, qu’il a aidé à établir un plan en vue d’éventuelles situations d’urgence à la frontière avec la bande de Gaza.