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Vietnam: un douloureux héritage

27-01-2004 Éclairage

En un peu plus de vingt ans de guerre civile, près de 100 000 personnes ont été amputées au Viet Nam, un pays de 80 millions d'habitants. Comme l'explique Roland Sidler dans le deuxième d'une série d'articles sur les activités orthopédiques du CICR en Asie, l'institution apporte son soutien à huit centres de rééducation physique installés par les autorités.

 


    Truong Van Hau au centre orthopaedique
Photo R. Sidler/CICR, ref. vn-e-00004
 
 

Vietnam compte actuellement huit centres de réhabilitation physique, installés dans différentes provinces du nord et du sud, et gérés par le ministère du Travail, des Invalides et des Affaires sociales.

Présent dans le pays depuis 1989, le CICR s'est impliqué dans les programmes orthopédiques en offrant son expérience et sa technologie en la matière, par le biais de cours de formation pour le personnel local, de l'installation de machines et de la fourniture d'outils spécialisés. Actuellement, le CICR est représenté au Vietnam par deux orthopédistes néerlandais, Bert Van Koll et Peter Poetsma. Le second est chef de projet à Hô Chi Minh-ville.

Durant cette période, plus de 20 000 prothèses ont été confectionnées selon les normes et les paramètres techniques du CICR. Les autorités vietnamiennes assument les coûts de production des prothèses destinées aux mutilés de guerre, mais de nombreuses victimes d'amputations ne répondent pas aux critères de soutien restrictifs édictés par le ministère concerné. C’est pourquoi le CICR a pris en charge les coûts de fabrication de membres artificiels pour environ 12 000 personnes particulièrement démunies. 

Les sections de la Croix- Rouge dans les 61 provinces du pays comptent toutes un certain nombre de volontaires chargés de sillonner la campagne et les villages les plus reculés afin de recenser toutes les personnes mutilées qui ne jouissent pas du soutien financier nécessaire pour s'équiper d'une prothèse ou, au besoin, en changer.

Aujourd'hui, Du Hai Duong, Nguen Thanh Nhan et Tran Kim Long, trois volontaires de la Croix-Rouge de la ville de Can Tho, se rendent dans la campagne du delta du Mékong. Cette région particulièrement fertile enregistre chaque année des inondations qui tuent plusieurs dizaines de personnes, notamment des enfants, et détruisent les habitations et les champs de quelque 20 000 Vietnamiens.

Les informations dont dispose l'équipe mentionnent un endroit qu’il faut rallier à pied. Après avoir marché un quart d'heure dans une chaleur humide de plus de 35 degrés, les volontaires arrivent enfin à la maisonnette de Truong Van Hau. Âgé de 57 ans, il occupe ses journées à entretenir le jardin potager familial et à corriger les devoirs de ses deux jeunes enfants, pendant que son épouse effectue de menus travaux à l'extérieur du domicile. Il y a plus de 30 ans, Truong Van Hau était soldat dans l'armée de l'ancien régime. Un jour de 1970, il devait défricher un coin de forêt quand il a sauté sur une mine et qu'il a perdu une jambe.

Cela fait plusieurs années qu'il est équipé d'une prothèse qui lui assure une mobilité et une indépendance suffisantes pour exercer certaines activités physiques. Avec le temps, la prothèse s'est usée et le pied s’est partiellement cassé. Demain, Truong Van Hau sera emmené au Centre de réadaptation de Can Tho, où il recevra une nouvelle jambe artificielle.

 

    Long Hoa (à g.) attend son traitement au centre de Can Tho
Photo R. Sidler/CICR, ref. vn-e-00005
 
 

Sur le chemin du retour, l'équipe s'arrête chez Long Hoa. Lui aussi a perdu une jambe. Il s'en souvient très bien. C'était en 1968, lors de la fameuse offensive du Têt. Il se trouvait dans les champs, lorsqu'il y a eu d'intenses bombardements aériens. Un éclat d'obus lui a cisaillé le membre inférieur droit. Depuis, il n'a jamais eu les moyens de se procurer une prothèse. Après la visite des trois volontaires, Long Hoa rejoindra lui aussi le Centre de réadaptation de Can Tho, où le CICR prendra en charge les coûts de l’appareillage.

Long Hoa réalise avec émotion qu'il pourra bientôt à nouveau se tenir debout, un rêve auquel il ne croyait plus. Timidement, il demande s'il était possible qu'on lui fournisse une panoplie de coiffeur afin qu’il puisse rapidement reprendre son ancien métier.

« Le CICR n'a pas de budget pour ce genre d'assistance, mais nous allons faire une exception pour Long Hoa. Cet homme est tellement touchant que mes collègues et moi-même allons lui faire un cadeau », déclare Peter Poetsma, en passant une main dans ses cheveux qui auront bientôt besoin d'un nouveau coup de ciseaux.