Rakhine : un dispensaire où tout le monde est le bienvenu

17 juillet 2017
Rakhine : un dispensaire où tout le monde est le bienvenu
Le dispensaire de Sin Tet Maw dans l’État de Rakhine (Myanmar). CC BY-NC-ND / CICR / Minzayar Oo

Au cœur d’un village situé dans le centre de l’État de Rakhine, au Myanmar, un dispensaire fait figure de modèle de coexistence pacifique pour le reste de l’État en accueillant des patients aussi bien rakhines que musulmans. 

Dès le lundi matin, des rires de femmes résonnent dans l’enceinte du dispensaire de Sin Tet Maw. Toutes sont assises sur des bancs disposés le long des murs. Certaines se penchent vers l’arrière pour se soulager du poids de leurs ventres arrondis, d’autres vers l’avant pour veiller sur leurs bébés endormis sur leurs genoux. Elles sont rakhines ou musulmanes.

Bien que des violences aient éclaté en 2012, divisant profondément les deux communautés, ces femmes attendent ensemble d’être auscultées, dans la convivialité.

« Tout le monde est le bienvenu ici », explique San Mya Yee, infirmière visiteuse et sage-femme en chef. « Tous reçoivent le même traitement. Nous les soignons bien. »

Élégamment vêtue d’une longue jupe bleue et d’une blouse blanche immaculée, San Mya Yee est à la tête d’un établissement de santé où les membres de toutes les communautés peuvent se faire soigner. Originaire de Sittwe, la capitale de l’État de Rakhine, elle occupe son poste à Sin Tet Maw depuis maintenant dix ans. Manifestement à l’aise, elle va à la rencontre de ses patients avec le sourire, toujours prête à plaisanter avec eux. Tout le monde se sent bien accueilli et en sécurité grâce à son attitude chaleureuse et maternelle. Le dispensaire fournit non seulement des soins spécialisés aux mères et à leurs enfants, mais aussi des soins de santé primaire pour toute la communauté.

San Mya Yee, la sage-femme en chef. CC BY-NC-ND / CICR / Minzayar Oo

Un homme de 40 ans, Nar Wa Eishar, entre au dispensaire avec sa fille adolescente, Taw Mi Nar Khar Thu. Celle-ci est faible et ne s’alimente plus. San Mya Yee les accueille avec un sourire rassurant et accompagne la jeune fille dans la salle d’examen. Nar Wa Eishar raconte qu’il amène régulièrement sa famille ici. « Ils s’occupent bien de tout le monde. Quand j’apprends qu’une autre personne musulmane est malade, je lui dis de venir chercher de l’aide ici. »

Ma Bu Chay, 28 ans, a elle aussi pleinement confiance dans l’établissement : après avoir eu ses trois premiers enfants chez elle, elle a décidé d’accoucher du quatrième au dispensaire. « Quand je suis arrivée, j’ai rencontré la sage-femme en chef et vu tout l’équipement à disposition. C’est alors que j’ai su que c’était un endroit sûr pour avoir mon bébé », explique-t-elle en enlaçant sa fille, maintenant âgée de sept mois.

Des femmes et leurs enfants au dispensaire de Sin Tet Maw. CC BY-NC-ND / CICR / Minzayar Oo

Et que pense-t-elle du fait de partager le dispensaire avec des femmes musulmanes, ce qui ne serait pas possible actuellement dans certaines zones de l’État de Rakhine ? « Ça ne me pose aucun problème », répond-elle. « Nous attendons ensemble. Elles accouchent aussi ici. Ça me convient. »

« Aujourd’hui, dans l’État de Rakhine, il nous faut trouver des façons d’encourager le rapprochement des communautés. Le dispensaire est un lieu d’interaction naturel entre ces deux communautés, qui ne se sont pas encore remises du conflit », déclare Haezin Nay Lin, agente de santé locale employée par le CICR.

En 2016, le CICR a conclu un partenariat d’une durée de deux ans avec le ministère de la Santé et des Sports de l’État de Rakhine afin de soutenir les soins de santé maternelle à Pauktaw et dans cinq autres villes. L’institution appuie les établissements médicaux existants dans le but de poser les bases d’un système de santé accessible et qui fonctionne bien.

Au dispensaire de Sin Tet Maw, la tâche était relativement aisée. Il a fallu par exemple réparer une table d’accouchement ou un filtre à eau, fournir des kits d’accouchement stériles ou installer des lampes solaires pour que les équipes puissent pratiquer des accouchements pendant la nuit en toute sécurité.

CC BY-NC-ND / CICR / Minzayar Oo

Le personnel du dispensaire a aussi reçu des formations en obstétrique et santé maternelle. Des cours similaires ont été organisés dans le district de Maungdaw, dans le nord de l’État de Rakhine, avant la récente flambée de violence. « Nous sommes prêts à maintenir notre soutien à toutes les communautés des régions du nord de l’État », affirme Haezin Nay Lin.

Quant à San Mya Yee, elle dit déjà voir les effets positifs de l’aide apportée par le CICR. « Depuis cette année, nous bénéficions d’une nouvelle salle d’accouchement et de matériel médical neuf. Nos services ont gagné en notoriété et nous recevons davantage de patients. » Elle jette un coup d’œil aux femmes qui bavardent tout en jouant avec leurs bébés, puis sourit. « Je pense que l’année prochaine, quand des améliorations supplémentaires auront été apportées, encore plus de gens viendront. »

Informations complémentaires

En 2015, le taux de mortalité maternelle au Myanmar était estimé à 178/100 000 femmes. Malgré d’importants progrès réalisés ces 15 dernières années, ce taux est le deuxième plus élevé parmi les pays d’Asie du Sud-Est. Le taux de mortalité infantile, lui, est de 40/1 000 naissances, ce qui le situe également parmi les plus élevés de la région.

Le ministère de la Santé de l’État de Rakhine travaille en partenariat avec le CICR dans le cadre d’un projet sur deux ans (2016-2017) visant à améliorer la santé maternelle et infantile dans six villes de l’État, dont Pauktaw. Ce projet a pour buts principaux d’assurer un suivi régulier au cours de la grossesse, de permettre des accouchements sans risque, de prodiguer des soins postnatals et de vacciner les bébés pendant leur première année.

Également dans le cadre du partenariat, des dispensaires ruraux comme celui de Sin Tet Maw recevront les équipements dont ils ont besoin. Des césariennes étant nécessaires dans environ un accouchement sur dix, le CICR apportera son soutien aux hôpitaux de Pauktaw pour qu’ils puissent en pratiquer en toute sécurité.

C’est dans cette même ville qu’au cours de l’année 2017, le ministère de la Santé et des Sports et le CICR donneront des cours de remise à niveau dans le domaine de la santé maternelle et infantile à près de 200 aide-soignants, sages-femmes, médecins et accoucheuses traditionnelles.