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Amérique latine et Caraïbes : quand accéder aux services de santé devient risqué

Personal de la Cruz Roja Haitiana traslada a una persona herida en camilla hacia una ambulancia. Varios socorristas participan en la evacuación y atención de emergencia durante el traslado del paciente.
Un blessé est évacué par hélicoptère médicalisé en Haïti. Le CICR collabore avec le personnel de santé et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge pour faciliter l’accès de la population aux soins de santé et aux services d’urgence.
Croix-Rouge haïtienne

Dans des contextes marqués par la violence armée, les professionnels de santé peuvent être harcelés ou agressés physiquement ou verbalement. Les ambulances sont confrontées à des risques plus importants pour transporter les patients en toute sécurité. L’infrastructure sanitaire peut être endommagée lors des affrontements, et son fonctionnement est souvent interrompu. Les patients, quant à eux, n’arrivent pas à accéder aux soins de santé, que ce soit par peur, pour des raisons de sécurité, de difficultés d’accès aux établissements de santé ou simplement à cause de la fermeture des services.

Ces problématiques sont de plus en plus fréquentes dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, comme l’ont constaté le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Mouvement international de la Croix-Rouge dans diverses communautés directement touchées. 

« On assiste un peu partout à des actes de violence contre le système de santé, mais la Colombie, le Mexique, Haïti et l’Équateur comptent parmi les pays où l’on enregistre le plus d’incidents graves liés à la violence armée. Lorsque le personnel et le système sanitaires sont menacés, les communautés en sont directement affectées. Il est crucial de protéger leur bon fonctionnement pour garantir l’accès de la population aux services de santé », explique Gabriel Mayorga, conseiller régional du CICR en matière de protection et de respect des soins de santé.

Loin d’être des faits isolés, ces événements reflètent un schéma inquiétant de violence qui touche la prestation de services de santé dans les contextes de conflit armé et d’autres situations de violence dans la région. Dans le contexte colombien, selon les données de la Mesa Nacional de Misión Médica*, en 2025, on a enregistré un total de 282 actes violents contre les soins de santé en lien avec les conflits armés non internationaux, actes qui constituent des violations du droit international humanitaire.

Parmi ces actes ressortent notamment les menaces et les homicides contre le personnel sanitaire et les personnes blessées qui ne participent plus aux hostilités, dans des ambulances comme dans des établissements de santé.

Primer plano de un distintivo de Misión Médica colocado sobre el uniforme de una persona. El pin contiene un mensaje sobre la protección del personal y los servicios de salud, junto al emblema de Misión Médica.
CICR
CICR

* Groupe technique dirigé par le ministère de la Santé colombien, qui documente les actes de violence à l’encontre des soins de santé dans les contextes de conflit armé et d’autres situations de violence en Colombie. Il est composé du ministère de la Santé, la défenseure du peuple, l’Organisation panaméricaine de la santé, la Croix-Rouge colombienne et le Comité international de la Croix-Rouge.

De même, on a constaté des restrictions de déplacement pour les communautés se trouvant dans les zones plus touchées par les conflits armés, ce qui limite l’accès aux services de santé en temps voulu, avec des conséquences parfois mortelles pour les patients.

« Je me souviens du cas d’une mère, membre d’une communauté autochtone, qui est morte avec son bébé suite à des complications lors de l’accouchement parce qu’elle n’avait pas pu accéder au centre de santé le plus proche à cause de restrictions de déplacement dues aux dynamiques des conflits armés », raconte une collaboratrice de l’Unité santé du CICR en Colombie.

Dans ce type de situation, le CICR entretient un dialogue bilatéral et confidentiel avec toutes les parties au conflit pour leur rappeler leur obligation de respecter et protéger l’accès aux soins de santé en vertu du droit international humanitaire.

La violence a aussi des répercussions sur les services de santé dans les pays qui ne sont pas en proie à un conflit armé. Au Mexique, le CICR a documenté plus de 180 incidents graves qui ont touché les services de santé et la prise en charge des patients entre 2024 et 2025, sur la base de sources d’information primaires et de sources ouvertes. Cela inclut notamment des agressions et des homicides contre des professionnels de santé, des patients et des proches, ainsi que des incursions armées dans des structures de santé ou encore des vols de données et d’intrants. 

Au-delà des chiffres, ces incidents ont un impact considérable sur la vie des prestataires de soins de santé. Fernanda*, psychologue dans le sud du Mexique, fournissait un soutien en santé mentale au personnel sanitaire touché par la violence avant de devenir elle-même victime de ce phénomène.

  « Le fait que nous soyons des professionnels de santé mentale ne nous exempte pas de subir la violence et ses conséquences. Nous avons reçu des menaces et notre vie a été menacée. Dans mon cas, j’ai dû quitter le lieu où je vivais, j’ai laissé ma maison, mon réseau de soutien, et le centre de santé où je travaillais est resté fermé pendant plus d’un an.

Je fais encore des cauchemars et je ressens une angoisse immense quand je pense au jour où le centre de santé rouvrira et que je devrai y retourner. J’ai dû chercher moi-même une thérapie psychologique et un traitement médical pour pouvoir mieux l’affronter », raconte-t-elle.

* Le prénom a été modifié pour protéger son identité.

Haïti compte aussi parmi les pays qui soulèvent le plus de préoccupation au sein du CICR. La recrudescence de la violence armée depuis 2024 a entraîné l’interruption de plus de 70% des services de santé de la capitale Port-au-Prince. La grande majorité des structures de santé ont été touchées et l’accès sûr pour la population n’est donc plus garanti. Les services des urgences, les soins de santé pour les femmes enceintes ou allaitantes, et les autres spécialités médicales se sont effondrés. De plus, de nombreux patients atteints de maladies chroniques ne sont plus pris en charge.

Valla informativa con ilustración sobre la protección de hospitales, personal de salud y ambulancias. El cartel incluye imágenes de una ambulancia, personal sanitario y un centro de salud, junto a un mensaje de sensibilización sobre la importancia de proteger los servicios de salud.
CICR
CICR

En Haïti, le CICR utilise différents canaux pour rappeler l’obligation de respecter le personnel de santé. Cette pancarte en créole indique : « Les hôpitaux, les professionnels de santé et les ambulances ne doivent pas être la cible d’attaques. Chaque vie compte ! »

En este contexto de violencia que afecta y limita significativamente el acceso a los servicios de salud, el Hôpital Universitaire La Paix (HUP), la única gran estructura hospitalaria estatal que permanece en funcionamiento en Puerto Príncipe, enfrenta múltiples desafíos.

 “No tenemos suficientes camas para atender a todos los pacientes que llegan a nuestro hospital; hay pacientes a los que debemos tratar y reanimar en el suelo”, relata la doctora Myriam Gousse, jefa de urgencias del hospital.

 La presión también recae sobre el personal de salud. “A veces recibimos heridos armados que desenfundan sus armas para obligar al personal médico a atenderlos. Estos episodios se repiten con mayor frecuencia”, agrega la doctora Gousse.

Vehículo del Comité Internacional de la Cruz Roja estacionado frente a una infraestructura de un hospital con daños visibles. Varias personas permanecen junto al vehículo en un entorno urbano afectado por la violencia.
CICR
CICR

De son côté, l’Équateur est confronté à une escalade de violence armée préoccupante qui touche les services de santé, notamment dans les zones où le conflit est plus intense. 

Ce phénomène a généré des défis importants pour la gestion des établissements de santé dans ces zones critiques, ce qui a conduit à la suspension provisoire de certains services, et des difficultés majeures en matière d’accès aux soins de santé.

« Face à cette situation, la Croix-Rouge équatorienne et les membres du Mouvement ont intensifié leurs efforts conjoints pour promouvoir le respect des services de santé et fournir un soutien au ministère de la Santé, aux unités médicales et au personnel sanitaire, ainsi qu’aux communautés touchées. Nos actions défendent le droit des professionnels de santé à réaliser leur travail dans un environnement exempt de pressions et de menaces », explique Johnny  García, coordinateur Sécurité de la Croix-Rouge équatorienne.

