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Irak : bulletin – 20 juin 2003

20-06-2003 Communiqué de presse

Dernières nouvelles communiquées par le personnel du CICR sur le terrain (6 – 15 juin)

L’expression « débris de guerre explosifs » couvre le large éventail des munitions explosives (non explosées ou abandonnées) qui restent dans une zone après la fin d’un conflit armé. Ce sont, notamment, les obus d’artillerie, les grenades, les mortiers, les bombes à dispersion et autres sous-munitions, les roquettes et les missiles. Tous ces engins constituent, comme les mines antipersonnel, les véhicules blindés abandonnés, les armes portatives et les armes légères, une menace pour la population civile. S’ils sont manipulés sans précaution, ils peuvent entraîner la mort ou de graves blessures.

Pour prévenir les accidents, il faut donc procéder le plus rapidement possible à l’enlèvement des débris de guerre explosifs et prévenir les civils contre les dangers qu’ils courent. Il est vital de rapidement limiter le nombre d’armes portatives et d’armes légères en circulation après un conflit armé, en désarmant les combattants et autres groupes armés et détruisant les armes excédentaires. La circulation de quantités importantes d’armes dans une situation de tension, où la société doit surmonter d’immenses défis, peut être très lourde de conséquences.

Les débris de guerre explosifs font peser une grave menace sur la population en Irak, où des accidents sont signalés quotidiennement. Le conseiller régional du CICR en la matière affirme que la situation est la pire qu’il ait vue dans les 15 pays où il a travaillé. Ce qui frappe tout particulièrement, c’est le nombre considérable de véhicules blindés et de stocks de munit ions abandonnés, auxquels s’ajoutent les munitions non explosés de types divers (bombes à dispersion, mines, etc.) héritées des conflits précédents. On a vu des enfants jouer au football au milieu de munitions non explosées.

Plusieurs hôpitaux ayant signalé des accidents liés aux explosifs, le CICR a visité les victimes afin de brosser un panorama plus précis de la nature et de l’importance du danger. Le spécialiste en débris de guerre explosifs et l’équipe de santé du CICR se sont rendus dans quatre hôpitaux de Basrah (la plupart des accidents sont signalés dans le sud de l’Irak). Les registres des hôpitaux indiquaient que 44 victimes avaient été admises du 10 avril au 10 mai, mais ce chiffre n’est pas représentatif de l’ampleur de la menace, car ni les personnes décédées à leur arrivée à l’hôpital ni les blessés légers ne sont enregistrés. Au total, 72 victimes de débris de guerre explosifs ont été hospitalisées dans le gouvernorat de Missan, dans le sud du pays entre le 10 avril et le 20 mai.

Le CICR avait engagé des programmes de prévention contre les débris de guerre explosifs avant le début du dernier conflit, car le problème se pose de longue date. Toutefois, ces activités avaient été interrompues pendant les hostilités. Aujourd’hui, le CICR collabore étroitement avec le Croissant-Rouge de l’Irak afin de collecter des données sur les victimes et les zones/villages affectés. Des volontaires de toutes les sections de la Société nationale ont été désignés à cet effet. À ce jour, 300 volontaires de 11 sections du Croissant-Rouge de l’Irak (sur un total de 18) ont suivi une formation et commencé à recueillir les informations qui permettront d’établir la cartographie des zones à risque ainsi que le profil des victimes. En outre, les volontaires distribuent du matériel élaboré par le CICR (brochures, affiches, etc.). Des spots radiophoniques de mise en garde seront très prochainement diffusés sur les stations locales et les stations internation ales qui sont captées en Irak.

  BAGDAD ET CENTRE DE L’IRAK  

  Situation générale / sécurité  

Deux phénomènes frappent immédiatement l’observateur : la dislocation de la situation économique et une colère grandissante à l’égard des puissances occupantes. Tous deux excitent un sentiment d’impatience et de frustration, et même fomentent la violence au sein d’une population qui ne voit pas la lumière au bout du tunnel de « la libération ». Le manque de liquidités, le taux fluctuant du dollar vis-à-vis du dinar irakien et un taux de chômage de 50% sont toujours d’actualité deux mois après la chute de Bagdad. L’espoir de lendemains meilleurs a été déçu sur l’ensemble du territoire irakien, du nord au sud.

Le couvre-feu imposé par les forces de la coalition est toujours en vigueur à Bagdad, où il a été légèrement modifié (23h à 5h30), mais le CICR applique des règles plus strictes (20h à 6h).

Les attaques coordonnées contre les forces de la coalition ont continué pendant la période considérée, entraînant le déclenchement des opérations « Péninsule » et « Scorpion du désert ». Les zones des alentours de Tikrit, y compris Hawiji et Balad, sont les plus dangereuses sur le plan de la sécurité, bien que des incidents liés aux mines et des actes de brigandage aient été signalés sur la route de l’aéroport de Bagdad et la route de Bagdad à Ramadi respectivement.

  Détention / personnes privées de liberté  

Les 14 et 15 juin, le CICR a visité les lieux de détention à Bagdad et dans les environs afin d’enregistrer les nouveaux détenus et de distribuer/collecter des messages « safe and well » ainsi que des messages Croix-Rouge. Ces visites se poursuivent.

  Rétablissement des liens familiaux / messages Croix-Rouge  

Le CICR et le Croissant-Rouge de l’Irak ont organisé un séminaire auquel ont participé 13 sections de la Société nationale (sur un total de 18). Il s'agissait de rappeler les rôles des deux organisations en matière de rétablissement des liens familiaux, de recherche de personnes disparues et de distribution de messages Croix-Rouge.

