Mali : Quand les violences consument les terres et les vies
À perte de vue, sur des centaines de kilomètres, le paysage est devenu méconnaissable. Autrefois verdoyant, le sol est désormais grisâtre. À la place de la verdure, s’étend une épaisse couche de cendres. Le contraste est glaçant : le relief noirci témoigne à lui seul de l’ampleur du désastre. Nous sommes à Nouna, un village situé à une centaine de kilomètres de Djenné, dans la région de Mopti.
Autrefois, Nouna était un grenier pour ses habitants. Les terres étaient fertiles, les troupeaux prospères et les habitants comblés. Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’un souvenir. Le village vit désormais au rythme des violences armées affectant à la fois l’écosystème et les ressources vitales, essentielles à la survie de la population.
Samba Djenta*, un notable, témoigne avec une profonde tristesse : « Ces terres étaient très fertiles. On cultivait du mil, du riz et après les récoltes, les terres abondaient de pâturages de tout type et nourrissaient les troupeaux. Aujourd’hui, il ne reste plus rien ».
Quand la terre ne nourrit plus
Dans le centre du Mali, les communautés vivent une réalité marquée par l’insécurité et les violences armées. Ces violences, combinées aux effets du changement climatique, les plongent dans une vulnérabilité extrême.
Déjà contraints de limiter leurs déplacements en raison de l’insécurité, les agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs terres les plus éloignées. Ils se rabattent sur les champs qui bordent les habitations, mais même là, les effets du changement climatique viennent aggraver la situation.
« L’année passée, une partie des champs a été fortement inondée tandis que l’autre partie a reçu une quantité insuffisante de pluie. Nous avons eu peu de rendement. Aucun agriculteur n’a pu récolter plus de cinq sacs de 100 kg de mil par hectare alors qu’en temps normal chacun en récoltait au moins 1 tonne par hectare », déplore Samba*.
Une réalité accablante
Faute de céréales, l’élevage était pour les habitants la dernière source de revenus. Mais, un autre évènement a tout chamboulé : un incendie.
« Nous comptions énormément sur le bétail pour subvenir à nos besoins, mais après l’attaque du village, la brousse a été incendiée. Les rafales de vent ont alimenté et intensifié les flammes et tout est parti en fumée. Plus de champs, plus de pâturages. Les animaux qui ont survécu à cet incendie périssent désormais, faute de nourriture » relate Samba*.
Les incendies de brousse ont entraîné une dégradation importante des ressources pastorales, compromettant l’alimentation du bétail et accentuant la vulnérabilité des familles.
Le bétail, essentiel à la survie des communautés, a été décimé. Au-delà de la viande et du lait qu’il fournit, il assure aux communautés dépendantes de l’élevage un revenu stable. Pour celles vivantes de l’agriculture, le bétail est crucial pour le labour des champs. Sa disparition accentue la vulnérabilité des communautés et les expose à une insécurité alimentaire.
Un cercle vicieux de pauvreté et de précarité
La destruction des pâturages entraîne une série de conséquences qui s’enchaînent. Bakary Coulibaly, vétérinaire au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Mopti, explique : « la mortalité du bétail n’est pas la seule conséquence de la disparition des pâturages. On note également un surpâturage dans les rares zones encore exploitables, ce qui engendre une pression accrue sur les moyens de subsistance des communautés. »
Il ajoute, d’un ton inquiet : « combinée aux effets du changement climatique, la destruction des pâturages pousse les familles à vendre les quelques têtes de bétail qui leur restent pour survivre. Dans le pire des cas, on pourrait assister à la disparition totale du bétail. »
Pour des populations vivant de l’agriculture et de l’élevage, la destruction des terres agricoles en période de conflit armé est une tragédie qui dépasse la simple perte matérielle. Elle touche le cœur même de leur survie des communautés, détruisant leurs moyens de subsistance et fragilisant leur sécurité alimentaire.
Sans autre choix, de nombreuses familles ont dû quitter Nouna pour d’autres villages jugés plus sûrs.
L’espoir malgré tout
Malgré un contexte de plus en plus difficile, des efforts sont en cours pour soutenir les populations touchées. Le CICR reste engagé auprès des communautés vulnérables en leur apportant une assistance multidimensionnelle.
Bakary Coulibaly précise : « Nous distribuons des semences améliorées, vaccinons les petits et gros ruminants, soutenons des activités génératrices de revenus, développons des projets de maraîchage et construisons des points d’eau. »
Ces initiatives, bien que cruciales, ne suffisent pas à elles seules à répondre sur le long terme aux besoins croissants des populations.
Pour Samba Djenta*, l’espoir réside dans l’entraide et la résilience.
« Nous traversons une dure épreuve, mais nous ne désespérons pas. Avec un peu d’aide, nous pourrions reconstruire nos vies et nos terres. »
Face aux besoins immédiats des populations affectées par le conflit, le CICR, en collaboration avec la Croix-Rouge Malienne (CRM), déploie une assistance d’urgence destinée à répondre aux situations critiques.
En mai 2026 dans les régions du centre, nous avons :
- vacciné plus de 56 000 animaux contre la peste des petits ruminants (PPR), au bénéfice d’environ 750 familles agropastorales.
- soutenu plus de 750 familles à travers des kits d’articles ménagers essentiels (nattes, ustensiles de cuisine, vêtements, etc.). Parmi ces bénéficiaires, plus de 650 familles ont reçu une aide en espèces pour l’achat de vivres.
*Samba Djenta est un nom d’emprunt.