Les règles de la guerre sont notre bouclier contre la barbarie

Discours du Président du CICR devant le Conseil des droits de l’homme

26 février 2018
Les règles de la guerre sont notre bouclier contre la barbarie
Sanaa. Un enfant se tient au milieu de bâtiments détruits dans son quartier. Yeyha Arhab/EPA for ICRC

En cette année du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, je rends hommage au travail accompli par le Conseil ainsi qu'au Haut-Commissaire, inlassable défenseur de la liberté, de l'égalité et de la dignité.

Les problèmes auxquels nous devons faire face aujourd'hui sont graves. Nous voyons régulièrement les résultats tragiques de violations généralisées du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire.

Partout, de trop nombreux civils sont la cible de combats, sont détenus dans des conditions inhumaines ou sont déplacés par la force – toujours au mépris des règles humanitaires.

Prévenir ces atrocités, y faire face et s'en relever sont autant de défis énormes. Les solutions sont complexes et multidimensionnelles, mais nous disposons déjà de nombreux outils. Il s'agit de les utiliser.

Aujourd'hui, j'appelle instamment tous les États membres à honorer leurs obligations – en tant que premiers responsables de la protection de leur population civile – et à redonner sa force au contrat fondamental de l'humanité : respecter et préserver la vie et la dignité.

Nous ne parviendrons pas vraiment à alléger les souffrances si d'importants efforts de prévention ne sont pas déployés pour réduire les besoins des populations, c'est évident. Le facteur décisif est le respect du droit international humanitaire, par lequel tous les pays du monde sont liés.

Le droit est l'axe de notre humanité commune, notre bouclier contre la barbarie. Il nous dicte que

• les civils ne sont pas des cibles ;
• viol, torture et exécutions ne doivent pas faire partie de la guerre ;
• les hôpitaux qui soignent les blessés et malades ne sont pas des cibles ;
• les personnes qui viennent en aide ne doivent pas être kidnappées ni tuées ;
• les civils ne doivent pas servir de boucliers humains ;
• l'utilisation d'armes illégales causant d'énormes souffrances est interdite.

 Si nous devons prêter la plus grande attention aux violations commises, nous devons également reconnaître les exemples positifs de respect du droit, et ils sont nombreux. Car le droit est en soi un outil efficace. Il peut influer sur les comportements et inciter les parties à exercer de la retenue. Il donne des orientations en cas de dilemme entre humanité et nécessité militaire, permettant ainsi aux armées de faire preuve de décence ordinaire, de conserver leur honneur.

Le droit offre une base, un langage commun qui permet aux parties aux conflits de s'asseoir à la table des négociations, de trouver un terrain d'entente ou un avantage mutuel

• par exemple, fixer des limites aux armes destructrices, tel le cas du traité sur les mines antipersonnel, puis des importants programmes de déminage qui ont sauvé des milliers de vies ;
• ou négocier des échanges de prisonniers, ou garantir un passage sûr aux civils qui fuient des villes assiégées.

Le droit encourage les traitements humains, permet de réduire la torture et de prévenir les cycles du ressentiment et la radicalisation.

Il vise à ce que chacun soit traité avec humanité, à ce qu'aucun groupe ni individu ne soit oublié. Il prévoit, par exemple, que des combattants étrangers ne doivent pas « disparaître » ni être cachés aux yeux du monde.

Il permet au CICR de retrouver la trace de personnes disparues, de réunir des familles et d'œuvrer face à la tragédie de sociétés déchirées par la guerre.

Non seulement le droit international humanitaire agit, mais son respect a des effets positifs qui se propagent. Lorsque les principes de proportionnalité et de distinction sont appliqués, des vies sont sauvées, hôpitaux et écoles restent ouverts, l'approvisionnement en eau et en électricité continue et les marchés restent actifs – autant de facteurs qui contribuent à la stabilité lorsque les armes se sont tues.

Le CICR entend créer un environnement où la vie et la dignité soient respectées grâce à la protection et au maintien de l'espace humanitaire. À cette fin, il utilise le droit et dialogue avec tous les acteurs influents, chacun ayant un rôle à jouer pour faire respecter le droit.

De nos jours, si les belligérants peuvent gagner des batailles, les guerres sont rarement « gagnées ». Elles se prolongent de plus en plus, parfois pendant des décennies, laissant en ruines les villes et la vie de leurs habitants.

Le droit international humanitaire est un outil extrêmement utile, et qui peut s'avérer puissant, dans les opérations d'une armée. Les conflits ne cessant de se prolonger, il devient vitalement important d'atténuer les dommages, de mettre fin aux batailles de la vengeance, de la radicalisation, de réduire la souffrance des populations civiles. Le droit nous permet de gagner la paix et de poser les bases de l'acceptation communautaire. Le choix est politique et il est aussi le vôtre, Mesdames et Messieurs les représentants d'Etats : vous pouvez vous enliser dans les cercles vicieux de la violence déchainée et sans limites ou vous pouvez choisir la vertue du droit.

Je demande instamment aux États membres, individuellement et collectivement, de poursuivre leur dialogue constructif avec le CICR et de redoubler d'efforts pour respecter leurs engagements.

Je ne sais que trop bien à quel point il est épineux d'interpréter le droit dans les circonstances complexes de notre époque. Mais, alors que nous sommes confrontés à une méfiance, une impunité et une polarisation croissantes, le droit nous offre une voie concrète vers un avenir moins sombre.