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Aceh : la reconstruction prendra des années

06-09-2005 Conférence de presse

La province indonésienne d'Aceh a été dévastée par le tsunami de décembre 2005. Les efforts pour reconstruire la vie de ses habitants s'inscrivent dans le long terme explique Walter Stocker, qui était encore récemment le chef de délégation du CICR en Indonésie. Ce dernier parle également des activités de l'institution dans le cadre du processus de paix en cours.

  Comment le CICR a-t-il réagi à la catastrophe du tsunami ?  

Pour commencer, il faut dire que le CICR a pu intervenir rapidement après le tsumani car il était déjà présent à Aceh depuis plusieurs années en raison du conflit. Notre action s'est notamment concentrée sur le soutien aux équipes de secours de la Croix-Rouge indonésienne. Ces équipes étaient composées de 700 volontaires mais 300 d'entre eux sont morts pendant la catastrophe, ce qui a créé un grand vide. Ce vide a été rapidement comblé par l'arrivée de centaines de volontaires en provenance d'autres provinces du pays.

Grâce à son expérience sur place et à son réseau de contacts, le CICR a facilité la réponse de tous les intervenants du Mouvement Croix-Rouge / Croissant-Rouge, notamment en termes de sécurité et d'accès aux victimes du tsunami.

   

Le CICR a également grandement participé à la mise en place du dispositif de coordination de nos partenaires du Mouvement, c'est-à-dire la Fédération internationale, la Croix-Rouge indonésienne et une trentaine de Sociétés nationales qui sont venues du monde entier apporter leur aide.

Dans les premières phases de l'opération de secours, le CICR a pu utiliser ses stocks locaux de nourriture et de biens de première nécessité, et a organisé un centre logistique d'importance à Singapour avec le soutien de la Société nationale. Notre action immédiate s'est concrétisée par la distribution de rations aux survivants pendant quelques semaines avant que le Programme al imentaire mondial reprenne cette activité spécifique.

Un autre aspect important de notre réponse a été le rétablissement de liens familiaux et la recherche de personnes disparues en collaboration avec la Croix-Rouge indonésienne. Nous avons créé un site web spécial sur lequel se trouvait la liste des proches dont les familles étaient sans nouvelles. Les personnes détenues ont également pu rétablir le contact avec leur famille vivant dans les régions affectées par le tsunami.

  Huit mois après la catastrophe, comment le CICR entend-il orienter son action à plus long terme ?  

Aujourd'hui, le CICR s'est presque totalement retiré des efforts opérationnels engagés pour les victimes du tsunami voilà plus de huit mois. Quelques programmes dans le domaine de l'assainissement de l'eau sont encore en cours pour aider les villageois qui retournent dans leur communauté à avoir accès à l'eau potable et à l'hygiène. Le CICR se concentre donc sur ses tâches habituelles liées au conflit et à la promotion du droit international humanitaire.

Néanmoins, le CICR garde une responsabilité " résiduelle " en ce qui concerne le tsunami. En effet, le CICR, la Fédération internationale et la Croix-Rouge indonésienne sont co-signataires d'un accord avec l'agence gouvernementale de reconstruction, et à ce titre le CICR est impliqué dans la réponse Croix-Rouge / Croissant-Rouge apportée encore aujourd'hui. Ce qui se traduit pour notre organisation par le suivi de la coordination des partenaires Mouvement mais aussi par l'aide que nous devons toujours apporter à la population qui a été affectée par le conflit.

  Quels sont actuellement les principaux défis en terme d'aide aux victimes du tsunami?  

Le passage de la phase d'urgence à la phase de reconstruction apparaît comme un défi majeur et se révèle beaucoup plus délicat que prévu. N'oublions pas que la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge disposent de fonds conséquents reçus des donateurs et que cet argent ne peut pas être dépensé du jour au lendemain. La plupart des Sociétés nationales impliquées dans la reconstruction ont planifié leur intervention pour les deux, voire les trois années à venir. Ceci implique un effort de planification intense, sans parler de la mise en œuvre des programmes eux-mêmes.

En gros, notre préoccupation est la suivante : qui va dire à telle ou telle victime que sa maison ne sera reconstruite qu'en 2008 et qu'en attendant il devra vivre sous une tente que les vents vont sûrement déchirer en lambeaux avant cette date lointaine… En plus, cette personne restera sans doute dépendante de l'aide humanitaire car elle n'a plus les moyens de gagner sa vie.

À côté des programmes de reconstruction à long terme, nous devons donc nous occuper des personnes les plus vulnérables qui ont et auront besoin d'assistance, surtout celles vivant dans les centres temporaires d'hébergement parce qu'elles n’ont pas d'autre endroit où aller. Le Mouvement a décidé que cet accompagnement était de sa responsabilité car ces gens doivent vivre décemment avant de bénéficier plus tard des programmes de reconstruction.

     

  Quelles sont les conséquences du processus de paix en cours à Aceh sur l'action du CICR ?  

Une conséquence directe de ce processus est la libération de personnes détenues en relation avec le conflit, personnes que le CICR visite depuis de nombreuses années pour certaines. Nos délégués continuent actuellement à visit er les lieux de détention. Si des personnes amnistiées sont encore incarcérées, nous en discuterons avec les autorités et suivrons leurs conditions de détention.

Nous suivrons également l'évolution de la situation et maintiendrons notre dialogue avec les autorités indonésiennes à ce sujet. Rappelons aussi que le CICR visite des lieux de détention dans d'autres provinces de l'Indonésie et pour des problématiques autres que le conflit d'Aceh.

Le CICR souhaite aussi être plus présent dans les anciennes zones de conflit afin d'évaluer les besoins des populations civiles ou des personnes libérées. Il y a des dimensions relatives à la protection et à la non-discrimination de ces populations. Dans quelle mesure vont-elles pouvoir profiter des fonds importants alloués à la reconstruction et du développement?