  Situation médicale  

La pénurie de gaz de cuisine, d’oxygène et de combustible pour les générateurs est un problème dans la majorité des hôpitaux, et la situation ne devrait pas s’améliorer à brève échéance. La sécurité est une autre préoccupation. Les forces de la coalition sont présentes dans quelques hôpitaux, mais beaucoup d’établissements sont « protégés » par des groupes armés, qui entravent l’administration et la gestion des structures médicales. Quelques pillages sont encore signalés. L’absence de climatisation constitue un véritable problème.

Le CICR poursuit l’évaluation détaillée du système médical et des structures de soins à travers le pays. Les premières conclusions (élaborées après plusieurs semaines d’enquête) établissent que des travaux de remise en état et d’entretien, ainsi qu’une amélioration des conditions d’hygiène, s’imposent dans de nombreux hôpitaux.

En outre, bien que l’entreprise pharmaceutique irakienne Kidamia fonctionne plus ou moins, les distributions sont irrégulières, surtout à Bagdad où le problème est aggravé par la pénurie de carburant (le transport des fournitures médicales vers les hôpi taux ne peut pas être organisé). Le personnel de Kidamia manque de motivation, car les salaires n’ont pas été versés.

Le CICR continue de visiter les hôpitaux et autres structures de soins en vue de répondre à leurs besoins les plus urgents. Des médicaments et du matériel médical (ainsi que de la documentation médicale pour certains) ont été remis à des établissements de Bagdad et des régions du centre.

Parallèlement, des ateliers mobiles du CICR effectuent des travaux d’entretien sur les générateurs des hôpitaux, réparent les fenêtres cassées, l’éclairage et les systèmes d’évacuation des eaux usées et de refroidissement, et installent et réparent les systèmes de climatisation. D’importants travaux de remise en état sont réalisés dans les hôpitaux al-Rashad, Ibn Khatib et Baqubah, et des équipes du CICR distribuent de l’oxygène à une vingtaine d’hôpitaux de Bagdad et 20 hôpitaux d’autres gouvernorats (Qadisiyah, Diyalah, Babel, Kerbala, Najaf, Salah-el-Deen et Wasit).

  Sécurité économique  

En attendant que des rations de vivres soient distribuées dans le cadre du programme pétrole contre nourriture et que le système public de distribution soit à nouveau pleinement opérationnel, le CICR a remis à plusieurs hôpitaux de Bagdad et de Kerbala des vivres en quantité suffisante pour un mois.

  Eau et assainissement  

Les équipes d’ingénieurs et de techniciens du CICR effectuent des réparations rapides dans une vingtaine de sites du centre de l’Irak : entretien de générateurs, colmatage de fuites, connexions électriques, etc. Parallèlement, quatre projets de grande envergure ont été entrepris dans les stations d’approvisionnement en eau et d’épuration de Bagdad (Sabaa Nissan, Abu Nawas, al-Habibiyah et al-Dorah).

Des travaux de réparation sont réalisés dans les stations d’approvisionnement en eau et d’épuration des gouvernorats de Babel, Wasit, Kerbala, Qadisiyah et Najaf, où des pièces de rechange ont aussi été livrées.

Par ailleurs, les camions loués par le CICR distribuent quelque 300 000 litres d’eau potable dans les faubourgs défavorisés de Bagdad.

  BASRAH ET SUD DE L’IRAK  

  Détention / personnes privées de liberté  

     

Une équipe du CICR a effectué une visite de suivi de plusieurs jour à Oum Qasr, afin de voir les prisonniers de guerre et les détenus restants dans le sud de l’Irak.

  Rétablissement des liens familiaux / messages Croix-Rouge  

La distribution de messages Croix-Rouge rédigés par des prisonniers de guerre a été poursuivie à Nasiriyah et Amarah.

Le 11 juin, les forces de la coalition ont rendu les restes de deux Irakiennes qui, soignées à Bahreïn, avaient succombé à leurs blessures. Le CICR a localisé les familles et facilité la restitution des dépouilles.

  Situation médicale  

Les hôpitaux des gouvernorats de Basrah et de Missan, dans le sud du pays, sont confrontés à une pénurie d’oxygène telle que les prix sont montés en flèche et sont devenus inabordables pour les structures de soins.

  Eau et assainissement  

Pendant la période considérée, les équipes du CICR ont réalisé des travaux de réparation d’urgence dans les gouvernorats de Basrah, de Muthana et de Missan.

  Sécurité économique / hôpitaux  

  Distributions :  

  • Hôpital général, Amarah : 5 tonnes de farine de blé

  • Hôpital al-Zahrawi, Amarah : 2 tonnes de farine de blé

  • Foyer pour personnes âgées, Basrah : 11 matelas, 37 vêtements

  • Camp de Tannumah, Basrah : 37 tentes

  • Comité pour les non-voyants, Basrah : 35 colis de vivres

  • Foyer pour patients atteints de la lèpre, Amarah : 8 matelas, 8 vêtements.

  NORD DE L’IRAK  

  Situation générale / sécurité  

Aucun incident n’a été signalé pendant la période considérée.

  Détention / personnes privées de liberté  

Les 10 et 11 juin, l’équipe du CICR dans le nord de l’Irak a visité pour la première fois les centres de détention des forces des États-Unis à Kirkouk, où elle a vu 45 détenus irakiens.

  Eau et assainissement  

Le CICR planifie les travaux de réparation/d’entretien à réaliser dans les stations d’approvisionnement en eau et d’épuration du nord du pays. Quelques projets sont déjà en cours ( Erbil, Dohouk, Mossoul et Kirkouk).