Mali : sur le front des soins de santé

16 février 2018
Mali : sur le front des soins de santé
Entrée de l’hôpital régional de Gao, que le CICR soutient depuis avril 2012. CC BY-NC-ND / CICR / Sidi B. Diarra

Comme d'autres établissements de santé au Mali, l'hôpital régional de Gao avait complètement cessé de fonctionner lorsque divers groupes armés avaient pris le contrôle du nord du pays en 2012. Avec la participation et le soutien du CICR, il avait rapidement réussi à rouvrir ses portes pour fournir des services vitaux. Maintenant, alors que la crise malienne empire et que les besoins de la population augmentent, l'hôpital est une fois encore mis à rude épreuve.

« Nombre des problèmes que le conflit cause dans notre pays peuvent être constatés ici même », déplore Amadou Maiga, directeur de l'hôpital régional de Gao soutenu par le CICR, qui est le principal établissement médical du nord du Mali. « En fait, cet hôpital est en quelque sorte un microcosme de ce qui se passe à l'extérieur. »

Le médecin nous désigne une salle post-opératoire où patients blessés et victimes d'accidents graves sont en train de se remettre. Il précise que le nombre de blessés est très variable, mais que le personnel de l'hôpital doit être « constamment prêt au pire ». Il cite à cet égard l'exemple de l'attaque suicide contre le camp militaire du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) à Gao en janvier 2017, qui avait fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. « L'hôpital a été complètement débordé en l'espace d'une demi-heure, se rappelle-t-il. Cela a été extrêmement difficile.

Les plaies psychologiques sont parfois bien pires que les plaies physiques.

L'un des patients est un jeune homme de 24 ans grièvement blessé par une grenade artisanale trouvée alors qu'il marchait avec deux amis près de l'aéroport de Gao quelques semaines plus tôt. Ses deux amis ont été tués par l'explosion. Une jambe maintenue par des plaques et des vis en métal, non seulement le jeune homme souffre tout le temps physiquement mais il est aussi traumatisé.

« Les plaies psychologiques sont parfois bien pires que les plaies physiques, et mettent beaucoup plus de temps à se refermer », explique le médecin.

 

À l'hôpital régional de Gao, une équipe chirurgicale sous la conduite du CICR opère un homme blessé par un engin explosif. CC BY-NC-ND / CICR / Sidi B. Diarra

Claudine Amanimana, déléguée du CICR spécialisée en santé mentale qui est attachée à l'hôpital, est du même avis. « Les problèmes de santé mentale en général sont encore souvent mal compris et négligés, surtout ici, dans le nord, dit-elle. Certains sujets sont considérés comme tabous, en particulier lorsqu'il s'agit de violences sexuelles. Mais nous faisons un énorme travail pour que cela change. »

Une victime de viol âgée de 14 ans figure parmi les nombreux patients qui viennent régulièrement à la consultation psychologique de l'hôpital, tenue par une équipe de santé mentale et de soutien psychosocial du CICR. L'adolescente, accompagnée de sa mère, raconte la douloureuse épreuve qu'elle a subie de la part de deux hommes de son quartier. Lorsque les membres de sa communauté ont découvert ce qui s'était passé, ils l'ont stigmatisée et ostracisée, selon sa mère, et elle a commencé à manifester des symptômes de traumatisme et de dépression.

Deux mois après la première consultation, son état montre des signes d'amélioration, nous explique Claudine, et l'adolescente est retournée à l'école. « Malheureusement, ce cas n'a rien d'inhabituel, il y a en a beaucoup d'autres », ajoute-t-elle.

Non seulement le programme de santé mentale et de soutien psychosocial permet de traiter directement les patients, mais il assure aussi la sensibilisation et la formation du personnel de santé mentale et des volontaires afin de renforcer les capacités locales. « Les besoins sont grands et vont plutôt aller en augmentant », précise encore Claudine.

Dans une autre aile de l'hôpital, le Dr Maiga nous indique le service d'obstétrique et de gynécologie, qui, dit-il, peut lui aussi être « extraordinairement chargé ». Dans une pièce, une sage-femme et plusieurs assistantes se pressent autour d'une jeune femme qui est en travail depuis plusieurs heures et s'affaiblit de plus en plus. « Elle a une tension élevée, mais c'est trop tard pour une césarienne », explique la sage-femme. « D'habitude, seuls les cas les plus difficiles viennent ici, parce que les femmes accouchent généralement dans leur communauté. Mais souvent elles attendent trop longtemps pour venir. Elles peuvent aussi avoir un très long trajet à faire. Parfois, il est trop tard. »

Au Mali, le taux de mortalité des moins de 5 ans est particulièrement élevé : 123 décès pour 1 000 naissances vivantes, selon l'Organisation mondiale de la Santé. Pour les enfants qui parviennent à l'âge adulte, l'espérance de vie n'est que de 57 ans. Maladies diarrhéiques, infections respiratoires, paludisme et malnutrition figurent parmi les principales causes de décès. Et ces problèmes risquent d'empirer encore.

Consultation de suivi avec la victime d'un accident de la route à Ménaka, à plus de 300 km de l'hôpital. CC BY-NC-ND / CICR / Sidi B. Diarra

« Une situation humanitaire déjà très dure dans les régions nord du pays est maintenant devenue critique, une des pires que le CICR ait connues depuis qu'il a commencé à y mener des opérations il y a plus de 20 ans – et la situation s'aggrave constamment aussi dans les régions centrales », déplore Jean-Nicolas Marti, le chef de la délégation du CICR au Mali, qui ajoute : « Insécurité croissante, criminalité généralisée et absence de l'État dans de nombreuses régions sont autant de facteurs qui rendent souvent l'accès à des services vitaux extrêmement difficile. »

Une des principales priorités du CICR à l'hôpital de Gao est maintenant d'assurer des soins appropriés aux blessés et à d'autres patients particulièrement vulnérables. La rénovation des services d'urgence et de réanimation, y compris de la salle d'opération, est en cours. À terme, le soutien du CICR vise à développer la capacité de l'hôpital, et de contribuer à assurer son autonomie et sa viabilité sur la durée. Mais, comme le reconnaît Jean-Nicolas Marti, « dans un monde idéal on n'aurait pas besoin du CICR, mais en réalité je crois que nous aurons du travail ici pendant encore pas mal de temps ».