Moi aussi, j'ai été un réfugié. Voici mon histoire

13 octobre 2016

« Dans cette salle d'exposition du Musée international de la Croix-Rouge, j'ai tout à coup senti mes jambes flancher. Mais revenons un peu en arrière : lorsque le CICR m'avait invité à participer à Genève à une table ronde sur les stratégies numériques, je m'étais senti honoré. La réunion rassemblerait des cadres supérieurs du monde entier, et je serais de loin le plus jeune participant. Je présenterais un exposé en tant que représentant de la Haute École de Lucerne et de la Tuck School of Business, et j'étais impatient d'échanger avec des professionnels que je tenais en haute estime.


Mais au musée, à cet instant particulier, je suis redevenu un petit garçon. Ni mes hôtes, ni mes collègues ne savaient que j'avais moi-même vécu des horreurs semblables à celles décrites par l'exposition.

Ils ne savaient pas que j'avais été, moi aussi, un réfugié.

L'atmosphère était empreinte de gravité dans la pièce où mes collègues examinaient en silence divers objets fabriqués en période de conflit. Une femme a remarqué les larmes qui me montaient aux yeux alors que je fixais la figurine d'un homme. Ce vestige de la guerre provenait de Kozarac, ma ville natale. J'ai trouvé le livre d'or et écrit en grandes lettres, en bosniaque « Merci. Admir T, 1992-1995 ».

Personne n'a envie de raconter ses histoires de guerre. Nous voulons tous mener une vie normale. D'une certaine manière, nous croyons qu'en taisant notre passé, nous nous intégrerons plus facilement. Mais je sais que mon histoire mérite d'être racontée – si ce n'est pour moi, alors pour ma sœur et surtout pour ma mère. C'est grâce à elle que non seulement j'ai survécu, mais que je me suis épanoui depuis la guerre. C'est grâce à elle que je me suis retrouvé assis à la même table que les cadres du Comité international de la Croix-Rouge, l'organisation qui a contribué à nous sauver. Cette histoire, c'est à ma mère que je la dédie. » 

 

Les opinions exprimées ici sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du CICR.