Page archivée: peut contenir des informations obsolètes

L'aide humanitaire du CICR au Myanmar « demeure essentielle » après les récents événements

05-10-2007 Interview

Edith Baeriswyl est chef des opérations du CICR pour l'Asie de l'Est, l'Asie du Sud-Est et le Pacifique. Elle explique les préoccupations du CICR devant la situation humanitaire qui prévaut au Myanmar, où l'institution a dû réduire l'ampleur de ses activités humanitaires au cours des deux dernières années, à cause des restrictions de plus en plus importantes imposées par les autorités du Myanmar.

     

    ©CICR      
   
    Edith Baeriswyl      
         

  Le CICR a-t-il repris ses visites dans les lieux de détention ? A-t-il visité les personnes arrêtées à la suite des manifestations ?  

Depuis fin 2005, le gouvernement du Myanmar impose des restrictions de plus à plus importantes aux activités du CICR, si bien qu'il est impossible pour l'institution de continuer de visiter des milliers de détenus conformément à ses procédures habituelles. Le gouvernement a aussi empêché le CICR d'effectuer des visites indépendantes dans les régions touchées par le conflit, le long de la frontière qui sépare la Thaïlande et le Myanmar, ce qui a entravé la di stribution des secours aux civils selon ses critères strictement humanitaires et neutres.

Du fait de ces restrictions, le CICR a, depuis début 2006, progressivement réduit son action humanitaire à quelques activités de soutien orthopédique aux amputés et aux victimes de mines, et au financement d’un programme de visites familiales aux détenus.

  Quelles sont les préoccupations du CICR suite aux récents événements qui se sont produits au Myanmar, et face à la situation tendue qui y persiste – et que peut-il faire ?  

Le CICR est préoccupé par la situation que traverse actuellement le Myanmar et par ses conséquences, du point de vue humanitaire, pour la population.

Quand la tension a commencé à monter en août, les familles se sont mises petit à petit en relation avec les bureaux du CICR et leur ont demandé de les aider à retrouver leurs proches qui, selon elles, avaient été arrêtés.

La réponse du CICR a été de demander aux autorités d’informer les familles sur l'endroit où se trouvaient leurs proches et de lui donner l'accès à ces personnes qui pourraient avoir besoin de son aide.

  Il y a un an, le gouvernement du Myanmar demandait au CICR de fermer ses bureaux dans les zones de conflit. Qu'en est-il aujourd'hui ?  

Le CICR est toujours présent au Myanmar, même s'il dispose d'une structure nettement plus petite : sa délégation à Rangoon, une sous-délégation à Mandalay et un centre orthopédique à Hpa-an. Il vient en aide aux détenus en facilitant les visites de leurs familles dans les lieux où ils sont internés. Par ailleurs, le centre orthopédique répond aux besoins des handicapés et des amputés dans le sud-est du pays.

Le CICR apporte aussi s on soutien à la Croix-Rouge de Myanmar en développant la capacité de la Société nationale à répondre aux besoins humanitaires qui peuvent apparaître dans le pays.

  En juin de cette année, le CICR a dénoncé des violations importantes et répétées du droit international humanitaire commises par le gouvernement du Myanmar. Y a-t-il eu des suites ?  

Le 29 juin, dans une démarche exceptionnelle pour l'institution, le président du CICR, Jacob Kellenberger, a dénoncé publiquement des violations importantes et répétées du droit international humanitaire (voir communiqué de presse ), demandant instamment au gouvernement du Myanmar d’y mettre fin. Cette déclaration a permis de mieux comprendre les préoccupations pressantes du CICR et mis l'accent sur la responsabilité qui incombe aux États de faire respecter en tous points le droit humanitaire, qui est universellement contraignant.

Le CICR mène des activités au Myanmar depuis 1986. Avec le temps, nous avons développé des relations de travail efficaces avec les autorités compétentes et mené des activités humanitaires indispensables pour les catégories les plus vulnérables de la population.

Les délégués du CICR ont visité des détenus afin d'évaluer leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé. Ils ont aussi effectué des visites dans les zones frontalières sensibles pour se rendre compte sur place de la situation et fournir assistance et protection aux personnes qui en ont le plus besoin. Par le maintien d'un dialogue permanent avec les autorités et les mesures prises par celles-ci avec l'aide du CICR, d'importants progrès ont été réalisés.

Pouvoir livrer une aide humanitaire au Myanmar demeure essentiel. Le CICR est prêt, comme toujours, à reprendre ses activités humanitaires, à condition que le gouvernement du Myanmar soit disposé à engager un dialogue constructif sur ces graves problèmes d'ordre humanitaire et à coopérer pour les régler.

  Comment voyez-vous l'avenir de la présence du CICR au Myanmar et la capacité de l’institution à répondre aux besoins humanitaires urgents ?  

Le CICR n'a pas l'intention de quitter le Myanmar, car il est convaincu de la nécessité pour un acteur humanitaire neutre et indépendant de trouver une solution à ces problèmes concrets de caractère humanitaire.

Par conséquent, le CICR ne ménage aucun effort pour rétablir un dialogue constructif avec les autorités compétentes du Myanmar, dans le but d'obtenir l'accès aux plus démunis.



Rubriques associées