Page archivée: peut contenir des informations obsolètes

Délégation régionale du CICR à Budapest : s’entourer d’amis, exercer son influence

21-01-2005 Éclairage

Budapest est l'une des plus de 20 délégations régionales du CICR dans le monde. La mission de ces délégations est de promouvoir le droit humanitaire international et d'assurer des contacts avec les forces armées, le monde académique ainsi qu'avec les médias.

Toute allusion au CICR évoque en général des images de vastes opérations de secours, dignes de celle du Darfour, de visites à de sinistres camps de détention, de la tragédie des familles séparées – en bref, des méfaits de la guerre.

Pourtant, loin du regard des caméras de télévision, plus de 20 délégations régionales du CICR à travers le monde jouent un rôle fondamental pour le mandat de l’institution : elles s’emploient à promouvoir le droit international humanitaire (DIH) et contribuent au renforcement des capacités des Sociétés nationales de la Croix-Rouge.

« Dans un certain sens, une délégation régionale est l’extension du siège du CICR dans une région donnée », affirme Patrick Zahnd, chef de la délégation régionale à Budapest. « Les priorités et les moyens varient peut-être d’un endroit à l’autre, mais dans l’ensemble, le but est d’aider à atteindre les objectifs institutionnels du CICR. »

  Réseau de relations  

Ouverte en 1997, la délégation régionale de Budapest couvre la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie.

La mission de la délégation est de développer un vaste réseau de relations avec les gouvernements, les forces armées, la société civile, les milieux universitaires, les médias et les organisations internationales de la région, et par le biais de ces relations, de promouvoir le droit humanitaire.

Une autre tâche essentielle consiste à soutenir les Sociétés nationales de la Croix-Rouge de la région et à les encourager à assumer leur rôle d’auxiliaires des pouvoirs publics, notamment dans le domaine du droit humanitaire.

  Adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne  

Quelles que soient leurs caractéristiques individuelles, ces pays sont similaires, car ils traversent tous une phase de transition vers une économie de marché et une démocratie multipartite. Leur politique étrangère est dominée depuis plus de dix ans par la volonté d’adhérer à l’Union européenne et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ce qui s’est traduit par l’admission de huit d’entre eux à la première et de dix à la seconde.

Cette évolution, qui engendre des réformes politiques, juridiques et militaires, implique aussi pour ces pays de nouvelles responsabilités à l’échelle mondiale, telles que le maintien de la paix. La plupart des forces armées de la région participent à des opérations de soutien de la paix dirigées par l’OTAN ou l’Union européenne ; elles sont aussi présentes en Irak, en tant que membres des forces de la coalition.

     
Débris de guerre dans les Balkans 
   
    Dans la Croatie d’aujourd’hui, les effets des conflits des années 1990 continuent à se faire sentir. On est toujours sans nouvelles de plus de 2 300 personnes disparues ; certaines parties du pays sont encore infestées de mines, ce qui entrave la reconstruction du pays et le retour de civils dans leur maison d’avant la guerre. La délégation régionale s’efforce de donner des réponses aux familles des personnes disparues en collectant des informations sur ces personnes et en aidant les autorités et les autres parties intéressées à exhumer et à identifier les restes humains. En outre, elle soutient des programmes de la Croix-Rouge croate destinés à prévenir les civils contre les dangers des mines. 
   
 

Les réformes imposées aux forces armées de la région ont donné au CICR l’occasion d’encourager ces dernières à inclure le droit international humanitaire dans leur doctrine et leurs programmes de formation et d’entraînement. La délégation régionale en tretient donc des relations avec ces forces armées en organisant des activités de formation aux niveaux bilatéral et régional et en soutenant financièrement la production de matériel de promotion du DIH et des droits de l’homme.

  Encourager vivement les gouvernements à ratifier des lois  

La stratégie de la délégation vise essentiellement à encourager les gouvernements de la région à ratifier les traités de droit humanitaire et à les incorporer dans leur législation nationale. À cette fin, il est fondamental de créer des commissions nationales qui jouent un rôle capital pour que la volonté politique des États se matérialise en des projets d’intégration du droit humanitaire dans la législation du pays.

La délégation vient en aide à ces commissions en procédant à des études sur la compatibilité des lois nationales avec le droit international humanitaire, en donnant des conseils juridiques et en fournissant la documentation pertinente. Pour leur part, les commissions donnent l’occasion à la délégation d’élargir son dialogue humanitaire avec ses relations au sein des gouvernements et des parlements.

La délégation organise régulièrement des cours et des réunions – ou participe à de tels événements – sur des questions juridiques ou autres, et tient les autorités au courant de l’évolution du droit humanitaire. En 2004, un séminaire de ce genre a été organisé, en coopération avec le ministère slovaque des Affaires étrangères à Bratislava pour les représentants des commissions nationales de droit international humanitaire de plusieurs pays. L’échange de données d’expérience a été profitable.

  Centres de formation supérieure  

« Outre ces activités classiques, nous essayons d’influencer la politique humanitaire des États en mettant au point de nouveaux programmes avec la société civile », déclare Patrick Zahnd. « Ceux-ci consistent notamment à coopérer avec les universités pour garantir que le droit international humanitaire soit enseigné au niveau de la maîtrise, et à encourager la recherche afin que les universités deviennent des centres influents de formation supérieure en DIH. »

« La délégation régionale a réussi à faciliter l’introduction du droit international humanitaire dans des facultés de droit qui comptent parmi les plus prestigieuses de la région », ajoute Patrick Zahnd. « Un nombre croissant d’entre elles se lancent actuellement dans la recherche en DIH. »

Les programmes de droit international humanitaire conçus pour intéresser les étudiants universitaires représentent une part importante des activités du CICR. Afin de contribuer à faire connaître cette branche du droit aux jeunes, la délégation régionale apporte notamment aux universités une assistance technique et matérielle destinée à renforcer les études en cours ou à soutenir le lancement de nouveaux programmes. En outre, elle organise des concours de plaidoiries dans des affaires fictives.

  Les écoles ne sont pas oubliées  

Le public plus jeune n’est pas oublié : le programme didactique du CICR « Explorons le droit humanitaire » est spécialement conçu pour les adolescents et constitue une des activités essentielles où le CICR collabore étroitement avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge de la région (voir l’article sur le programme EDH en Pologne).

« D’autres réseaux sont créés avec des journalistes, des groupes de réflexion influents et des instituts de recherches dans les domaines de la sécurité et d es relations internationales, afin de connaître leurs priorités et leur point de vue », affirme Patrick Zahnd. « Ces relations sont également utiles pour le mandat d’observateur humanitaire du CICR, et pour pouvoir analyser le contexte régional et mondial, et être mieux à même de l’influencer. »

Est-il vraiment difficile de faire comprendre aux autorités que cet aspect du travail du CICR – qui se déroule dans le cadre splendide de certaines des plus anciennes villes d’Europe – est aussi important que ce qui se passe sur de lointains champs de bataille ? D’après Patrick Zahnd, cela ne pose aucun problème : « Je dirais même que cet aspect – que l’on pourrait appeler diplomatie humanitaire – nous aide à nouer des relations avec les milieux politiques, où nous insistons sur l’importance politique des questions humanitaires, spécialement du fait de la proximité du conflit irakien. »