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La chirurgie de la cataracte rend la vue à des villageois dans la province reculée de Papua, en Indonésie.

24-11-2006 Éclairage

Le CICR a récemment financé une opération chirurgicale à quelque 50 villageois des hautes terres de Papua, en Indonésie orientale, pour qu’ils puissent retrouver la vue. Suzanna Halsey, qui travaille comme interprète pour le CICR, a envoyé ce récit de la capitale de la province, Jayapura.

     
    © CICR      
   
    Hôpital de Wamena : Suzanna Halsey en compagnie de patients qui sont venus pour la chirurgie de la cataracte (Kwame porte la chemise jaune). Pour la plupart d’entre eux, le voyage depuis leur village éloigné a été long et difficile.      
           
       
    © CICR      
   
    Hôpital de Wamena : un patient est examiné avant son opération. Dans les hautes terres de Papua, en Indonésie, il est fréquent de perdre la vue à cause de la cataracte, en raison des difficultés d’accès.      
         

 
 

     
    © ICRC      
   
    Hôpital de Wamena : chirurgie de la cataracte financée par le CICR. Près de 50 patients ont été traités en une semaine, retrouvant la vue et un rôle dans leur communauté.      
           
   

La province de Papua, située à l’extrême est de l’Indonésie, est couverte d’une dense végétation et son centre n’est desservi que par quelques routes. Des décennies de troubles intérieurs ont contribué à entraver le développement de soins de santé de base dans de nombreux districts isolés. De ce fait, les villageois n’ont pas facilement accès aux soins dont ils ont besoin.

C’est particulièrement le cas des personnes souffrant de maladies chroniques des yeux, par exemple la cataracte. Cette maladie est répandue dans la région, et bon nombre de ceux qui en souffrent perdent la vue.

Kwame Karoba est un dirigeant communautaire du village de Tiom, dans le district de Jayawijaya. Âgé de 63 ans, il vit avec sa famille élargie dans une maison traditionnelle appelée honai. Il est aveugle depuis trois ans déjà, mais malgré tout, il veut continuer à participer à la vie du village.

Début novembre, un fils de Kwame, Tinus, entendit sur une radio locale un reportage consacré à un programme d’opérations gratuites de la cataracte réalisées à l’hôpital général de Wamena, la capitale de ce district des hautes terres. Il pria son père de se rendre immédiatement à Wamena. Tout d’abord, Kwame était sceptique ; mais finalement, il se laissa persuader et entreprit un voyage en bus de 6 heures sur une route cahoteuse, en compagnie de quatre de ses amis qui souffraient également de maladies oculaires.

Kwame est l’un des 48 patients des districts de Jayawijaya, Tolikara et Yahukimo à avoir eu une opération de la cataracte. Les interventions ont été effectuées par un chirurgien travaillant dans un hôpital privé proche de la capitale provinciale, Jayapura, qui participe depuis plusieurs années à des projets de ce type.

Le CICR, qui cherche à développer des projets bénéficiant aux Papous des régions reculées des montagnes, a décidé de financer les opérations pendant une semaine, espérant ainsi combler l’absence de soins médicaux sur place.

« Pour différentes raisons, les équipes médicales ne se rendent pas régulièrement dans les régions éloignées », déclare Stéphane Beytrison, responsable des activités du CICR dans la province. « De ce fait, les maladies oculaires chroniques pouvant entraîner la perte de la vision ont augmenté. On estime que la cécité est courante dans de nombreux villages montagnards et qu’elle est due principalement à la cataracte ».

Beaucoup de villageois, qui ont leur propre dialecte, ne parlent pas la langue nationale de l’Indonésie, de telle sorte qu’à l’hôpital, ceux qui pouvaient s’improviser interprètes – personnel médical ou autres villageois - étaient très demandés. Après l’opération, Kwame a porté une protection oculaire sur l’œil traité pendant quelques jours ; ensuite, il a dû attendre que son œil s’adapte progressivement à la lumière du soleil avant de recouvrer totalement la vue.

Kelaus Tabuni, de 60 ans, est un autre patient qui a été opéré de la cataracte après avoir souffert de cette maladie pendant des années ; ses deux yeux étant atteints, il était totalement aveugle depuis 12 mois. Dans l’incapacité de poursuivre son activité d’agriculteur et de berger, Kelaus vit maintenant avec ses enfants. « Je sais que je suis une lourde charge, je dois demander de l’aide pour tout – me laver, manger … je ne me sens pas libre », déclare-t-il.

Pour parcourir la longue distance séparant Kuyawage, son village, de Wamena, Kelaus a dû prendre l’avion, avec l’aide du service sanitaire local, de même que 12 autres villageois souffrant également de la cataracte. S on enthousiasme était palpable, malgré les difficultés de son expédition aérienne.

Kwame et Kelaus sont tous deux ravis à l’idée de pouvoir à nouveau jouer un rôle actif dans la vie de la communauté. Comme les autres patients, ils auront la possibilité de retourner à Wamena pour faire opérer l’autre œil. De son côté, le CICR estime que ce projet a été un succès et il envisage de financer une nouvelle série d’opérations en 2007.