Que faisons-nous face à ce phénomène ?

Dialogue avec les porteurs d’armes et renforcement du cadre juridique 

À Port-au-Prince, en Haïti, le CICR entretient un dialogue avec tous les porteurs d’armes sur l’obligation de respecter le travail du personnel médical et les principes humanitaires. 

À travers notre dialogue bilatéral et confidentiel avec les acteurs armés, nous leur rappelons leur obligation de respecter le personnel et les établissements de santé, ainsi que le personnel humanitaire. Dans ce cadre, nous insistons sur le fait que les services de santé doivent être protégés contre toute attaque à tout moment.

Conjointement avec les autorités de santé publique et d’autres entités du secteur, nous favorisons la prévention et aidons à renforcer la lutte contre la violence à l’encontre des services de santé.
De même, nous fournissons une assistance technique aux autorités pour qu’elles formalisent et renforcent des cadres normatifs qui reconnaissent et répondent efficacement à la menace de violence contre les structures de santé, tout en établissant les droits et protections requis pour le personnel sanitaire et les patients dans les situations de violence.

Renforcement des capacités du secteur de la santé

Nous fournissons un accompagnement aux différents niveaux du système de santé pour prévenir, atténuer et gérer les effets de la violence.
 

Renforcement des capacités du secteur de la santé

Nous fournissons un accompagnement aux différents niveaux du système de santé pour prévenir, atténuer et gérer les effets de la violence.

En Haïti, de sévères affrontements armés touchent actuellement la population de la capitale, Port-au-Prince. Pendant des mois, le CICR a fourni du matériel médical et des formations aux premiers secours aux travailleurs de santé communautaire.

Dans les contextes qui sont davantage touchés par la violence, nous dispensons des formations et des ateliers pour que le personnel et les structures sanitaires soient mieux préparés et plus résilients pour faire face aux incidents et s’en remettre.

De plus, nous nous attachons à promouvoir conjointement des protocoles de sécurité et des plans d’intervention d’urgence destinés aux équipes de santé qui travaillent dans des contextes très dangereux.
 

Coopération régionale
Depuis 2024, pour assurer une réponse coordonnée à cette problématique, le CICR a intensifié sa coopération régionale avec les Sociétés nationales de la région, les Sociétés nationales partenaires et la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Nous fournissons un soutien technique en collaboration avec des équipes d’autres composantes du Mouvement dans la région et nous organisons des formations, des événements et un échange de connaissances entre les acteurs les plus touchés.

Sensibilisation du grand public

Nous lançons des campagnes publiques pour promouvoir le respect et appeler au renforcement de la protection de toutes les personnes qui fournissent des soins de santé.

Un guide régional pour protéger les soins de santé dans les contextes de violence

Les différentes composantes du Mouvement en Amérique latine et aux Caraïbes ont élaboré un Guide technique de référence qui aide à comprendre la violence contre les services de santé, fournit des recommandations opérationnelles pour aborder le phénomène conjointement et donne au personnel sanitaire des outils pour améliorer l’accès sûr à ses services.

Vous travaillez dans le domaine de la santé ou au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et vous souhaitez en savoir plus ? Téléchargez le Guide régional pour la protection et le respect des soins de santé en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Cet outil est le résultat d’une étroite collaboration et d’un échange de connaissances entre différentes Sociétés nationales de la région ayant de l’expérience en matière de protection et de respect des soins de santé, comme la Croix-Rouge de Colombie, Équateur, Venezuela, Costa Rica, Mexique et Honduras, avec le CICR, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la Croix-Rouge norvégienne et la Croix-Rouge espagnole.

Travaillez-vous dans le secteur de la santé ou au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et souhaitez-vous en savoir plus ? Téléchargez le Guide régional pour la protection et le respect de l’assistance de santé.

Guia-Regional-para-la-proteccion-y-el-respeto-a-la-asistencia-en-salud.pdf
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