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Myanmar : le CICR dénonce les violations importantes et répétées du droit international humanitaire

29-06-2007 Communiqué de presse 82/07

Yangon/Genève (CICR) – Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, a fermement dénoncé les violations du droit international humanitaire commises à l'encontre des civils et des détenus par le gouvernement du Myanmar et il a exigé que le gouvernement prenne des mesures urgentes pour mettre fin à ces violations et empêcher qu'elles se reproduisent.

« L'utilisation continuelle de détenus en tant que porteurs des forces armées est un sujet de grave préoccupation humanitaire. Les pratiques employées par les autorités causent en outre d'immenses souffrances aux milliers de personnes vivant dans les régions touchées par le conflit armé, a déclaré M. Kellenberger. À plusieurs reprises, le CICR a attiré l'attention sur ces abus, mais les autorités n'y ont pas mis fin. »

Le constat dressé ci-dessous est basé sur les observations faites par les délégués du CICR et sur de nombreuses allégations d'abus recueillies par l’institution au cours d'entretiens sans témoin avec des milliers de civils et de détenus, principalement entre les années 2000 et 2005. Les abus systématiques envers les détenus et les civils sont une source de préoccupation grave.

  Abus envers les détenus  

Dans le système carcéral établi par le gouvernement, des milliers de détenus sont forcés chaque année de soutenir les forces armées en leur servant de porteurs. Cette pratique institutionnalisée et répandue conduit fréquemment à des abus envers les détenus et les expose aux dangers du conflit armé. De nombreux détenus utilisés comme porteurs souffrent d'épuisement et de malnutrition et sont soumis à des traitements dégradants. Certains ont été assassinés.

« Cette pratique appelée « portering » (portage) persiste aujourd'hui, malgré de nombreuses démarches entreprises par le CICR. Elle constitue une violation importante de plusieurs dispositions du droit international humanitaire », a encore déclaré M. Kellenberger.

  Abus envers les civils  

Les forces armées du Myanmar commettent de manière répétée des abus envers des hommes, des femmes et des enfants vivant dans des communautés touchées par le conflit armé et situées le long de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar. Il s'agit notamment de la destruction à grande échelle des vivres et des moyens de production. Les forces armées restreignent sévèrement la liberté de mouvement de la population dans ces régions, empêchant ainsi de nombreux villageois de travailler dans leurs champs. Cet état de fait a sur l'économie des répercussions considérables qui aggravent encore une situation humanitaire déjà précaire. En outre, les forces armées commettent de nombreux actes de violence, des meurtres entre autres, contre les personnes vivant dans ces régions, et elles procèdent à des arrestations et des détentions arbitraires. Elles ont aussi forcé des villageois à soutenir directement les opérations militaires ou à quitter leur foyer.

Le comportement et les pratiques des forces armées ont contribué à créer un climat de peur continuelle parmi la population et obligent des milliers de personnes à rejoindre les rangs des déplacés internes ou à fuir à l'étranger.

« Les abus répétés commis envers les hommes, les femmes et les enfants le long de la frontière qui sépare la Thaïlande et le Myanmar violent de nombreuses dispositions du droit international humanitaire », a souligné M. Kellenberger.

  Refus du gouvernement d'engager le dialogue  

« Malgré des requêtes répétées par le CICR, les autorités ont systématiquement refusé d'engager une discussion approfondie sur ces abus afin d'y mettre un terme », a ajouté M. Kellenberger. En outre, des restrictions de plus en plus sévères sont imposées au CICR par le gouvernement. Il en résulte que le personnel de l’institution est dans l'impossibilité de se déplacer de manière indépendante dans les régions concernées et que la fourniture d’une assistance dans un but strictement humanitaire et apolitique est entravée. Depuis fin 2005, les autorités empêchent aussi le CICR de visiter les lieux de détention conformément à ses procédures habituelles qui comprennent notamment des entretiens sans témoin avec les détenus.

« Cette impasse persistante a conduit le CICR à prendre une mesure exceptionnelle, à savoir rendre publiques ses préoccupations, a affirmé M. Kellenberger. Le moyen privilégié utilisé par l’institution pour obtenir des résultats reste le dialogue confidentiel et bilatéral. Toutefois, cela présuppose que les parties à un conflit sont disposées à entamer une discussion approfondie et à prendre en compte les recommandations du CICR. Cela n'a pas été le cas avec les autorités du Myanmar, et c'est la raison pour laquelle le CICR a décidé de s'exprimer publiquement. »

« Je demande instamment au gouvernement du Myanmar de mettre fin à toutes les violations du droit international humanitaire et à faire en sorte qu'elles ne se reproduisent pas, a conclu M. Kellenberger. Je voudrais aussi rappeler à tous les États parties aux Conventions de Genève l'obligation qui leur incombe, en vertu de l'article premier, de respecter et faire respecter les Conventions. »

Le CICR est prêt à tout mettre en œuvre pour poursuivre ses activités humanitaires en faveur des populations du Myanmar qui ont besoin d'aide, et ce, conformément au mandat reconnu sur le plan international tel que défini par les Conventions de Genève et les Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et selon les modalités habituelles de l’institution.

  Informations complémentaires :  

  Michèle Mercier / Thierry Ribaux, CICR Yangon, tél. : +95 980 20 529 ou + 951 662 613 ou +951 664 524  

  Carla Haddad, CICR Genève, tél. : +41 22 730 24 05 ou +41 79 217 32 26  

  • Voir les lignes directrices relatives aux démarches du CICR en cas de violations du droit international humanitaire