Guinée : amener l’eau potable dans les villages

07 janvier 2016
Guinée : amener l’eau potable dans les villages
Filaya (Dubréka), Guinée. L’eau jaillit du sol pendant l’opération de « soufflage » qui consiste à nettoyer le forage et à évacuer la boue. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

Le programme d'hydraulique rurale du CICR en Guinée vise à améliorer l'accès à l'eau des communautés jusque dans les campagnes les plus reculées. En 2015, la réalisation et la rénovation de forages dans 90 villages a facilité la vie quotidienne de 123 000 personnes.

L'eau coule à nouveau à Filaya

Filaya, dans le district de Dubréka, ne dispose que d'un seul point d'eau potable pour 1 300 habitants. Réalisé en 2001, il est en panne depuis plus de deux ans. Mbalya Camara, une femme du village, explique les difficultés qu'entraîne cette situation : « Comme nous n'avons pas de puits traditionnel, ce forage est notre unique point d'eau potable à proximité. Depuis qu'il est en panne, les jeunes filles du village vont de temps en temps puiser à la source, à une heure et demie de marche. Elles reviennent avec des bidons de 20 litres sur la tête. Pendant l'année scolaire, ça devient compliqué, alors on préfère aller puiser au marigot, plus proche, même s'il faut tout de même sept voyages au moins pour avoir une quantité d'eau suffisante pour une famille. Nous savons que l'eau du marigot n'est pas bonne pour la santé, mais il n'y a pas d'autre alternative. »

Des enfants du village regardent avec fascination le spectacle de l’eau qui jaillit du puit.

Filaya (Dubréka), Guinée. Des enfants du village regardent avec fascination le spectacle de l'eau qui jaillit du puit. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

Le CICR a entrepris de réhabiliter le forage de Filaya pour que les villageois puissent à nouveau bénéficier d'eau potable à proximité des habitations. Sur les lieux, les techniciens sont en plein travail : c'est le jour du soufflage, une opération qui consiste à nettoyer le forage et évacuer la boue. Autour, les enfants regardent fascinés le spectacle de l'eau qui jaillit du puits. Les notables du village sont là aussi : « Nous remercions le CICR pour la rénovation de ce forage, il est absolument essentiel pour les habitants de Filaya. Que Dieu vous bénisse, car lui seul peut vous payer en retour ! » se réjouit l'un d'entre eux.

Une jeune fille puise de l’eau dans un bidon au marigot. L'eau provenant du puits récemment remis en état est bien plus propre !

Dubréka (Filaya), Guinée. Une jeune fille puise de l'eau dans un bidon au marigot. L'eau provenant du puits récemment remis en état est bien plus propre ! CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

« Nous ne craignons plus la saison sèche »

Le CICR a aussi réhabilité les forages dans les villages de Toulel et de Dhodjori. Nènè Aissata habite à Toulel : « Pendant les 3 mois que dure la saison sèche, tous les cours d'eau se tarissent. Trouver de l'eau devient alors extrêmement compliqué, c'est une corvée de plus pour nous les femmes. Maintenant que le forage du village est réparé, nous ne craignons plus la saison sèche ! » s'exclame-t-elle gaiement.

Nènè Aissata se rince le visage avec l’eau du forage réhabilité par le CICR.

Toulel, Guinée. Nènè Aissata se rince le visage avec l'eau du forage réhabilité par le CICR. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

L'agent de santé du village est plus mesuré. Il a remarqué que plusieurs personnes se plaignent de démangeaisons sur le corps : « En saison sèche, le niveau d'eau baisse tellement que des flaques stagnantes infestées de microbes et de parasites se forment. Lorsque les personnes se lavent avec cette eau, elles peuvent développer des dermatoses. Le risque est encore plus grand pour les petits enfants qui peuvent avaler de l'eau pendant la baignade. Avec l'eau du forage disponible à nouveau, je vais sensibiliser les habitants du village à l'utiliser pour se laver et nettoyer les vêtements. Je veux leur expliquer que l'eau du forage est aussi indiquée pour l'hygiène du corps.»

« Nous avons besoin que notre forage fonctionne à nouveau »

A Dhodjori, les travaux sont presque finis, mais pour l'instant l'eau qui s'écoule du forage est encore trouble et contient un excès de fer. En attendant, un villageois montre le marigot où les habitants se ravitaillent en eau : « Nous puisons là-haut pour boire, et en contrebas nous faisons la lessive et la vaisselle. Vous comprenez pourquoi nous avons besoin que notre forage fonctionne à nouveau ! » À peine finit-il ces mots qu'une petite fille s'approche. Les pieds dans l'eau, elle plonge un gobelet dans le marigot et boit à grandes gorgées. «J'avais très soif !» dit-elle, inconsciente des risques pour la santé. Combien de fois par jour ce geste s'est-il reproduit à Dhodjori ?

Une jeune fille se désaltère au marigot, apparemment inconsciente du risque qu’elle prend.

Dhodjori, Guinée. Une jeune fille se désaltère au marigot, apparemment inconsciente du risque qu'elle prend. Quand le CICR aura terminé les travaux de remise en état du puits de son village, elle pourra boire une eau saine et propre. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

Rénover et pérenniser les ouvrages

À Tormelin, le CICR a réalisé 8 nouveaux forages et en a réhabilité 10 autres. Fatou Sylla est enceinte : « Dans mon état, je ne peux pas aller loin pour puiser l'eau dont ma famille a besoin. Heureusement, ce n'est plus un problème maintenant, j'ai de l'eau potable à seulement 30 mètres de ma maison. Vous ne savez pas à quel point cela me facilite les choses.»

Une femme enceinte puise de l’eau à un forage réhabilité par le CICR.

Tormelin, Guinée. Une femme enceinte puise de l'eau à un forage réhabilité par le CICR. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

Une autre mère de famille se réjouit : « Le forage près de ma maison était inutilisable pendant plus d'un an. Avec ces travaux, l'eau potable est accessible partout dans notre village. Aujourd'hui, même les petits enfants viennent puiser l'eau pour leurs bains. »

Un enfant du village de Madina Wounsan puise l’eau au forage réhabilité par le CICR.

Tormelin, Guinée. Un enfant du village de Madina Wounsan puise l'eau au forage réhabilité par le CICR. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

À Tanènè Marché, l'artisan réparateur s'applique à remplacer une pièce cassée du forage. Il est assisté par un ingénieur du CICR. Pour une bonne gestion des points d'eau, le CICR finance la formation d'artisans réparateurs dans chaque village pour lequel il réalise ou réhabilite un point d'eau. « Cela assure une certaine pérennisation des ouvrages d'eau. Les communautés sont responsabilisées par rapport à ces ouvrages et contribuent à leur maintenance. En gérant les petites pannes, ils se sentent plus impliqués. » explique Mouctar Barry, l'ingénieur du CICR.

L’artisan réparateur du village remplace une pièce du forage réhabilité par le CICR.

Tanènè Marché, Guinée. L'artisan réparateur du village remplace une pièce du forage réhabilité par le CICR. CC BY-NC-ND / CICR / Kadiatou Baldé.

Au cours de l'année 2015, le CICR a réalisé 20 nouveaux forages d'eau et en a réhabilité 85 autres en milieu rural. Plus de 123 000 personnes de 90 villages à travers la Guinée ont maintenant accès à une eau propre et saine grâce au programme d'hydraulique rurale.