Des familles déplacées sur le site de Wadicharaf.

Mali : "on ne pouvait plus rester à Tamkoutat".

Je* suis spécialement venu de Bamako avec mes matériels de reportage pour rencontrer ces hommes, femmes et enfants qui sont en première ligne des effets directs du conflit dans le Nord du Mali. J'accompagne une équipe d'assistance du CICR au profit de centaines de personnes qui ont quitté leur village de Tamkoutat pour celui de Wadicharaf, une localité à la périphérie de la ville de Gao. C'est parti !
Article 27 février 2020 Mali

En sortant de la ville de Gao, nous rencontrons un check-point des Forces armées maliennes. Au-delà de cette barrière, notre convoi se lance dans un immense paysage jaune envahi par le sable du Sahara et parsemé de quelques arbustes épineux. Dans son accélération, le chauffeur en tête du convoi esquive les obstacles.

Il est dangereux de rouler doucement dans ces zones. On ne sait pas qui est qui !

Derrière nous, la trainée de poussière est impressionnante. Au bout de quelques kilomètres de course, nous débouchons sur la localité de Wadicharaf où se trouve le site des personnes déplacées.

Il est 10h, le soleil brille déjà très fort. Pas de temps à perdre, les collègues font descendre les articles pour les disposer en tas sous les yeux attentifs des bénéficiaires.

Déchargement des articles.
Déchargement des articles. Sidi B. Diarra / CICR.

Plus loin, plusieurs tentes sont installées çà et là sur une vaste étendue. Difficile d'imaginer que ce sont plusieurs centaines de familles qui habitent sous ces abris de fortune. Ces personnes arrivent de la localité de Tamkoutat, à 160 Km de Gao. Là-bas, elles vivaient essentiellement de l'élevage de bétails et de petits commerces.

La veille du marché hebdomadaire, des hommes armés à moto se sont introduits dans le village, ont incendié notre marché et notre centre de santé. Ils ont aussi tué quatre personnes et pillé plusieurs boutiques. Ils nous ont donné un ultimatum pour quitter le village », m'explique une des personnes déplacées....

En attendant la fin du déchargement
En attendant la fin du déchargement Sidi B. Diarra / CICR.

« Quelques jours plus tard, ils sont nuitamment revenus et ont tiré des balles. C'était le désordre ! Dans la panique, certains ont même oublié de prendre leurs enfants. Les gens se sont dispersés, d'autres ont fui très loin. Il y avait parmi nous des femmes enceintes qui étaient très épuisées » ajoute-t-elle en soupirant. 

Des enfants dont les parents ont fui Tamkoutat.
Des enfants dont les parents ont fui Tamkoutat. Sidi B. Diarra / CICR.

Comme d'autres habitants de Tamkoutat qui fuyaient, Tidwel a longtemps marché pendant la nuit. Avec ses 2 enfants, sa mère et sa tante, elle a bravé le froid des nuits au Sahel ainsi que les vents forts. Remarquant certainement mon questionnement intérieur en voyant la rondeur de son ventre, soudainement elle me lance : « je suis enceinte de 7 mois. », sans détourner son regard vers les centaines de lots en face. C'est son tour d'être servie.

Tidwel, femme déplacée et enceinte.
Tidwel, femme déplacée et enceinte. Sidi B. Diarra / CICR.

Il est 13h, une ambiance bruyante règne autour de la place de la distribution. Les noms des chef.fe.s de famille retentissent. Tour à tour, ils viennent récupérer leurs lots d'assistance.

La distribution se poursuit.
La distribution se poursuit. Sidi B. Diarra / CICR.

Attoma vient de recevoir sa part, il traine derrière lui un grand sac en direction de sa tente. Qu'est-ce qu'il y a dans ce sac ? ai-je demandé. « Suis-moi, on va découvrir ensemble » me dit-il avec un grand sourire. Je le suis donc sous un des nombreux abris en bois recouverts de pailles et de tissus. Devant son épouse et ses 5 enfants, il commence à ouvrir les paquets. Des ustensiles de cuisine, des bâches, des nattes, des moustiquaires, des couvertures, des pagnes pour les femmes, etc.

Maintenant nous pouvons mieux nous protéger contre le froid, dormir sans craindre les piqûres de moustiques qui transmettent le paludisme. Mon épouse a de nouveaux ustensiles pour cuisiner car les anciens sont restés au village » me dit Attoma au sujet de l'utilité de ces articles distribués pour sa famille.

Attoma et sa famille.
Attoma et sa famille. Sidi B. Diarra / CICR.

L'accès à l'eau potable est très difficile dans cette zone aride. Les citernes viennent souvent de Gao pour ravitailler en eau. Pour avoir accès aux soins de santé, il faut forcement se déplacer et se rendre à l'hôpital régional de Gao soutenu par le CICR.

16h passées. Alors que la première journée de distribution tire vers sa fin, le site de personnes déplacées de Wadicharaf enregistre encore de nouveaux arrivants.

Entretien avec les personnes déplacées sur la mission du CICR.
Entretien avec les personnes déplacées sur la mission du CICR. Sidi B. Diarra / CICR.

Les personnes déplacées sur le site de Wadicharaf semblent convaincues qu'elles ne sont pas encore au bout de leurs peines. La situation humanitaire est préoccupante dans la région. Les violences contraignent des milliers de personnes à fuir leurs foyers en quête de sécurité dans les localités plus ou moins proches. Cependant, j'étais étonné de constater des sourires sur certains visages, la manifestation d'une incroyable résilience.

Les femmes constituent un nombre important de ces personnes vulnérables
Les femmes constituent un nombre important de ces personnes vulnérables Sidi B. Diarra / CICR.
*Sidi Boubacar Diarra est producteur audiovisuel à la délégation du CICR à Bamako.

Se mettre à l'abri ✅ était le seul objectif de près de 5'000 personnes en quittant leur village dans la région de Gao. Dans le Nord du Mali, l'augmentation considérable de la violence armée contraint de plus en plus de civils à fuir.