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Mexique : mettre au monde

07-03-2002

Je m'appelle Petra Guzmán García et je suis indienne. Cela fait près de trois ans que je travaille pour le CICR dans le Chiapas, au Mexique. Depuis quelques mois, je dirige un programme de formation pour les sages-femmes locales.

Ce programme est une expérience formidable, car il me permet de travailler avec les miens. Je suis très fière d'y participer. Je pense que ma présence facilite les choses pour ces femmes, parce que je parle leur langue, je connais leur culture et, surtout, je suis une des leurs. Le fait que je sois moi-même indienne contribue à créer un climat de confiance. Les femmes sont plus enclines à faire confiance à une institution qui emploie des Indiens.

J'aime faire cours à ces femmes. En fait, je ne suis pas la seule enseignante, car nos échanges constants sont très enrichissants. Le CICR me donne la possibilité d'améliorer leurs connaissances sur les techniques modernes d'accouchement et les nouvelles technologies médicales. En retour, elles nous offrent, à l'ensemble de l'équipe médicale du CICR et à moi, leur connaissance du travail d'une sage-femme traditionnelle. À travers cet échange, j'ai commencé à redécouvrir le monde auquel j'appartiens.

Mon objectif est d'améliorer leurs conditions de vie sans porter atteinte à leur culture, et d'éviter les décès liés au manque de connaissances. 

Ces femmes sont confrontées à un problème particulier en ce sens qu'elles sont déplacées. Jusqu'en 1994, elles avaient des biens : du bétail et suffisamment de terre pour cultiver du maïs, des haricots et d'autres légumes. Aujourd'hui, elles n'ont plus accè s à leurs champs et ne possèdent plus que quelques bêtes. Beaucoup de familles ont tout laissé derrière elles, y compris un peu de leur culture. Elles mènent une existence précaire et elles souffrent. Mais je pense qu'un jour, quand elles retrouveront enfin leurs maisons et leurs champs, elles tireront profit des expériences qu'elles auront vécues en ces temps difficiles. D'ailleurs, elles sont déjà plus tolérantes envers le changement et elles ont découvert qu'elles pouvaient s'adapter à des environnements différents.

La construction d'une « maison des femmes », en 2001, a été une initiative particulièrement utile. Cette maison est le fruit de la coopération entre les communautés de personnes déplacées et le CICR. Elle est utilisée, notamment, pour les séances de formation et pour les réunions de sages-femmes. Quelques femmes ont même décidé d'y accoucher. Les sages-femmes sont les vrais maîtres des lieux. Ce sont elles qui décident quand ils peuvent être utilisés et à quelles fins.

Les Indiennes occupent une position d'infériorité au sein de la société. L'opinion d'une femme compte moins que celle d'un homme. En travaillant avec les sages-femmes, j'ai constaté qu'elles commençaient à parler plus ouvertement de leurs problèmes – surtout dans la « maison des femmes », où elles ont parfois des discussions très libres sur des sujets qui intéressent les femmes. Grâce aux expériences qu'elles vivent aujourd'hui et au programme, les sages-femmes déplacées pourront s'exprimer plus facilement dans l'avenir. Bien sûr, il faudra du temps, mais les premières étapes essentielles ont été franchies.