Un médecin répond aux questions posées sur Facebook, au sujet des maladies causées par les bombes atomiques

05 août 2015

Rencontre avec le docteur Masao Tomonaga, directeur honoraire de l'hôpital de la Croix-Rouge japonaise à Nagasaki. Il a soigné les survivants de la bombe atomique. Le docteur Tomonaga a traité les patients atteints de leucémie, et s'interroge sur le lien entre l'irradiation atomique et l'incidence de la leucémie et du cancer chez les survivants. Il répond aux questions de nos fans sur Facebook.

De quelles maladies souffrent les survivants de la bombe atomique ?

Les survivants souffrent principalement de leucémie, de cancer et de maladies cardio-vasculaires dus à l'irradiation. Mais l'explosion a aussi provoqué des fractures complexes et de graves brûlures qui ont laissé des cicatrices chéloïdiennes. Certains survivants sont devenus aveugles des suites de la cataracte parce qu'ils ont vu la boule de feu en face, tandis que d'autres ont subi des lésions auditives parce que leur tympan a été perforé.

Les survivants sont atteints de divers symptômes dénommés par l'appellation générique de « syndrome d'irradiation aigue », mais l'irradiation induit aussi des effets tardifs (leucémie et cancers, par exemple). Il faut prendre en considération à la fois le syndrome d'irradiation aigue et les effets tardifs.

Et il y a aussi l'impact psychologique. Ces survivants ont échappé de justesse à la mort. Dans nombre de cas, leurs parents, leurs frères et leurs sœurs, et leurs proches ont été tués. Cet événement si tragique a pu engendrer une attitude négative chez les survivants et ils s'imaginent qu'eux-aussi mourront d'irradiation, comme leurs proches. De tels phénomènes psychologiques sont fréquents chez les survivants.

Selon les psychiatres américains, les survivants atomisés répondent à l'identité dite hibakusha. Ils ont frôlé la mort ces 70 dernières années et ont donc du mal à briser ce qu'on pourrait appeler la « malédiction psychologique ».

De nombreux survivants souffrent toujours de dépression ou de dysphorie, Connu depuis plus de 20 ans, ce phénomène est très fréquent chez les personnes qui ont été exposées à des rayonnements à courte distance. Et pourtant, les survivants ont réussi à se maintenir en vie. Certains se sont mariés, certains ont eu des enfants, et ce, malgré cette identité indésirable de hibakusha.

Il est important de comprendre que les survivants souffrent à la fois physiquement et psychologiquement.

Peut-on prouver que les survivants de la bombe atomique transmettent leurs problèmes de santé aux jeunes générations ?

Nous ne savons pas si les bombes atomiques ont un effet sur la deuxième génération, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait aucun effet. Nous devrons continuer à observer la deuxième génération encore une quinzaine ou vingtaine d'années, jusqu'à ce qu'ils aient 60 ou 70 ans, l'âge auquel l'incidence du cancer est la plus fréquente.

La recherche médicale a montré qu'un Japonais sur deux est diagnostiqué avec un cancer plus d'une fois dans sa vie. Sur la base de ces éléments, la deuxième génération de survivants contractera un cancer à un moment ou à un autre de sa vie. Il nous faut poursuivre les recherches encore une vingtaine d'années pour savoir si l'incidence du cancer est plus élevée chez les survivants de la deuxième génération que dans l'ensemble de la population. Ce processus est long.

Parallèlement, la deuxième génération a sollicité le soutien du gouvernement japonais, mais de l'avis du gouvernement, il est difficile de justifier une telle assistance, faute de preuve médicale attestant que la survenue d'un cancer est imputable à l'irradiation des parents.

Mais que se passerait-il si c'était prouvé, et si le gouvernement acceptait de venir en aide à la deuxième génération ? Cela serait, bien sûr, mieux que rien. Mais je crois que cela serait trop tard, ils auront 50 ou 60 ans, et auront vécu plus de 40 ans avec la crainte d'être un jour diagnostiqué avec un cancer. C'est aujourd'hui, selon moi, que le gouvernement devrait commencer à venir en aide à la deuxième génération parce que le risque de cancer n'est pas négligeable.

En quoi les jeunes qui ne vivent pas au Japon peuvent-ils aider les survivants ?

Je souhaite que la jeune génération se fasse sa propre idée de la guerre et de la paix. Je voudrais qu'elle tire les leçons de Hiroshima et de Nagasaki et découvre le Mouvement. Il y a pléthore de publications sur la question, et j'encourage vraiment les jeunes à se faire leur propre opinion.

Les jeunes à l'étranger peuvent soutenir indirectement les survivants de la bombe atomique en unissant leurs forces pour lancer un appel en faveur de l'élimination des armes nucléaires. Les survivants comprennent bien que cela ne changera pas leur sort. Alors, pourquoi demandent-ils si désespérément que l'emploi des armes nucléaires soit à tout jamais banni ? Parce qu'ils ne veulent pas que les générations futures endurent ce qu'eux ont enduré.

La bombe atomique a été mise au point par les meilleurs scientifiques de l'époque. Einstein fut l'un d'entre eux, mais lorsqu'il réalisa quels pourraient être les effets d'une seule bombe, il en conclut qu'il ne faut pas l'utiliser.

Je crois que nous, êtres humains, nous avons l'obligation d'éliminer ce que nous avons créé. Pour atteindre cet objectif, les jeunes du monde entier doivent travailler main dans la main, adopter une position et un programme communs. Je crains que, si nous ne faisons pas ces efforts, les armes nucléaires risquent d'être de nouveau utilisées. Imaginez donc ce qui se passerait si toutes les armes nucléaires explosaient simultanément. Ensemble, elles sont assez puissantes pour détruire trois ou quatre fois la planète.

Je voudrais que les jeunes comprennent qu'ils ont le devoir de créer un avenir exempt d'armes nucléaires. Les jeunes, en tant que citoyens du monde, doivent faire écho à l'appel des survivants. C'est cet espoir que nourrissent les survivants des bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki.