La cartographie à l'appui de l'action humanitaire : un domaine en pleine évolution

05-04-2012 Interview

Pour mieux répondre aux besoins des populations dans le cadre de ses opérations humanitaires, le CICR a de plus en plus recours aux systèmes d'information géographique (SIG). René Saameli, coordonnateur SIG au CICR, explique comment l'institution utilise ces cartes.

Quel est l'avantage des SIG pour l'action humanitaire?

C'est un outil formidable qui permet de prendre des décisions et d'agir plus efficacement. Par exemple, lorsque vous prévoyez des distributions de nourriture ou de matériel dans des lieux isolés, il est capital de savoir où sont les populations, comment se rendre sur place, ou encore quelles sont les infrastructures existantes. Auparavant, accéder à ces informations cartograghiques était difficile, voire impossible car elles n'existaient tout simplement pas. Aujourd’hui, il existe beaucoup plus de cartes de base. Les outils SIG et les méthodes qui nous permettent de représenter et de diffuser ces informations ont également beaucoup évolué. Ils ont véritablement changé notre façon de travailler.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?

Nous travaillons souvent dans des lieux mal cartographiés. Par exemple, à Walikale, une ville au Nord Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), nous avons lancé un projet de réhabilitation et d'extension d’un réseau d’eau. Avant de réaliser le projet, nous avions besoin de savoir comment la population était répartie sur le territoire, où les conduites et les réservoirs devaient être installés, et où l’eau devait être distribuée. Il nous fallait une carte détaillée. Nous avons donc acheté une image satellite de la ville. Nous avons ensuite fait appel à la communauté de volontaires Humanitarian Openstreet Map (Openstreetmap.org), qui sont présents dans le monde entier, pour numériser les bâtiments et les routes afin de dessiner une carte précise.

Il s’agit d’un véritable projet de récolte d'informations par des internautes (« crowdsourcing »).

Oui, chacun a pu apporter sa contribution pour réaliser un espace géographique et aider ainsi le CICR à préparer son projet. C’est comme si nous avions fait appel à des « e-volontaires » pour compléter le travail de nos équipes sur le terrain. Nous allons ainsi pouvoir non seulement rétablir le réseau d’eau, mais aussi offrir à la municipalité de Walikale une cartographie actualisée de son territoire.

Depuis quand le CICR a-t-il recours à cette technologie ?

Nous utilisons les SIG depuis une quinzaine d'années. Dans le domaine de l'eau, par exemple, il est fondamental de savoir où se trouvent les gens à approvisionner et les sources, et de connaître la topographie du terrain. Ainsi, les ingénieurs en eau et habitat du CICR récoltent des données avec leur GPS et les reportent ensuite sur des cartes.

Jusqu’en 2003, nous avons eu recours à cette technologie de façon ponctuelle sur le terrain. Puis nous avons engagé des spécialistes des SIG, qui ont été intégrés aux équipes de délégués du CICR. Depuis 2006, notre Unité eau et habitat propose des services cartographiques à tous les départements du CICR qui en font la demande.

Nous avons récemment mis en place un géoportail en ligne qui permet à chaque collaborateur de réaliser ses propres cartes, en fonction de ses besoins. Le géoportail permet de représenter géographiquement différentes données essentielles, comme par exemple l'emplacement des entrepôts, l'état des stocks et les lieux de distribution.

Comment évaluez-vous le potentiel de cette nouvelle technologie ?

Les outils SIG et les « approches collaboratives » qui font appel à des réseaux de volontaires pour récolter des informations deviennent de plus en plus importants pour les organisations humanitaires. Ces outils et approches permettent de récolter et de mettre en valeur des données globales et locales précieuses, qui étaient par le passé inexistantes ou trop compliquées à traiter. Nous pouvons ainsi mieux répondre aux besoins des populations auxquelles nous venons en aide.

Photos

René Saameli, coordonnateur SIG au CICR 

René Saameli, coordonnateur SIG au CICR
© ICRC

Une capture d'écran sur openstreetmap.org de Walikale, une ville au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo. 

Une capture d'écran sur openstreetmap.org de Walikale, une ville au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo.
© ICRC

Walikale, République démocratique du Congo. Le personnel du CICR finalise une carte de Walikale que les bénévoles de la communauté OpenStreetMap ont aidé à élaborer à partir d'une image satellite achetée par le CICR. 

Walikale, République démocratique du Congo. Le personnel du CICR finalise une carte de Walikale que les bénévoles de la communauté OpenStreetMap ont aidé à élaborer à partir d'une image satellite achetée par le CICR.
© ICRC

Une capture d'écran du géoportail du CICR montre un profil d'altitude de la ville de Walikale. 

Une capture d'écran du géoportail du CICR montre un profil d'altitude de la ville de Walikale.
© ICRC