Article

Cameroun : des farines infantiles locales pour lutter contre la malnutrition

des farines infantiles locales pour lutter contre la malnutrition
Des femmes apprennent à faire de la farine enrichie. CICR

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, où les conséquences du conflit armé dans le bassin du lac Tchad se conjuguent aux effets des aléas climatiques, la malnutrition continue de fragiliser de nombreuses familles. Majoritairement déplacées internes et cheffes de ménage, des femmes de Kolofata, Tolkomari et Mozogo se sont organisées en groupements pour apprendre à fabriquer des farines infantiles enrichies à base de produits locaux.

À travers cette initiative, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dans le cadre de son mandat de protection et d'assistance aux personnes affectées par les conflits armés, contribue à renforcer leurs capacités, leur autonomie et la résilience de leurs communautés. Cette activité est réalisée conjointement avec la Croix-Rouge Camerounaise (CRC).

Quand conflit armé et aléas climatiques aggravent la malnutrition

Dans les départements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga, les conséquences du conflit armé dans le bassin du lac Tchad continuent de peser lourdement sur les conditions de vie des populations. Depuis plusieurs années, les violences ont entraîné des déplacements massifs de populations, la perte des moyens d'existence et un accès limité aux terres agricoles, aux marchés et aux services essentiels.

À cette crise sécuritaire s'ajoutent les effets des aléas climatiques – sécheresses, inondations et irrégularité des pluies – qui réduisent les productions agricoles et accentuent l'insécurité alimentaire. Dans ce contexte, la malnutrition demeure un problème majeur de santé publique, particulièrement chez les jeunes enfants.

Parmi les personnes les plus affectées figurent de nombreuses femmes, souvent déplacées internes et cheffes de ménage, qui doivent assurer seules la subsistance et la protection de leurs familles malgré des ressources extrêmement limitées.

Des femmes qui s'organisent pour protéger leurs enfants

Des femmes de Kolofata, Tolkomari et Mozogo ont décidé d'agir pour faire face à la situation. Organisées en groupements, elles ont fait de la lutte contre la malnutrition une priorité pour leurs communautés et ont sollicité l'appui du CICR afin de renforcer leurs connaissances en nutrition.

Le CICR, avec le soutien de la Croix-Rouge camerounaise, a ainsi organisé une formation pratique sur la fabrication artisanale de farines infantiles enrichies à base d'aliments locaux à forte valeur nutritive. Elles se sont tenues du 9 au 12 juin 2026 à Kolofata , du 16 au 19 juin 2026 à Tolkomari et du 23 au 25 juin 2026 Mozogo.

Plusieurs enfants souffrent de malnutrition dans notre communauté. Malgré l'aide que nous recevons, le problème persiste. La Croix-Rouge nous a demandé quelles solutions pourraient renforcer notre résilience. Après réflexion, nous avons sollicité une formation sur la fabrication de farines enrichies, et elle a accepté de nous accompagner.

Hadja Yafalo habitante de Kolofata
Préparation de bouillie à base farine enrichie
CICR
CICR

Les femmes préparent une bouillie à base de farine enrichie.

Valoriser les produits locaux pour prévenir la malnutrition

Produites à partir d'un mélange de céréales, de légumineuses, d'oléagineux, de fruits secs et de légumes, ces farines enrichies permettent de préparer des bouillies répondant aux besoins nutritionnels spécifiques des jeunes enfants.

Riches en nutriments essentiels, elles contribuent à prévenir la malnutrition, à soutenir la croissance des enfants et à renforcer leurs défenses immunitaires.

Les participantes, 75 au total, toutes mères de famille, ont également découvert différentes techniques de préparation et apprécié la qualité nutritionnelle, le goût, la texture et la simplicité de ces recettes. La disponibilité des ingrédients sur les marchés locaux facilite leur appropriation et leur reproduction au sein des ménages.

Nous préparons cette farine avec des produits que nous trouvons facilement chez nous. C'est une pratique que nous ne connaissions pas auparavant. Nous allons partager ces connaissances avec les autres mamans de nos localités parce que cela peut vraiment aider nos enfants

Mariam Oumaté bénéficiaire de la formation.
Les produits locaux sont utilisés pour produire de la farine enrichie.
CICR
CICR

La farine enrichie est faite à base de produits locaux.

Renforcer la résilience des communautés affectées par le conflit

Au-delà de la prévention de la malnutrition, cette initiative s'inscrit dans l'approche du CICR visant à renforcer la résilience des populations touchées par les conflits armés.

En développant leurs compétences, ces femmes acquièrent non seulement des connaissances utiles pour améliorer l'alimentation de leurs enfants, mais également une activité susceptible de générer des revenus complémentaires grâce à la production et à la commercialisation des farines enrichies.

« Cette formation vise à renforcer les capacités de ces groupes de femmes dans la production artisanale de farines enrichies à base d'aliments locaux. Dans un contexte marqué par la diminution des financements humanitaires, les acteurs de la nutrition ne parviennent plus à couvrir tous les besoins en matière de prévention de la malnutrition. En produisant ces farines, les femmes pourront les rendre accessibles aux ménages de leurs communautés tout en développant une activité génératrice de revenus. Cette initiative contribue ainsi à améliorer la sécurité nutritionnelle, à renforcer les moyens d'existence des ménages et à favoriser la cohésion sociale », souligne Kameni Stella, nutritionniste au CICR à Maroua.

À travers ce type d'accompagnement, le CICR contribue à préserver la dignité des personnes affectées par les conflits armés en soutenant des solutions portées par les communautés elles-mêmes, adaptées à leur environnement et capables de produire des effets durables.

Des femmes de Kolofata, formées pour produire des farines enrichies.
CICR
CICR

Des femmes de Kolofata formées pour produire des farines enrichies.

Des communautés plus fortes grâce au savoir-faire local

Accueillie avec enthousiasme par les participantes, cette formation dépasse le simple apprentissage technique. Elle illustre la capacité des communautés à développer des réponses locales face aux conséquences du conflit armé et des chocs climatiques.

En s'appuyant sur des produits disponibles localement et sur les connaissances acquises, ces femmes deviennent de véritables actrices de la prévention de la malnutrition dans leurs villages. Elles entendent désormais transmettre ces bonnes pratiques à d'autres mères, afin que davantage d'enfants puissent bénéficier d'une alimentation plus diversifiée et plus nutritive.

Dans un contexte où les besoins humanitaires demeurent importants, cette initiative reflète l'importance que le CICR accorde à l’investissement dans les capacités des communautés afin qu'elles puissent construire, elles-mêmes, les bases de leur résilience.