Somalie : le droit traditionnel au service du dialogue avec les groupes armés

10 novembre 2014
Somalie : le droit traditionnel au service du dialogue avec les groupes armés
Milicien à Marere, Somalie. CC BY-NC-ND/ICRC/Till Mayer/so-d-00038

Les principales sources du droit international humanitaire (DIH) sont le droit international conventionnel et le droit international coutumier, mais le droit interne traditionnel peut également jouer un rôle dans la protection des victimes de conflits armés. La base de données du CICR sur le DIH coutumier a récemment été alimentée par des exemples de pratiques de cinq pays supplémentaires – le Danemark, Djibouti, la Pologne, le Tadjikistan et la Somalie. Omar Odeh, chef adjoint de la délégation du CICR en Somalie, explique l'importance du droit traditionnel.

À quoi sert le droit traditionnel en Somalie ?

En Somalie, les comportements traditionnels en temps de guerre sont énoncés dans un recueil de pratiques, le Biri-ma-geydo, qui régit les conflits. Le Biri-ma-geydo est un mélange de règles traditionnelles et de règles de la charia : il puise dans ces deux ensembles. À certains égards, il existe des parallèles entre le DIH et le Biri-ma-geydo. Celui-ci fixe des règles, notamment en matière de protection des personnes ne participant pas aux combats, en particulier les enfants, les femmes et les anciens. Ce qui est intéressant, c'est que la protection qu'il accorde dépend non seulement de la vulnérabilité de ces personnes, mais aussi – comme c'est le cas pour les anciens – de leur rôle dans la société somalienne. Les anciens font souvent office de médiateurs dans la résolution de conflits et de messagers entre clans.

Comment le CICR s'appuie-t-il sur le droit traditionnel ?

Nous diffusons le droit traditionnel à travers des spots radiophoniques, qui consistent en des situations fictives illustrant les principes du Biri-ma-geydo, par exemple les comportements traditionnels en temps de guerre, les groupes épargnés, le traitement des prisonniers de guerre et le respect de la propriété privée. Les stations de radio locales sont un moyen de communication très important en Somalie. Par ailleurs, la recherche de points communs entre le Biri-ma-geydo et le DIH ouvre un grand nombre de perspectives. Ces systèmes sont complémentaires et procèdent de la même volonté de maintenir un certain niveau d'humanité, même au plus fort d'un conflit. C'est une notion importante pour les divers acteurs armés en Somalie.

Dans notre souci de promotion du DIH et de diffusion de ses points communs avec certaines règles de la charia, nous venons de donner des bibliothèques entières sur le DIH aux facultés de droit de l'Université de Burao, dans le Somaliland, et de l'Université d'État du Puntland, à Garowe. Souvent, nous choisissons des ouvrages et nous organisons des séances de questions-réponses et de discussion.

Plus généralement, quelles sont les principales activités de protection du CICR en Somalie ?

Actuellement, ce sont les visites dans les lieux de détention et le maintien des liens familiaux. Cela fait deux ans que nous nous rendons dans les lieux de détention en Somalie, et le programme continue de se développer. Pour vous donner une idée, depuis le début de l'année, nous avons visité plus de 4 500 détenus dans 24 établissements. L'objectif de nos visites est de veiller à ce que les détenus reçoivent un traitement humain. Nous soulevons tout sujet de préoccupation avec les autorités somaliennes et collaborons avec elles pour améliorer les conditions de détention. Dans certaines situations, nous fournissons nous-mêmes une assistance en distribuant des articles essentiels ou en mettant en œuvre des petits projets de remise en état. Nos délégués visitent les installations, s'entretiennent sans témoin avec les détenus et formulent des recommandations confidentielles à l'intention des autorités. Notre ambition est de visiter les détenus de toutes les parties au conflit.

Malgré ces efforts, les médias font très souvent état de violations du DIH

Il est en effet long et difficile de mesurer les fruits de ces efforts. Nous sommes néanmoins convaincus qu'il est important de créer un environnement propice au respect des civils et des personnes qui ne participent pas ou plus aux hostilités. Dans ce sens, le droit traditionnel associé au DIH nous aide à atteindre notre objectif consistant à assurer la protection des personnes touchées par le conflit en Somalie.

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